Mardi 21 septembre 2021

Fukushima : 10 ans après, quel impact sur le pays ?

Par Lepetitjournal Tokyo | Publié le 10/03/2021 à 17:00 | Mis à jour le 15/03/2021 à 03:58
fukushima, 10 ans après

C’était le 11 mars 2011. Un séisme de magnitude 7,3 suivi d’un tsunami et d’une des pires catastrophes nucléaires que le monde ait connu. 10 ans plus tard, le Japon oscille encore entre la voie du nucléaire et l’énergie renouvelable.

Un impact psychologique indiscutable

Pour le peuple japonais, la catastrophe du Tohoku, c’est avant tout un traumatisme. Preuve en est : les nombreux articles publiés dans la presse depuis quelques jours et les témoignages recueillis de la part d’anonymes qui ne pensent pas avoir leur mot à dire sur la politique du pays.
À chaque nouveau tremblement de terre, c’est cette peur qui se réveille, la peur de vivre encore une fois le choc éprouvé ce jour-là, mais aussi la confusion provoquée par une organisation de crise bancale.
Pourtant, malgré cela, les mêmes mots reviennent dans la bouche de ceux qui nous en parlent : « shoganai ». Une expression résolument japonaise et signifiant que finalement « on n’y peut rien ». Résignation collective ou discours cent fois rabâché par les autorités ? Bien sûr, ressasser le passé n’aide pas toujours à avancer. Alors que le COVID demande toute notre attention et que des évènements positifs tels que les Jeux olympiques sont annoncés dans l’archipel, quoi de plus naturel que de vouloir oublier ?

Radiations à Fukushima
Mesures de la radioactivité prises en 2011

10 ans après à Fukushima

Aujourd’hui c’est environ 5 000 personnes qui travaillent quotidiennement sur le site de la centrale de Fukushima Daiichi. Après 10 ans, il faut encore extraire presque 900 tonnes de combustible fondu et de débris hautement radioactifs.
Reste aussi le problème des eaux contaminées, utilisées pour refroidir les cœurs fondus des réacteurs, et qui continuent d’être stockées sur le site (150 m3/jour environ) malgré un manque de place de plus en plus flagrant.
Une solution est envisagée : le rejet de ces eaux radioactives en mer. Décision très contestée et difficile à prendre pour le gouvernement japonais.

Alors que les efforts de décontamination par décapage du sol se sont concentrés sur les zones agricoles et d’habitation, c’est encore une immense majorité du territoire boisé des environs qui subit les effets des radiations.

Quel avenir pour le nucléaire japonais ?

Malgré cela, il est prévu de redémarrer, sous réserve de travaux garantissant plus de sureté, plusieurs réacteurs nucléaires qui avaient été progressivement mis à l’arrêt au moment de la catastrophe. À noter que les neuf réacteurs déjà remis en marche se situent dans le sud-ouest du pays, le long de côtes abritées des tsunamis.
Si le gouvernement est clairement favorable à cette réactivation, c’est avant tout pour réduire ses émissions de CO2 et son importante dépense énergétique. Une politique qui reflète l’ambition du Japon de mettre en avant les énergies vertes et de réduire son impact environnemental.
Cependant depuis la catastrophe, une majorité des Japonais ouvertement antinucléaire s'oppose farouchement à cette décision. 
Leur argument : de 2013 à 2018, suite à l’arrêt des réacteurs, le pays s’est totalement passé du nucléaire.
  Hiroshima, Nagasaki, Fukushima, nous avons trois raisons de devenir des porte-parole mondiales de l’antinucléaire, pourquoi ne réagit-on pas ? s’est indigné l’ancien Premier ministre Junichiro Koizumi. 
Face à ce choc et à l’incertitude qui demeure sur la production énergétique future du pays, le Japon semble encore loin d’avoir trouvé une solution.


 

Lepetitjournal.com lance un appel à témoin !
Où étiez-vous le 11 mars 2011 et comment avez-vous vécu l’évènement ? Comment percevez-vous la situation aujourd’hui ?
Merci de laisser un commentaire en bas de cet article ou de nous contacter par mail à l’adresse suivante : tokyo@lepetitjournal.com

 

 

 

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3 Commentaire (s) Réagir
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Ikiru jeu 11/03/2021 - 09:10

