Samedi 20 avril 2019
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Lorelou Desjardins, Ecrivaine, Juriste, Blogueuse
Oslo
Norvège
Social et Humanitaire, Culture/Art de vivre
Je suis ce qu'on appelle un "enfant de troisième culture". C'est ce que le Dr David Pollock et la Dr Ruth Van Rekenont définissent comme "une personne qui a passé une partie importante de ses années de croissance dans une culture autre que celle de ses parents. Elle développe des relations avec chacune de ces cultures et s'identifie dans une certaine mesure avec elles, mais elle ne se considère pourtant pas comme faisant intégralement partie d'elles".
La raison pour laquelle je me définis comme tel est par mon enfance, passée entre Rambouillet en France, des villages d'Australie dans le bush, des îles asiatiques exotiques et un quartier ensoleillé de la ville de Marseille.
"Est-ce que tes parents sont militaires ou diplomates?" est une question que l'on m'a souvent posée. Non, ils étaient des hippies qui aimaient voyager avec leurs quatre enfants sous le bras. Ces voyages ont duré jusqu'à l'âge de ma rentrée en 6ème. Je n'ai jamais été mise à l'école française lorsque nous vivions à l'étranger car il n'y en avait pas dans les endroits où nous étions, et mes parents voulaient que je m'intègre dans mon environnement local. J'ai donc rapidement appris l'anglais car j'ai passé une grande partie de mon enfance en Australie. J'ai aussi appris à reconnaître des araignées tueuses et à éloigner les serpents rencontrés par hasard d'une balade. Je ne pense pas pouvoir être fière de mon enfance, car je n'avais pas de pouvoir de décision sur cette partie de ma vie.

Par contre je suis fière de ce que j'ai accompli après. Depuis que je me suis expatriée à l'âge de 20 ans, j'ai habité dans 6 pays: en Indonésie, Philippines, Canada, Grande Bretagne, Danemark et Norvège. Pour les études, le travail ou des stages. J'ai appris deux langues supplémentaires à ma langue maternelle et à l'anglais: l'indonésien et le norvégien, et je me suis fait des centaines d'amis de par le monde. Ce parcours n'est pas quelque chose que j'ai prémédité, chaque étape est venue d'elle-même de par les circonstances et les rencontres.

Je suis fière d'avoir eu le courage de prendre des risques, et de travailler très dur pour assumer mes choix. Ces choix sont par exemple ceux de suivre des études au Québec et en France, puis un master en Grande Bretagne dans des domaines que peu de mes proches comprenaient à l'époque. J'ai étudié l'indonésien et le malais à l'Institut national des langues orientales en sortant du baccalauréat. Signe que j'avais perdu la tête pour bien des gens. Puis j'ai étudié les relations internationales et le droit international au Québec pour ensuite travailler en Indonésie et aux Philippines pour la défense des droits des tribus et peuples autochtones. J'ai aussi travaillé dans une radio indonésienne comme formatrice en français et éthique journalistique, puis comme conseillère juridique au Danemark pour des multinationales voulant connaître leurs responsabilités sociales et environnementales dans des pays comme la Chine. En même temps, pour payer ces stages souvent peu rémunérés, je postulais pour des bourses et travaillais dans des boulangeries, des champs de maïs, dans des boutiques de jouets pour enfants, comme nounou et tout autre emploi qui me permettait d'aller de l'avant.

Alors que j'ai étudié et travaillé avec pour but une carrière dans la défense de l'environnement et des droits de la personne, j'ai toujours eu une passion pour l'écriture. En déménageant en Norvège en 2010 pour un emploi dans une organisation environnementale, j'ai commencé à écrire un blog, d'abord de façon anonyme, puis avec mon nom, sur ma vie d'une Française en Norvège. Un beau jour un de mes articles de blog sur les joies d'être une femme en Norvège est devenu viral et de là a commencé ma carrière dans l'écriture. Aujourd'hui je travaille dans un domaine qui me passionne: je lutte contre la pollution plastique dans les océans dans mon poste à WWF Norvège, et je poursuis en parallèle une carrière de journaliste où j'écris pour les plus grands journaux norvégiens sur les particularités d'être une Française en Norvège. J'ai aussi longtemps lutté pour la sauvegarde des forêts tropicales en travaillant entre autres dans la jungle indonésienne avec les populations locales.

Malgré un parcours très atypique, et de nombreuses questions de mes proches en France sur le but de cette vie à l'étranger, je ne regrette rien. J'ai réussi à travailler dans les deux domaines qui me passionnent le plus: l'environnement et l'écriture. Je sais qu'en France il est souvent difficile pour un jeune sortant du lycée d'assumer ses choix atypiques, et j'ai moi-même fait face à de nombreux commentaires et "leçons" d'adultes m'expliquant que je devais faire tel ou tel cursus pour assurer mon avenir. Il y a beaucoup de métiers dans ce monde, et peut-être que votre futur métier sera quelque chose dont personne, même pas vous, n'a entendu parler. Il faut se faire confiance et prendre des risques afin d'accomplir ses rêves, et apprendre à se relever lorsqu'on tombe et que tout s'effondre. Cela arrive souvent à l'étranger car nous sommes hors de notre zone de confort, mais je pense que cela vaut toujours la peine pour apprendre à mieux se connaître et aller de l'avant professionnellement et personnellement.
Pour ma part j'ai trouvé le pays dans lequel je vais vivre, sans projet de rentrer en France pour l'instant, même si le climat norvégien est quelque peu différent de celui de ma Provence.