Samedi 31 octobre 2020
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Thaïlande: la police disperse des centaines de manifestants pro-démocratie à Bangkok

Par AFP | Publié le 16/10/2020 à 13:35 | Mis à jour le 17/10/2020 à 04:50

La police a dispersé vendredi soir à Bangkok plusieurs centaines de manifestants pro-démocratie qui avaient bravé l'interdiction de rassemblements promulguée la veille au moyen de canons à eau, une première depuis le début de la contestation.

Des canons, mélangeant eau et produits chimiques, ont été utilisés par la police anti-émeute contre les contestataires rassemblés depuis la fin de l'après-midi dans le centre de la capitale, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Des militants ont tenté de répliquer en montant de sommaires barricades, mais finalement ils ont renoncé et quitté le site.

"Nous ordonnons à nos frères et nos sœurs de rentrer chez eux", a averti la police avant d'avancer vers le cortège.

"Prayut dehors!", "A bas la dictature!", ont répliqué les protestataires, beaucoup d'étudiants, alors qu'une pluie fine tombait sur la capitale thaïlandaise.

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Un policier a été blessé et transporté à l'hôpital, a-t-on appris auprès de sources médicales.

"La police a eu tort d'utiliser la force", a déploré à l'AFP Nine, un étudiant de 21 ans. Au fur et à mesure, le mouvement pro-démocratie "a de plus en plus de courage".

"Les pauvres sont de plus en plus pauvres, les riches de plus en plus riches" dans ce pays, l'un des plus inégalitaires au monde, nous devons réagir, a lancé de son côté Pim, 20 ans.

Jeudi, les contestataires avaient déjà bravé l'interdiction, quelque 10.000 personnes se retrouvant dans le centre de Bangkok.

- sécurité nationale -

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Selon le décret d'urgence promulgué pour tenter de briser la contestation qui défile depuis plusieurs mois dans le pays, les rassemblements de plus de quatre personnes et les publications en ligne, jugés "contraire à la sécurité nationale", sont interdits.

Deux activistes, Ekachai Hongkangwan et Bunkueanun Paothong, ont été interpellés vendredi.

Les actes qui leur sont reprochés n'ont pas été précisés, mais ils sont poursuivis au titre de l'article 110 du code pénal, un texte très rarement utilisé. Mis en examen pour "acte de violence contre la reine", ils encourent, s'ils sont reconnus coupables, une peine de 16 ans de détention à la prison à vie.

Il s'agit des charges les plus lourdes prononcées depuis le début du mouvement.

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Mercredi, une voiture avec à son bord la reine Suthida, qui ne pouvait éviter d'après les autorités le parcours d'une grande marche pro-démocratie, avait été arrêtée quelques instants et des dizaines de manifestants avaient levé trois doigts devant son véhicule, un signe de résistance emprunté au film "Hunger Games" et de défi à l'autorité royale.

Les deux militants interpellés se trouvaient sur les lieux.

"Je suis accusé d'avoir tenté de nuire à la reine", mais "je suis innocent. Ce n'était pas mon intention", a déclaré Bunkueanun Paothong peu avant son arrestation.

Le mouvement demande la démission du Premier ministre et une réforme de la puissante et richissime monarchie, un sujet tabou il y a encore peu dans le royaume.

Maha Vajiralongkorn, monté sur le trône en 2016 au décès de son père, le vénéré roi Bhumibol, est une personnalité controversée.

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Il a renforcé ses pouvoirs, prenant notamment directement le contrôle de la fortune royale. Ses fréquents séjours en Europe, même en pleine pandémie de coronavirus, ont aussi soulevé des interrogations.

- "Je ne démissionnerai pas" -

Le Premier ministre a promulgué les mesures d'urgence jeudi, au lendemain de l'incident du cortège de la reine.

"Ne violez pas la loi!", a-t-il mis en garde vendredi, "je ne démissionnerai pas".

Plus d'une vingtaine de militants, dont plusieurs leaders du mouvement, ont été arrêtés peu après la promulgation du décret.

L'un d'entre eux, Anon Numpa, a été emmené à Chiang Mai (nord) où il s'est vu refuser sa libération sous caution, d'après son avocat.

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La Thaïlande est habituée aux violences politiques, avec 12 coups d'Etat depuis l'abolition de la monarchie absolue en 1932.

Prayut Chan-O-Cha a lui-même pris le pouvoir à la suite d'un coup d'Etat en 2014. Il a ensuite pris la tête d'un gouvernement civil après des élections controversées l'année dernière.

Vu la situation, "la probabilité d'une autre prise de contrôle du pays par les militaires est envisageable", relève Thitinan Pongsudhirak, politologue de l'université Chulalongkorn à Bangkok.

Les manifestants "ne s'arrêteront pas tant que leurs demandes ne seront pas satisfaites. Sans concession de la part du pouvoir, des tensions sont à prévoir".

Le parti d’opposition Pheu Thai a exhorté le gouvernement "à lever immédiatement les mesures d'urgence" et "à libérer les personnes interpellées".

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