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ANNE & JULIEN – "Le tatouage n’est pas un bien de consommation"

Par Lepetitjournal Toronto | Publié le 04/04/2016 à 17:55 | Mis à jour le 05/04/2016 à 01:04

 

Anne et Julien, commissaires de l'exposition Tatoueurs, Tatoués reprise par le Royal Ontario Museum, seront présents à la conférence The Art of Ink, mardi 5 avril 2016. Avec Henk Schiffmacher, ils y parleront tatouages? un art pas toujours apprécié à sa juste valeur.

Lepetitjournal.com : De nos jours, on voit de plus en plus de personnes se faire tatouer?

Anne : Le n?ud du problème, c'est que le tatouage n'est pas un bien de consommation. Il ne s'achète pas, on va le chercher, on choisit son tatoueur. Il n'est pas regardable seulement du point de vue de la mode, de l'impulsion du geste mais d'une connaissance. C'est la teneur du talk de Henk Schiffmaker : beaucoup de tatoueurs tatouent très mal. Une plaisanterie se faisait dans les années 1930, le tatoueur disait à son client : "Ne t'inquiètes pas, ton tatouage est garanti 40 ans après ta mort !" Aujourd'hui, beaucoup de gens se font mal tatouer et on n'est pas loin de l'idée de leur faire croire qu'ils sont obligés de revenir tous les ans parce que le trait ou la couleur sont partis... Le tatouage, ce n'est pas ça ! C'est quelque chose de sérieux et solide, quand tu te le fais, c'est à vie, tu crèves avec !

Julien : On confie tout de même sa peau à quelqu'un ! Ce n'est pas un acte anodin, ce n'est pas éphémère. On ne va pas acheter un tatouage, on va vivre une relation avec le tatoueur. On va développer un point de vue artistique et graphique. On ne peut pas acheter ça comme on achète un disque !

Pourtant on voit se multiplier les techniques pour effacer ou recouvrir les tatouages?

Julien : Il y a des gens qui vont devenir très riches ! La personne qui va commencer à monter une clinique de détatouage dans le monde? C'est fou ce qu'elle va se faire comme pognon ! Le tatouage, dans sa forme et dans son fond, n'est pas fait pour se faire effacer. On ne va pas chez le coiffeur, tous les mois, ça repousse et on recommence. Non. Là, c'est pour la vie. Ça implique un engagement personnel.

Vous sentez que les gens sont un peu plus au courant ?

Anne : Tatoueurs, Tatoués a attiré 700.000 personnes au quai Branly et la façon dont ça a été couvert par la presse, c'est énorme ! Après, les gens qui ont réellement parlé des vrais problèmes, il y en a eu très peu. Mais c'est l'apanage des cultures alternatives, n'intéresser que très peu de gens... Ce qui nous chagrine, c'est qu'on est contemporains de tatoueurs historiques, de l'équivalent de Picasso ou Matisse? On a la chance de partager le même temps qu'eux mais si on n'a pas la connaissance pour les reconnaître, on passe à côté ! C'est très dommage. Il y a vraiment une déperdition de la connaissance réelle de l'histoire, de la technique, des grands pionniers et artistes contemporains. Ce n'est pas parce que tu es tatoueur que tu es un artiste, ce n'est pas parce que tu sais dessiner que tu es un tatoueur et ce n'est pas parce que tu sais tatouer et que tu sais dessiner que tu es un bon tatoueur !

Alors, comment apprendre à tatouer ?

Julien : L'apprentissage devrait se faire de personne à personne. Les peaux sont différentes : on ne va pas attaquer la peau de la même façon qu'elle soit extrêmement fine, grasse ou épaisse. Pareil pour les parties du corps. C'est une technique, pas simplement un malabar. La peau est une réalité objective avec laquelle il va falloir jouer.

Des conseils pour un futur tatoueur ?

Julien : Regarder l'histoire dans laquelle il va entrer. C'est une histoire millénaire avec une connaissance des outils, de l'anatomie, une grande connaissance du dessin. C'est un art en mouvement. Le tatouage, ça bouge, ça vieillit, ça évolue. Ce n'est pas quelque chose qui est fixé : quand on tatoue quelqu'un, il faut imaginer comment il va le porter dans vingt ans... C'est une rencontre. Se regarder tous les matins en se disant : "Oh non, ce n'est pas possible? Pourquoi j'ai fait ça ?", ce n'est pas le but.

Conférence The Art of Ink

Mardi 5 avril 2016, de 7h à 8h.

Signy and Cléophée Eaton Theatre (Level 1B) au Royal Ontario Museum, 100 Queens Park, Toronto.

Entrée adulte 20 $, étudiant 15 $.

Site internet.

Kim Chaze (www.lepetitjournal.com/toronto) lundi 4 avril 2016

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