Mercredi 16 octobre 2019
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Guillaume LEVY-LAMBERT, Artologiste
Singapore
Singapour
Culture/Art de vivre, Autre domaine
EN QUOI VOTRE EXPERIENCE EST-ELLE EXCEPTIONNELLE? DE QUOI ETES-VOUS LE PLUS FIER?

Ma fierté, au-delà d'un parcours fait de réinventions successives dont je souhaite qu'il puisse inspirer d'autres, c'est d'avoir construit une vie familiale non-traditionnelle dans une génération où c'était encore un peu "challenging".

Jeune expatrié de la Banque Paribas (aujourd'hui BNP Paribas) au Japon à la fin des années 1980, dans la période dite de la bulle financière, j'eus le bonheur d'avoir des patrons généreux qui partagèrent avec moi leur connaissance de la communication avec les Japonais, et les contacts de la Banque. Ces clés qui me furent offertes et que je sus saisir, combinées avec l'extraordinaire prospérité du Japon dans cette période -- et un modeste talent de vendeur (le DRH de la banque aurait suggéré que je vendrais de la glace à des esquimaux, c'était bien avant que l'on commence à s'inquiéter du changement climatique) -- me permirent de grands succès commerciaux.

C'est dans ce contexte que fin 1991 j'ai invité une cinquantaine de collègues du siège de la banque à Paris à un pot de départ, alors que je m'apprête à prendre des fonctions à Hong Kong. Un de mes patrons prend la parole et dit, son verre de champagne à la main: "j'espère que Guillaume aura autant de succès à Hong Kong, qu'il en a eu au Japon". Un autre de mes collègues l'interrompt, désireux de montrer que le chef c'est lui : "On espère surtout que Guillaume y trouvera une femme". J'avais 29 ans, et pas l'habitude d'évoquer ma vie privée au bureau. Je regardai avec intensité mes chaussures, on l'espère correctement cirées quand j'entendis la voix de (feu) Michel François-Poncet, président de Paribas, qui m'avait fait l'amitié de participer au pot eu égard à mes exploits nippons, et interrompit les deux patrons concurrents : "Tout ce qu'on demande à Guillaume, c'est de bien travailler".

Quelques années plus tard, mi 1997, je quittai la banque un vendredi soir pour rejoindre une agence de communication, Publicis, le lundi matin -- comme patron Asie, basé à Singapour. Maurice Levy que j'avais rencontré pour la première fois quelques mois plus tôt après une candidature spontanée m'avait offert une opportunité en or : un boulot dans l'industrie de mes rêves, la pub, sans perte de revenu par rapport à mon package de banquier. On s'était mis d'accord sur tout, sauf un budget logement (c'était encore l'époque des beaux contrats d'expatriation), il ne voulait pas continuer à payer le magnifique "penthouse" que la banque me louait à Arcadia. Je l'avais convaincu tout de même de ne pas laisser le bail sur les bras de la banque, et nous avions convenu qu'à l'échéance du bail je déménagerai dans un logement plus modeste, au frais de Publicis -- sans nous mettre d'accord sur un montant de loyer.

C'est ainsi à la fin de l'année 1997 que je risquais d'être sans logement car le directeur financier du groupe ne répondait pas à mes fax (les jeunes, on vous expliquera) sur le sujet. Je profitai d'un voyage du Président dans la région pour l'entreprendre sur le sujet. Nous étions un lundi matin, sur un vol bondé de Singapour vers Jakarta, en classe éco. "Maurice, il faut me répondre sur le budget logement", lancé-je. "L'idéal, Guillaume" répondit-il "ce serait que vous ayez une petite amie chinoise riche, et qu'elle vous loge". J'avais fait quelques progrès depuis l'époque Paribas, et je rétorquai en aspirant un peu "Ah, Maurice, ce n'est pas possible". "Mais pourquoi ?" s'exclama-t-il en me regardant dans les yeux. "Et bien, je suis gay, et mes petits amis, en général, ils veulent que je les loge".

Maurice conclut généreusement d'un "Alors, dans ce cas, il vous faut un budget". C'est ainsi que je louai une maison sur Blair Road que j'habitais quand j'ai rencontré Mark. Nous habitons toujours le même quartier, avec nos chats, et notre Collection MaGMA. Vous pouvez m'y trouver souvent à Art Porters Gallery, avec notre ami Sean.

Avec l'expression de ma gratitude profonde à Maurice Levy pour l'opportunité professionnelle bien sûr, cela je l'avais déjà exprimé, et pour ce budget logement...

ARTICLES PUBLIES PAR LES EDITIONS DU PETITJOURNAL.COM EN ASIE

https://lepetitjournal.com/jakarta/a-voir-a-faire/rencontre-un-galeriste-francais-expose-art-stage-jakarta-137603