Dimanche 18 novembre 2018
Édition Internationale
Édition Internationale
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Candidat

portraitbygerard.jpg
Viviane Salin, Co-fondatrice, DIrectrice Générale du Groupe La Petite Ecole
Singapour
Singapour
Education, Entrepreneur, Autre domaine
Fille d’immigrés asiatiques, je suis ce qu’on peut appeler une “banane”, physiquement asiatique mais me sentant française à l’intérieur. Mes parents se sont rapidement intégrés, professionnellement et socialement, mon père médecin, ma mère enseignante et traductrice. Excellente élève sur les bancs de l’école républicaine, j’ai suivi le parcours classique des bons élèves, et ai pu accéder, via le système particulier à la France des grandes écoles, et en l’occurrence le diplôme d’HEC, obtenu en 2002, à une certaine élite française.
Devenue un pur produit du modèle éducatif français, et me percevant avant tout française, je suis fière de porter les couleurs de la France dans mon expérience en Asie depuis douze ans, dans le continent de mes ancêtres.

Que ce soit lors de mes années d’enseignement du violon à Singapour, ou en ouvrant des écoles et crèches françaises bilingues à Singapour (2012), Bangkok et Ho-Chi-Minh-Ville (2017), qui constituent le Groupe La Petite Ecole, j’ai toujours souhaité apporter la touche française, et contribuer au rayonnement de la culture, de la langue françaises, auprès des populations locales et des Français établis dans ces pays.
Je crois que l’identité culturelle et nationale se forment dès le plus jeune âge, à travers l’éducation reçue, les langues parlées, et la communauté dans laquelle on grandit. Je sais combien il est important aussi pour les parents français qui vivent une expatriation ou une émigration, de pouvoir transmettre ce qui constitue leur patrimoine culturel, leur langue, leurs valeurs, une histoire commune, et de pouvoir partager cela au sein d’une communauté, tout en s’ouvrant au pays d’accueil et à d’autres nationalités. Car sinon pourquoi choisir de quitter son pays, même provisoirement, si ce n’est pour découvrir la richesse d’un autre pays et de rencontrer d’autres cultures ?
Mais comment rester aussi fidèle à soi-même et transmettre à ses enfants les fondements de sa propre identité ? Et comment y parvenir lorsque son (sa) conjoint(e) n’est pas de la même nationalité, culture et ne parle pas la même langue ?

Ces problématiques liées à la mobilité, aux familles multiculturelles, et aux enfants dits de la Troisième culture me touchent particulièrement. Il y a une part fondamentale de l’identité qui se structure et se sculpte lors de l’enfance, et le fait que les familles ne soient pas dans leur pays d’origine à cette période-là peut etre perturbant pour l’enfant ou les parents.

En cela, l’école a un rôle primordial à jouer, dans la transmission, l’assimilation, le partage. C’est un lieu d’apprentissage des savoirs fondamentaux, certes, mais aussi et surtout un lieu de vie. Les enfants de plusieurs nationalités y grandissent et jouent ensemble, les parents tissent des liens. Sur le plan pédagogique, les enseignants anglo-saxons travaillent de pair avec les enseignants titulaires français, et articulent leurs enseignements sur le programme français de l’Education Nationale. Celui-ci constitue l’ADN de notre programme bilingue ; il est reconnu pour sa qualité par les familles anglophones et les familles locales dans les pays où nous sommes implantés ; c’est aussi la francophilie qui attire les familles dans nos écoles. Nos élèves à Singapour, Bangkok, Ho-Chi-Minh-Ville poursuivent ensuite pour la plupart leur scolarité dans les Lycées Français de ces villes.

Avec une population mixte dans nos établissements (élèves, familles et personnel enseignant et encadrant), la question du vivre ensemble devient tout un art, un art de vivre à la française.

Je suis fière de faire rayonner la langue et la culture française, l’approche pédagogique du programme français de l’Education Nationale ; fière, en tant que française de deuxième génération, de pouvoir apporter ma pierre à l’édifice de la maison France, et de pouvoir amener dans ce système qui m’a formée et a forgé mon identité, des enfants de tous horizons, de diverses nationalités…

Dans nos écoles, nous veillons aussi à prendre en compte le rythme de chacun, à proposer des dispositifs de renforcement de la langue française ; les enseignants se doivent d'être dans la bienveillance, l’ouverture aux autres et à la culture locale. Le lieu et l’aménagement, ont aussi une place très importante dans l’accueil des enfants. L’environnement peut être considéré comme un troisième enseignant qui favorise le bien-être, la sérénité, l'éveil des élèves.

L’une des activités que nous avons développée dans nos écoles, et qui est pour moi symbolique de l’esprit La Petite Ecole, est le jardinage communautaire avec les enfants, parents et l'équipe pédagogique, lors de samedis matins, au sein de l'école. Cela permet à la fois de travailler sur l’aspect pédagogique, ludique, et de rendre la communauté vivante, autour d’un projet qui améliore aussi l'aménagement de l'école, son environnement.

Dans un contexte de concurrence internationale accrue, (crèches et écoles maternelles locales à Singapour proposent de l’anglais et du mandarin, écoles britannique, américaine, canadienne attirent aussi les Français...) nous nous devions de définir un modèle d’école internationale différent et innovant. C’est une réussite de voir que non seulement nous maintenons dans un système éducatif français les Français désireux d’expérimenter des systèmes internationaux, et ce, grace à l’intégration d’enseignants anglo-saxons et l’offre bilingue en anglais ; mais aussi nous attirons des populations tiers, dont aucun parent n’est français, et nous amenons leurs enfants à poursuivre ensuite leur scolarité dans un établissement du réseau AEFE, en leur ayant instillé les bases de la langue et de l’enseignement français.

C’est une chance pour nous d’accompagner tous ces enfants vivant la mobilité, tous ces enfants dits de Troisième Culture, grandissant dans un pays qui n’est pas celui de leur passeport, dans leur expérience à l’étranger, au contact de la population locale francophile et d’autres nationalités.


Enfin, je suis aussi fière d’avoir pu en moins de six ans, construire un groupe éducatif français solide présent dans trois pays en Asie, prônant l’innovation pédagogique, le bilinguisme, et le respect de l’environnement ; c’est une expérience unique, La Petite Ecole est le seul groupe privé d’écoles et crèches françaises bilingues dans le monde. Et pourtant, rien ne me prédisposait, en sortant d’une grande école, à me tourner vers le monde de l’enfance et à fonder...La Petite Ecole !