Lundi 27 janvier 2020
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Philippe JOLY, Acteur
Hong Kong
Hong Kong
Culture/Art de vivre, Entrepreneur
De pouvoir vivre de sa passion, quelle qu’elle soit, est un privilège, qui demande beaucoup de sacrifices et de compromis, particulièrement quand sa passion est celle de devenir acteur. Il est bien connu que le monde du cinéma est un milieu dans lequel il est difficile de percer. Cependant, ce n’est pas le fait d’avoir réussi à devenir acteur qui rend mon expérience exceptionnelle, loin de là. Ce qui rend mon expérience différente et intéressante, selon moi, c’est le parcours que j’ai suivi (ou plutôt créé) afin d’accomplir plusieurs objectifs ambitieux à l’autre bout du monde. Sachant qu’avec la banlieue parisienne comme point de départ, ce parcours était bien loin d’être tout tracé.

Depuis très jeune, j’étais cinéphile, passionné de films américains. Je me souviens en grandissant avoir eu cette envie d’apprendre par cœur les dialogues de Robert De Niro, ou Jack Nicholson, à la fois pour perfectionner mon anglais, et pour amuser mes amis. Je jouais constamment à la maison. Mais pour un jeune des banlieues, adorer les films américains ne suffit pas pour devenir acteur dans des films américains. De même, pratiquer les arts martiaux ne suffit pas pour devenir star de film d’action. La démarche est bien plus complexe. Partir sans savoir où l’on va, demande un certain goût du risque, et un certain type de personnalité.

Ma première étape fut de vouloir parler couramment anglais. Adolescent, mes amis se moquaient de moi, et me surnommaient « le ricain », parce que je parlais anglais avec cet accent prononcé que l’on entend dans les films. Même si la maîtrise de l’anglais, en soit n’avait rien d’exceptionnelle, ce fut précisément le différentiateur qui a accéléré pour moi les opportunités professionnelles qui suivirent, et qui m’a permis de rapidement trouver mes marques à l’étranger. Cela m’a aussi permis de décrocher mon premier travail sérieux de consultant en Asie Centrale, ou beaucoup de mes interlocuteurs dans le milieu du pétrole et du gaz de la mer Caspienne étaient anglo-saxons.

Je me suis rapidement retrouvé, par chance, immergé dans une carrière professionnelle de relativement haut niveau, à voyager dans des endroits où très peu de Français avaient mis les pieds, à naviguer parmi l’élite, à fréquenter des ministres et les soirées d’ambassades. Mais sans le savoir, cette progression rapide qui semblait être une progression de carrière professionnelle, fut en fait une progression géographique, qui petit-à-petit me rapprochait, sans le savoir, d’une vie en Asie, et une progression personnelle aussi, qui me donnait envie de m’imprégner d’autres cultures, et de vivre des aventures extraordinaires à l'étranger..

Je pense que ce qui rend mon expérience intéressante est le fait que pour arriver là où je suis actuellement, c’est-à-dire à pratiquer la profession d’acteur dont je rêvais depuis enfant, et à résider en Asie, comme je l’avais désiré depuis mon tout premier voyage en Asie, j'ai eu la chance d’avoir un parcours professionnel d’une vingtaine d’années au cours desquelles j’ai accumulé trois carrières distinctes, et traversé plusieurs dizaines de pays.

Ma première carrière fut celle de cadre, où j’ai exercé des rôles à responsabilités dans nombre d’entreprises privées et de multinationales. Promu de poste en poste, et recruté par des chasseurs de tête, j’ai accumulé une expertise reconnue, mais aussi un goût du succès dans l’entreprise, qui m’ont propulsé vers ma seconde carrière, plus indépendante celle-ci. En 2005, j’ai tout quitté pour devenir entrepreneur et créateur d’entreprise.

