Lundi 24 juin 2019
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Candidat

Aso Ebi at Jos.jpg
Amandine Poiret, Coordinatrice logistique
Fontaine Le Sec
France
Social et Humanitaire, Entrepreneur, Autre domaine
Réaliser un V.I.E me paraissait l'étape la plus naturelle après l'obtention de mes diplômes. Je ne voulais pas seulement travailler à l'étranger, j'étais encline à représenter la France et à porter ses valeurs de manière éclairée.

Quand Bolloré Transport & Logistics m’a annoncé que j’étais retenue pour le poste de Manager Contrat (≈ coordinatrice logistique soucieuse du bon respect du contrat) pour la construction d’une centrale thermique de 459MW à gaz naturel, j’ai tout de suite accepté. La chargée de recrutement m’a alors conseillé de prendre mon temps et de ne donner ma réponse que sous huit jours. Mais mon cerveau était déjà bien trop ancré au projet et mon esprit était déjà sur ce qu’on appelle « naijaland ».

A mon arrivée à Lagos, je ne pensais pas qu'il était possible de développer une telle passion pour un pays et pour son peuple. Surtout quand les premières choses vues étaient une voiture d’escorte bien armée, une voiture et un chauffeur pour mon propre compte, et cela dans l’obscurité quasi-totale des routes à l’état précaire. L’acclimatation s’est faite à mesure que j’arrivais à organiser le chaos ambiant.

Pour les besoins du projet Azura Edo, j’ai très vite été envoyée quelques semaines près de Benin City, dans l’Edo State, où se trouve le chantier. Mes six premiers mois ont alors été rythmés par de nombreux déplacements et convois entre Lagos, Koko Port et Benin City. J’ai côtoyé différents rythmes de vie : celui de l’expatrié qui évolue en terres inconnues, celui du local qui compose avec sa culture et de nouveaux standards internationaux, ou encore celui du nomade à force d’être constamment sur les routes ou dans les airs. J’ai également expérimenté différentes visions du travail : l’allemande, la française, la libanaise, mais aussi la nigériane avec ses nuances entre les tribus yoruba, igbo et ishan par exemple. Savoir adapter son comportement tout en faisant preuve de sang-froid sont deux prérequis quotidiens.

Il est à noter que l’industrie électrique au Nigéria est un secteur clé qui se divise en trois grandes sources d’énergie : le pétrole, la biomasse et le gaz naturel. Le pays est le plus grand producteur (et 5ème exportateur mondial) de pétrole d'Afrique. On peut retenir à titre d’exemple le vaisseau géant « Egina », exploité par Total, et dont la finalisation en 2018 a relié le FPSO à 44 puits sous-marins situés à 1 600 mètres de profondeur, et capable d’une production de 200,000 barils de pétrole par jour. Le pays détient également les plus grandes réserves de gaz naturel sur le continent et il en est le 9e exportateur mondial.

Malgré ces ressources, la consommation d'électricité en 2013 par habitant a été de 141 kWh, soit seulement un vingtième (4,7 %) de la moyenne mondiale (3 026 kWh) et un quart de la moyenne africaine (584 kWh). Cela s’explique par le fait que le secteur électrique souffre d'insuffisance de maintenance, de pénuries d'approvisionnement en gaz, et d'un réseau de transport et de distribution inadapté. Seulement 41 % des Nigérians ont accès à l'électricité ; ceux ayant accès au réseau sont confrontés à des délestages, à des blackouts et à une dépendance aux générateurs de secours. En 2010, ces derniers produisaient plus de 30 % de l'électricité malgré leur faible efficacité. En effet, il est plus rentable pour les producteurs de gaz d'exporter leur produit, les prix pratiqués pour la population locale étant plus bas que ceux pratiqués pour l’export. L’intérêt du projet Azura Edo repose donc alors sur la volonté des autorités locales de réformer le secteur énergétique en attirant et en soutenant les investisseurs et développeurs du privé. La production d’électricité de la centrale Azura Edo fournirait par conséquent des millions d’habitants au Nigéria grâce à NBET, entreprise assurant depuis 2010 la distribution d’électricité sur le réseau nigérian, togolais, béninois et nigérien.

Ma fierté dans ce projet est tout d’abord d’avoir travaillé en faveur de l’application de cette nouvelle réforme et d’avoir ainsi participé favorablement à la distribution de l’énergie au sein du Nigéria. Elle est également d’être parvenue à articuler plusieurs nationalités et cultures pendant plus d’un an, et à les fédérer autour d’un but commun. La bonne gestion des imprévus et d’évènements parfois peu communs a été également décisive. Ensemble, nous avons réalisé une performance sans pareille sur un projet d’une belle envergure puisque la construction s’est achevée trois mois en avance sur le planning prévu. Pour ce faire, j’ai investi 200% de toute mon énergie afin d’acquérir rapidement aisance et réactivité sur les problématiques diverses et variées. Ayant une appétence pour les langues de par mon parcours supérieur, c’est tout naturellement que j’ai pris plaisir à apprendre quelques dialectes locaux. Saluer une personne dans sa langue natale n’est pas obligatoire mais il m’a semblé pertinent de prendre cette initiative afin d’instaurer une relation de confiance et même de sympathie. Je reste convaincue aujourd’hui de l’impact bénéfique de ce geste sur la teneur de nos échanges et sur l’avancée du projet.

Toute cette énergie positive s’est finalement soldée par une récompense inattendue puisqu’en novembre 2018, Business France et le Comité National du Commerce Extérieur Français m’ont remis le "Prix de l’intégration et de la performance", lors de la remise du « Grand Prix V.I.E – Afrique de l’Ouest » à Dakar, au Sénégal. C’est une formidable victoire pour toutes les équipes ayant été impliquées de près comme de loin à Azura Edo IPP. Je clôture d’ailleurs mon aventure avec un nouveau surnom yoruba « Funke, celle qui prend soin de… », ce qui représente un autre type de récompense pour moi, mais tout aussi inestimable.