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TEMOIGNAGES D'EXPAT - Claude Henry, l'amour et l'aventure au Canada...continue

Par Lepetitjournal Toronto | Publié le 04/05/2015 à 16:36 | Mis à jour le 07/09/2017 à 06:16


Voici 6 ans que nous sommes au Canada et notre décision est prise : nous y restons, nous amusant bien trop à travailler.
Nous commençons à y prendre racines.  Sur un coup de foudre et las de voir nos traductions tapées à la machine à écrire, juchée sur une boîte à savon, les feuilles s'envolant dans le lac à chaque coup de vent, nous venons d'acheter une cabine de bûcherons. Notre tout premier achat immobilier, mais non le dernier.
Jean-Marie travaillant d'arrache-pied à lancer son agence de traductions ( qui avec le temps devait devenir l'une des plus importantes au Canada ) a troqué la machine à écrire pour un dictaphone plus portatif.


C'est ainsi qu'on peut le voir, allongé dans le canoé, un fil à pêche trempant mollement dans l'eau, en train de dicter ses traductions au milieu du lac, à l'abri des mouches noires. Traductions techniques que sa fidèle secrétaire, ( elle aussi une expatriée du Lac-St.-Jean ) prendra en dictée à sa sortie du bois. Se faisant, Jean-Marie est en train d'apprendre une autre langue : le Québécois.
Le sauvage Lac Koshlong étant bien loin de Toronto et la conduite trop longue, Jean-Marie est revenu à ses premiers amours : l'aviation. Nous volons maintenant un avion amphibie. Nous sommes 6 partenaires à partager celui-ci, à chacun sa semaine. Cet hydravion nous permet d'arriver vite à notre cabane, en nous posant sur le lac juste devant notre porte.
De mon côté, après plus de 3 mois et de nombreuses entrevues, je viens enfin de faire une entrée fracassante dans l'agence de publicité internationale ciblée, en tant que rédactrice. Me fâchant, après avoir longtemps attendue une réponse, j'appris que si ma
candidature était en principe acceptée, il y avait un embarrassant conflit d'intérêt. La compagnie Shell pour laquelle je travaillais étant à la fois un client de l'agence de placement et l'un des prestigieux clients de l'agence de publicité. Une fois le problème connu, j'allais voir le directeur du Marketing chez Shell, bilingue mais qui ayant oublié son français, je lui écrivais
ses lettres qu'il signait sans même les regarder.  Galamment, cet homme charmant me dit alors : " Mais si vous travaillez pour notre agence de publicité, nous ne vous perdrons pas, vous continuerez de travailler pour nous. "
En effet, quelques semaines après, j'écrivais des annonces-radio pour le Confort au foyer Shell. J'allais rester près de 10 ans dans la ' pub'. Les 10 meilleures années de ma vie de travail, partagée avec des expatriés du monde anglophone venant d'Angleterre, d'Australie, d'Écosse, des États-Unis, d'Irlande et même d'Afrique du sud. Oeuvrant de concert avec des journalistes tout heureux de bien gagner leur vie en écrivant pour la publicité, j'estimais avoir atteint mon but : être journaliste. Annonces publicitaires écrites pour les journaux, la radio ou la télévision, je côtoyais journellement des gens créatifs, souvent loufouques, alors que du côté ' clients ' ( qui payaient notre salaire ), c'était le monde des affaires. Je faisais également connaissance avec  l'industrie du film, voyageant tant au Québec qu'à Hollywood quand un ' tournage ' le nécessitait. J'avais enfin trouvé ma niche.
Après 10 ans, l'agence de traductions de mon mari grandissant ( nous avions ouvert une succursale à Montréal ) et celui-ci me faisant les yeux doux  pour que j'aille rejoindre ' notre compagnie de traductions ', je quittais à regret le monde de la publicité, y laissant de nombreux amis.
Mais j'en profitais pour prendre quelques mois sabatiques afin d'obtenir ma licence de pilote.
On ne devient pas millionnaire à coucher des mots sur le papier. Les meilleurs vivent bien de ' leur plume ', mais ce travail d'esclaves besogneux et fastidieux, demande de nombreuses heures de travail, passées derrière une machine.
Difficile de concilier notre amour des grands espaces et la traduction.
Heureusement, nous avions vite compris que l'achat de terrains était très rentable. Un terrain bien revendu, servit à acheter un mono-moteur, un Bonenza. Petit avion racé,( véritable cheval de course ) qui nous permit de survoler le Canada, les États-Unis, le Mexique et même les Caraïbes. ( Contre l'avis de pilotes professionnels qui trouvaient risqué de survoler la mer avec un mono-moteur, en canne de panne ). Nous avons traversé quelques mémorables tempêtes !
 Jean-Marie lui aussi avait atteint son rêve : "être Commandant de son propre avion ''. Je devenais co-pilote. Nous ne faisions pas partie du Jet-Set, seulement du Prop-Set.
Chasses lointaines chez les Indiens et les Eskimos, son inséparable dictaphone toujours dans la poche, Jean-Marie et moi sommes restés fidèles au sermon de l'aumonier parachutiste qui nous avait mariés :"Étre mariés, c'est regarder la vie dans la même direction. St.-Exupéry '',  nous avait-il dit.
"Ce à quoi j'ajouterai : " Même si ce n'est pas pour les mêmes raisons." Comment Jean-Marie, si pacifique, pouvait-il tuer d'abord au fusil en groupe avec ses chiens,  puis seul à l'arc, ces si gracieuses biches bondissantes, à l'oeil attendrissant ? Je me contentais d'être un bon fusil au pigeon d'argile et de cuisiner l'abondant gibier qu'il ramenait de ses chasses, l'agrémentant de mes récoltes dans la nature ( têtes de violons, champignons, fruits sauvage, ) pour servir aux amis des repas entièrement ' sauvages '. C'est ainsi que je me gagnais le titre de :' Baronne de Koshlong.'
Après toute une vie de travail, d'aventures et de plaisirs au Canada, Jean-Marie vient de s'en aller...chasse-t-il encore dans l'au-delà, pilotant seul son avion dans les grands espaces, l'aventure continuant chacun de notre côté ?


Témoignage de Claude Henry, Baronne de Koshlong, recueilli par Marie-Lise Piffard , le 4 mai 2015

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