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Philippe Joly, Acteur
Hong Kong
Hong Kong
Culture/Art de vivre, Entrepreneur
De pouvoir vivre de sa passion, quelle qu’elle soit, est un privilège, qui demande beaucoup de sacrifices et de compromis, particulièrement quand sa passion est celle de devenir acteur. Il est bien connu que le monde du cinéma est un milieu dans lequel il est difficile de percer. Cependant, ce n’est pas le fait d’avoir réussi à devenir acteur qui rend mon expérience exceptionnelle, loin de là.

Ce qui rend mon expérience différente et intéressante, selon moi, c’est le parcours que j’ai suivi, ou plutôt créé, afin d’accomplir plusieurs objectifs ambitieux à l’autre bout du monde. Sachant qu’avec la banlieue parisienne comme point de départ, ce parcours était bien loin d’être tout tracé.

Depuis très jeune, j’étais cinéphile, passionné de films américains. Je me souviens en grandissant avoir cette envie d’apprendre par cœur les dialogues de Robert DeNiro, ou Jack Nicholson, à la fois pour perfectionner mon anglais, et pour amuser mes amis. Je jouais constamment à la maison. Mais pour un jeune des banlieues, adorer les films américains ne suffit pas pour devenir acteur dans des films américains. De même, pratiquer les arts martiaux ne suffit pas pour devenir star de film d’action. La démarche est bien plus complexe. Je connais beaucoup d’amis d’enfance qui sont restés là où ils ont grandi, sans accomplir leur passion, sans même en avoir peut-être découvert une. Partir sans savoir où l’on va, demande un certain goût du risque, et un certain type de personnalité. Contrairement à mes amis, j’étais conscient de mon besoin d’exprimer ma créativité, et j’étais prêt à tout pour le satisfaire, même si cela signifiait tout quitter, partir très loin, et devoir recommencer à zéro à plusieurs reprises.

Ma première étape fut de vouloir parler couramment anglais. Adolescent, mes amis se moquaient de moi, et me surnommaient « le ricain », parce que je parlais anglais avec cet accent prononcé que l’on entend dans les films. Même si la maîtrise de l’anglais, en soi n’avait rien d’exceptionnelle, ce fut précisément le différentiateur qui a accéléré pour moi les opportunités professionnelles qui suivirent, et qui m’a permis de rapidement trouver mes marques à l’étranger. Cela m’a aussi permis de décrocher mon premier travail sérieux de consultant en Asie Centrale, ou beaucoup de mes interlocuteurs dans le milieu du pétrole et du gaz de la mer Caspienne étaient anglo-saxons.

Je me suis rapidement retrouvé, par chance, immergé dans une carrière professionnelle de relativement haut niveau, à voyager dans des endroits où très peu de français avaient mis les pieds, à naviguer parmi l’élite, à fréquenter des ministres et les soirées d’ambassades. Mais sans le savoir, cette progression rapide qui semblait être une progression de carrière professionnelle, fut en fait une progression géographique, qui petit-à-petit me rapprochait, sans le savoir, d’une vie en Asie, et une progression personnelle aussi, qui me donnait envie de m’imprégner d’autres cultures, et de vivre des aventures extraordinaires à l'étranger..

Je pense que c’est ça qui rend mon expérience intéressante. Le fait que pour arriver ou je suis actuellement, c’est-à-dire à pratiquer la profession d’acteur dont je rêvais depuis enfant, et à résider en Asie, comme je l’avais désiré depuis mon tout premier voyage en Asie, j'ai eu la chance de faire un parcours tumultueux d’une vingtaine d’années au cours desquelles j’ai accumulé trois carrières intégrale distinctes, et traversé plusieurs dizaines de pays.

Ma première carrière fut celle de cadre, où j’ai exercé des rôles à responsabilités dans un nombre d’entreprises privées et de multinationales. Promu de poste en poste, et recruté par des chasseurs de tête, j’ai accumulé une expertise reconnue, mais aussi un goût du succès dans l’entreprise, qui m’ont propulsé vers ma seconde carrière, plus indépendante celle-ci. En 2005, j’ai tout quitté pour devenir entrepreneur et créateur d’entreprise.

Cette deuxième carrière, potentiellement bien moins lucrative et bien plus risquées que la précédente, m’a néanmoins donné une liberté d’action et de réflexion, et m’a transmis un savoir-faire unique qui m’a aussi permis de rapidement rebondir quand les temps sont devenus plus durs. J’ai appris à transformer une idée en produit fini efficacement. Cette expérience d’entrepreneur m’a également appris à voir et saisir les opportunités, comprendre les marchés, et m’y adapter. Une de mes start-ups « SIMchronise » fut sélectionnée pour un programme du gouvernement irlandais, qui subventionnait les 8 start-ups à plus haut potentiel de l’époque. Une autre « Yeloworld » fut acquise par Talk360, une autre « Safebox » attira 2.4 millions d’utilisateurs, et gagna un prix de « meilleure application de messagerie », et finalement ma dernière start-up « clickSUMO » s’est établi comme expert en messagerie fournissant des services de SMS et MMS aux plus grandes marques présentes en Asie et en Europe.