Je viens de lire votre article concernant ce que vous appelez « Fukushima, …. » et j’ai plusieurs remarques à vous faire – 1. Dans la lettre reçue, vous écrivez : « 11 mars 2011 : un séisme suivit d’un tsunami et d’une des pires catastrophes nucléaires que le monde est connu… » je vous rappelle que le subjonctif du verbe être devrait être employé ici et donc il faut écrire « ait » … C’est pour cela que « connu » ne s’accorde pas avec le sujet qui est féminin… 2. Il ne s’agit pas de la catastrophe de « Fukushima » (il est vrai, seul nom connu des français), mais de celle du Tohoku. Il vaut mieux appeler l’ensemble de la catastrophe du tsunami par ce nom car il se réfère à toutes les destructions dues au tsunami alors que le terme « Fukushima » se rapporte essentiellement à la catastrophe nucléaire des centrales de Fukushima provoquée par le tsunami … ce qui ferait passer par pertes et profits les 18000 morts et les 350000 personnes déplacées uniquement à cause des destructions directes par le tsunami dans toute cette région. A moins que vous attribuiez ces morts à la catastrophe nucléaire …. 3. Concernant le problème de l’énergie électrique du Japon, bien sûr le pays a pu se passer pendant toutes ces années d’une partie très importante de son énergie produite par les centrales nucléaires, mais à quel prix ? ont-elles été remplacées par l’éolien, le solaire, l’hydraulique, la géothermie ? ou …. Le charbon ? Comme doit le faire l’Allemagne ? En résumé, ce que l’on demande à des journalistes ce n’est pas de lancer quelques phrases qui suivent l’idéologie ambiante, mais de présenter un dossier explicatif de la situation. Je peux lire dans les journaux ou voir en ce moment des choses identiques à celles de votre article dans la presse ou à la TV accompagnées de photos et de commentaires qui tendent à dire, à cause de l’ambigüité des propos, que c’est l’accident nucléaire qui a provoqué les 18000 morts, la grande majorité des déplacés et le grand nombre d’orphelins dont personne d’ailleurs ne parle ! Cet effet je peux le constater facilement en écoutant les réactions des personnes avec qui j’en parle lorsqu’ils m’interrogent sur mes 20 ans passés au Japon. Mon propos ici n’est pas de faire l’apologie de l’énergie nucléaire, mais de faire en sorte que les choses soient présentées de telles sortes qu’elle n’apparaissent pas tendancieuses et qu’ainsi les personnes qui vous lisent puissent se faire une opinion éclairée.

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tokyo@lepetitjournal.com ven 12/03/2021 - 01:59

 Merci pour votre avis auquel nous avons répondu par mail afin de faire suite au mail identique à ce commentaire que vous nous avez envoyé.

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JiPi jeu 11/03/2021 - 08:27

Il me semble que, pour beaucoup de Japonais, le séisme du Tohoku est d'abord un grand traumatisme du au tremblement de terre et au tsunami qui a suivi et a causé 18300 morts et disparus plutôt que l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima. On voit souvent à la television Japonaise des reportages sur les gens qui ont tout perdu : proches, maison, souvenirs, et qui sont traumatisés par cela. Il est facile de les comprendre... Le problème de la centrale nucléaire de Fukushima me semble d'une autre nature, plutôt une perte de confiance dans le système Japonais symbolisé par TEPCO qui explique les difficultés actuelles à relancer les centrales nucléaires malgré la volonté du gouvernement. Vu de Tokyo, les problèmes étaient plus simples avec principalement des problèmes de coupures d'électricité (à cause de l'arrêt de toutes les centrales nucléaires en attente de la relance des centrales au charbon et à Gas), les problèmes d'approvisionnement à cause des usines fermées et des rafineries hors service (pas d'essence donc pas de transport) et les problèmes de trains ou métros. Pour les refugiés de la zone de la centrale de Fukushima qui ont tout perdu et que l'on a pu voir à Tokyo, l'accident a ajouté un traumatisme supplémentaire et ils n'étaient pas vraiment les bienvenus ici. On a pu voir la façon dont ils étaient accueillis à Big Site et entendre les reflexions de nos voisins Japonais pour les 2 ou 3 familles qui ont été relogées dans notre immeuble. Le Japon a pu se passer du nucléaire parce qu'ils ont abandonné les objectifs de Kyoto et remplacé comme les allemands le nucléaire par du CO2. En Janvier, avec le mauvais temps, la neige, le froid, et l'augmentation du prix du LNG, ils ont eu des soucis avec la production d'électricité qui avait des problèmes à satisfaire la demande. Après 2011, des gens du nucléaire m'ont dit que les Japonais allaient réutiliser en les renforçant 1/3 des réacteurs nucléaires, en reconstruire 1/3 et en démanteler 1/3. Comme vous dites dans votre article, "Shoganai" et ca va permettre de respecter les engagement de la COP de Paris. Mais on est au Japon, donc ca va prendre un peu de temps. 2050 c'est encore loin et le gouvernement Japonais arrivera bien à faire valoir que la centrale de Onagawa, située plus proche de l'épicentre du séisme de 2011, a bien résisté elle au tremblement de terre et au séisme. Question de conception.

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