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INTERVIEW – Christophe-André Frassa, sénateur des Français établis hors de France

Par Lepetitjournal Tokyo | Publié le 08/06/2016 à 19:00 | Mis à jour le 09/06/2016 à 06:42

Sénateur représentant les Français établis hors de France, Christophe-André Frassa était en visite au Japon du 2 au 5 juin. Il a accepté de répondre à nos questions

Qu'est-ce que vous avez retenu de votre séjour au Japon ?
J'ai eu l'occasion d'échanger avec l'ambassadeur de France, Thierry Dana, avec qui on a parlé de ce qui s'était dit et fait au G7. Le Japon a quand même été gâté en visite ces deniers temps. Même si on a parlé principalement de Barack Obama et de Hiroshima, il y a quand même eu quelques ministres français qui ont mis les pieds dans l'archipel ainsi que le Président de la République, même s'il n'est pas venu à Tokyo mais à Ise-shima. Après je suis allé voir l'institut français que j'avais eu le plaisir d'aider par le passé au titre de la bien nommée réserve parlementaire. J'ai fait un peu le tour des installations avec le directeur.

Avez-vous évoqué le projet de rénovation des bâtiments ?
Eh bien oui, on a parlé un peu de ce beau bâtiment avec son escalier en colimaçon, mais qui commence à avoir son âge. C'est quand même l'un des rares instituts qui s'autofinance complètement, à tel point qu'il permet à tous les instituts français du Japon de pratiquement viser un autofinancement grâce à lui.

Est-ce qu'il n'y aurait pas justement un moyen de récompenser la bonne gestion ?
Hélas, cette grande machine culturelle qu'est l'institut français ne voit jamais les choses comme cela. Mais j'avoue que je n'ai pas beaucoup de scrupules à aider. Maintenant, on est tout en open data sur la réserve parlementaire, sur le sénat, où on peut voir que tout est quasiment ventilé à 90% entre les établissements scolaires, le culturel, les alliances françaises? Le problème c'est qu'il n'y a pas d'argent, et il faut bien le trouver quelque part.

Après je suis allé voir le lycée français que j'avais visité quasiment avec le casque et les bottes de chantier la dernière fois, puisqu'on venait de récupérer le bâtiment qui était déjà un établissement scolaire inoccupé. Il est vrai que la transformation est impressionnante. On a un établissement qui a atteint sa limite avec quasiment presque 1.200 élèves, et on arrive aujourd'hui à réfléchir à l'avenir, c'est-à-dire à comment faire pour accueillir plus d'élèves parce qu'il y a une demande qui va devenir bientôt plus importante que l'offre. Il y a une mission de l'agence qui va bientôt arriver pour étudier les possibilités d'une extension. Il y a des solutions, comme me l'a expliqué le proviseur. Il y a deux écoles à côté qui ont des taux de remplissage à la japonaise, c'est-à-dire 80 élèves dans un établissement de 600 places. Et puis j'ai rencontré les élèves qui m'ont demandé de les aider dans un projet d'aménagement de l'espace lycéen. Comme toujours on verra ce que l'on peut faire et comment on peut les aider parce qu'après tout, ce sont eux qui passent le plus clair de leur temps dans cet établissement.

Christophe André-Frassa, lors de sa rencontre avec les conseillers consulaires (de gauche à droite: Thierry Consigny, Janick Magne, Christophe André-Frassa et Evelyne Inuzuka)

Et au niveau de la question du détachement des enseignants ?
J'ai rencontré évidemment les représentants des enseignants avec qui on a parlé du problème du détachement. Ils dépendent de leur rectorat et académie d'origine et, jusqu'à la dernière minute, peuvent être empêchés de partir en poste à l'étranger. Inversement pour les gens qui sont là depuis longtemps, on leur dit que c'est la fin de leur détachement alors que certains ont fait toute leur vie ici. C'est un vrai problème. On est nombreux à réclamer depuis des années la création d'un véritable rectorat des Français à l'étranger. C'est le serpent de mer. Ça ne dépend pas de nous, c'est-à-dire que les parlementaires ne peuvent pas demander sa création par une proposition de loi. Cela tomberait sous le coup de l'article 40 de la constitution parce qu'on créerait une charge. Cette question nécessite un vrai courage politique de la part du ministre de l'Education nationale. Qu'il soit de gauche ou de droite, on a toujours eu à faire face à un silence assourdissant.

Que pensez-vous de la méconnaissance qu'il peut encore y avoir chez certains élus de la situation des Français à l'étranger ?
Il y a beaucoup de fantasmes. Vous avez toujours cette idée des Français qui vivent les doigts de pied en éventails dans des pays pauvres, et s'enrichissent sur le dos de gens qui n'ont même pas de quoi manger. Vous avez déjà un devoir pédagogique vis-à-vis de vos propres collègues parlementaires qui vous disent "ah oui, les français de l'étrangers, les pauvres qu'est-ce qui leur arrive encore ?" dès que vous commencez à en parler. Il ne leur arrive rien, ils ont juste envie d'être traités comme n'importe quel Français de France. Ces préjugés sont terribles et sont entretenus, hélas, par certains médias qui préfèrent, parce que c'est plus vendeur, de montrer certains Français qui vivent comme ceux que je viens de décrire. Mais ces gens-là représentent quoi ? Une infime partie des Français qui vivent à l'étranger, qui sont aujourd'hui presque trois millions.  Parmi eux, vous en avez sont partis réellement à l'aventure, la vraie, la plus noble. Qui ont créé leur entreprise, qui n'ont rien demandé à personne, ont pris des risques phénoménaux dans des pays où ce n'était pas évident. Leur entreprise la plupart du temps fait vivre des Français et des étrangers dans le pays d'accueil, et quelques fois elle fait vivre des Français en France parce qu'ils y ont créé des filiales.

Concernant les débats chez Les Républicains, est-ce que vous avez été satisfait de la solution qui a été trouvée concernant le vote électronique ? Est-ce que le débat était vraiment nécessaire ?
Il a été nécessaire parce qu'il a permis de régler une question. Il était marqué dans la version initiale de la charte de la primaire, article 6, que les Français de l'étranger voteront par internet sous réserve de la ratification par le bureau politique. Donc il y avait cette phrase, la fameuse ratification devait intervenir le 3 mai et là, certains ont commencé à se plaindre que, dans leur département, des gens devaient faire parfois des dizaines de kilomètres pour aller voter le jour de la primaire. Ils ne sont pas allés voir plus loin. Mais si à Bamako les électeurs font 300 mètres de queue, ils courent un véritable danger. Personne n'y a réfléchi. Et arriver ce qui devait arriver : papier, vote à l'urne pour tout le monde. Ce n'est pas vraiment ce qu'on voulait.

J'ai donc fait un courrier en tant que secrétaire national aux Français de l'étranger, et j'ai donné quelques arguments de bon sens. Il y a des pays dans lesquels c'est impossible. Il y a par exemple le Canada, qui était farouchement opposé en 2012 à ce qu'on organise des législatives sur son sol. L'Allemagne elle-même refuse si ce n'est l'État français qui organise. La solution médiane on l'a tous trouvé en disant qu'il y a des critères objectifs de l'ordre de 3 principalement. Selon le nombre d'inscrits, les questions de sécurité et la législation locale.
Propos recueillis par Quentin Weinsanto (http://www.lepetitjournal.com/tokyo) jeudi 9 juin 2016

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