Cette carrière m’a aussi finalement permis de vivre en Asie de façon permanente, comme je l’avais envisagé lors de mon tout premier voyage il y’a vingt ans de cela. Bizarrement, ce sont ces qualités de l’entrepreneuriat qui m’ont précisément permis de passer à ma troisième carrière, une fois arrivé à Hong Kong, celle du cinéma.

Après avoir joué dans un certain nombre de films, je me suis trouvé une niche dans les films d’action asiatiques. J’ai pu identifier cette niche en appliquant mon expérience précédente d’entrepreneur. J’ai analysé le marché, vu un besoin, et j’ai offert la solution adaptée à ce besoin…devenir un acteur spécialisé dans les rôles de « méchant ».

Une trentaine de films plus tard, et une fois un peu plus établi dans ce milieu difficile, j’ai élargi ma carrière d’acteur vers l’écriture de scenario, la réalisation et la production de film. Même si c’est le jeu d’acteur qui a toujours été mon objectif, c’est le cinéma dans son ensemble qui me passionne.

Pour ce qui est de ce qui me rend fier dans cette expérience, je pense que beaucoup de raisons d'être fier sont encore devant moi. Neanmoins, je suis quand même particulièrement content de certaines choses accomplies jusque-là.

Par exemple, le fait d'avoir réussi à m'imposer comme acteur en Asie, et d’avoir gagné la confiance des réalisateurs, producteurs, et acteurs de très haut niveau sur ce marché. Il faut comprendre que la Chine est un marché tellement énorme, qu’il est très difficile d’y percer.

Il s’agit d’un marché très lucratif, dont l’échelle réelle peut dépasser l’entendement pour les occidentaux vivant loin de l’Asie. Par exemple, en 2017 j’ai joué dans une série hongkongaise, disponible sur Netflix, « OCTB » qui a été vu plus de 2 milliards de fois en Chine. Il y’a une semaine, je finissais le tournage d’une autre série à succès hongkongaise « Flying Tiger » qui lors de sa première saison avait été vu 4.5 milliards de fois en Chine.

En 2019, j’ai un certain nombre de films qui sortent, dont je suis particulièrement fier, à la fois pour la quantité de travail et d’énergie mise dans ces films, ainsi que pour le niveau des rôles que l’on m’a confié.

Le premier s’appelle « Sons of The Neon Night » par le réalisateur hongkongais Juno Mak, dans lequel je joue le rôle d’Enzo, un mafieux italien, aux côtés de Takeshi Kaneshiro (connu pour ses films avec Wong Kar-wai). Je suis plutôt fier de ce film, parce que je parle italien dans toutes mes scènes. Ce fut un travail énorme de concentration, car même si je parle couramment l’italien, c’est une langue que j’ai apprise tout seul en vivant à Milan, et c’est ma quatrième langue. En plus, le tournage était en Chine Continentale, donc je devais constamment jongler entre l’anglais, le mandarin et l’Italien, Ce fut un très gros travail, et j’ai hâte de voir le résultat sur les écrans.

Le second est un film d’action à gros budget pour le marché chinois qui s’appellera probablement « Le Code Ultime » en français. J’ai le plaisir d’y jouer un rôle principal, ce qui est très rare pour un étranger. J’y joue le méchant principal autour duquel se déroule toute l’histoire. Lors du tournage j’ai rencontré mon compatriote français, David Belle, fondateur du Parkour, qui est plutôt actif sur le marché chinois, et avec qui une très belle amitié s’est créée, et de nouveaux projets sont en discussion.

La liste de mes films en préparation pour 2019 et 2020 est déjà prometteuse, et je peux dire que ma carrière est vraiment dans une belle phase de croissance. J’ai donc réussi à accomplir mon rêve d’enfant.

Mais pour être franc, la chose dont je suis le plus fier, c’est d'avoir toujours suivi mon instinct et d’avoir su voir et saisir les opportunités lorsqu’elles se présentaient devant moi, même si ces choix signifiaient partir vivre loin de tout ce que je connaissais en France, loin de ma zone de confort, ma langue, mes amis, ma famille etc… Beaucoup de gens, ne saisissent pas les chances qui se présentent, par peur de partir, peur d'être seul, peur d'affronter l'inconnu, peur de faillir. Je suis fier d’avoir persévéré coute que coute, avec tous les hauts et les bas que ça implique, et de finalement vivre en Asie et de vivre de ma passion pour le cinéma.