Cette deuxième carrière, potentiellement bien moins lucrative et bien plus risquée que la précédente, m’a néanmoins donné une liberté d’action et de réflexion, et m’a transmis un savoir-faire unique. J’ai appris à transformer une idée en produit fini efficacement. Cette expérience d’entrepreneur m’a également appris à voir et saisir les opportunités, comprendre les marchés, et m’y adapter. Une de mes startups « SIMchronise » fut sélectionnée pour un programme du gouvernement irlandais, qui subventionnait les startups au plus haut potentiel de l’époque. Une autre « Yeloworld » fut acquise par Talk360, une autre « Safebox » attira 2.4 millions d’utilisateurs, et gagna un prix de « meilleure application de messagerie », et finalement ma dernière startup « clickSUMO » s’est établie comme experte en messagerie fournissant des services de SMS et MMS aux plus grandes marques présentes en Asie et en Europe.

Cette carrière m’a finalement permis de vivre en Asie de façon permanente, et bizarrement, ce sont ces qualités acquises dans l’entrepreneuriat qui m’ont permis de passer à ma troisième carrière, une fois installé à Hong Kong, celle du cinéma d’action.

Après avoir joué dans un certain nombre de films, je me suis trouvé une niche dans les films d’action asiatiques. J’ai analysé le marché, y ai vu un besoin, et ai offert la solution adaptée à ce besoin… celle de devenir un acteur spécialisé dans les rôles de « méchant ».

Une trentaine de films plus tard, j’ai réussi à m'imposer comme acteur en Asie, et ai gagné la confiance des réalisateurs, producteurs, et acteurs de très haut niveau sur ce marché. Il faut comprendre que la Chine est un marché tellement énorme, qu’il est très difficile d’y percer.

Il s’agit d’un marché très lucratif, dont l’échelle réelle peut dépasser l’entendement pour les occidentaux vivant loin de l’Asie. Par exemple, en 2017 j’ai joué dans une série hongkongaise, disponible sur Netflix, « OCTB » qui a été vu plus de 2 milliards de fois en Chine. Cette année, je joue dans la deuxième saison d’une autre série à succès hongkongaise « Flying Tiger » qui lors de sa première saison avait été vue 4.5 milliards de fois en Chine. Le film hongkongais « White Storm 2: Drug Lords» avec les stars Andy Lau et Louis Koo, et dans lequel je joue un rôle de trafiquant, a rapporté 182 millions de dollars au box office et a été sélectionné pour représenter Hong Kong dans la catégorie des long métrages internationaux aux Oscars 2020.

Même si ces succès initiaux sont appréciables, je pense que beaucoup de raisons d'être fier sont encore devant moi. Je suis quand même particulièrement content de mes rôles dans les deux films suivant qui sortiront très bientôt sur les écrans.

Le film « Sons of The Neon Night » par le réalisateur hongkongais Juno Mak, dans lequel je joue le rôle d’Enzo, un mafieux italien, aux côtés de Takeshi Kaneshiro (connu pour ses films avec Wong Kar-wai). Je suis plutôt fier de ce film, parce que je parle italien dans toutes mes scènes. Ce fut un travail énorme de concentration, car même si je parle couramment l’italien, cela reste ma quatrième langue. En plus, le tournage était en Chine continentale, donc je devais constamment jongler entre l’anglais, le mandarin et l’Italien, Ce fut un très gros travail, et j’ai hâte de voir le résultat sur les écrans. Ce film est très attendu par les critiques de renom.

Le second est un film d’action à gros budget pour le marché chinois qui s’appellera probablement « Le Code Ultime » en français. J’ai le plaisir d’y jouer un des rôles principaux, ce qui est très rare pour un étranger. J’y joue le méchant principal autour duquel se déroule toute l’histoire. Lors du tournage, j’ai rencontré mon compatriote français, David Belle, fondateur du Parkour, qui est plutôt actif sur le marché chinois, et avec qui une très belle amitié s’est créée, et de nouveaux projets sont en discussion.

Je suis actuellement en préparation de tournage aux Philippines et à Hong Kong pour plusieurs films d’actions, dont un pour Netflix.