Mercredi 1 décembre 2021
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DANIEL ELBAZ - « Je voulais servir une cause juste »

Par Lepetitjournal Tel Aviv | Publié le 01/03/2016 à 10:15 | Mis à jour le 01/03/2016 à 16:06

Daniel Elbaz, finaliste 2016 des Trophées des Français de l'étranger, est un pharmacien humaniste et engagé. Avec son application « Convert Drugs Premium », il élabore une des plus grandes bases de données de correspondance de médicaments à destination des voyageurs et expatriés.

Lepetitjournal.com/tel-aviv : Pouvez-vous présenter brièvement votre parcours personnel ?

Daniel Elbaz : Je suis pharmacien, à la retraite aujourd'hui. J'ai fait mes études à Marseille et ensuite à Paris. Suite à mon diplôme, j'ai ouvert une première officine puis une seconde un peu après que j'ai tenu 15 ans. C'était vraiment une belle officine et j'y ai travaillé avec grand plaisir.  Se tenir derrière le comptoir et directement en contact avec le client, ça n'existe d'ailleurs quasiment qu'en France et dans quelques autres pays. Ici en Israël ce n'est pas du tout la même chose. J'ai passé récemment mes équivalences et quand je vois ce que font les pharmaciens ici, ce n'est pas vraiment ma façon de faire.
Depuis 10 ans, j'ai commencé à travailler sur un module de recherche de correspondance entre médicaments. Très souvent lorsque j'étais encore en pharmacie, je voyais souvent des étrangers arriver avec leurs propres ordonnances et me demandant si j'avais le médicament équivalent à leur prescription. A l'époque, c'était très compliqué d'avoir l'équivalent exact en rayon, mais déjà surtout de le trouver ! Quelques rares logiciels fonctionnaient et l'Office Commercial Pharmaceutique fournissait des informations mais c'était très limité et cela ne concernait que des médicaments essentiels. C'est un problème qui s'est souvent posé dans ma carrière et l'on m'interrogeait souvent dessus. Alors j'ai débuté le travail sur une application, construite sur une base de données, qui permettrait de combler ce manque.  Je suis également aujourd'hui encore pharmacien phytothérapeute et n'ai pas abandonné la préparation.

Comment fonctionne votre application ?

Nous sommes trois à travailler dessus, chacun avec une tâche différente. Mon partenaire, Ary Tebeka, s'est notamment occupé de tout ce qui est technique. Quant à moi, je récupère un par un les noms de médicaments dans tous les ministères de santé du monde et les relie à leur équivalent français. C'est un travail laborieux et parfois difficile ! J'élabore et améliore cette base de données quotidiennement depuis 6 ans et elle est à ce jour la plus grande du monde. Celle-ci est accessible pour les personnes sous le nom « Convert Drugs Premium ».  
Il y a eu également Hayian, ce typhon terrible qui a fait beaucoup de ravages aux Philippines. Tout de suite avec mon partneaire on s'est appelé, spontanément, on s'est dit : « il faut faire quelque chose ». On a mis alors une application spécifique et gratuitement sur l'Apple Store. Les ONG recevaient des grandes quantités de médicaments de pays différents qu'il fallait ensuite trier. Je n'ai pas eu de retour chiffré sur son utilisation. Je voulais servir une cause juste ce qui est selon moi, le fondement même du métier de pharmacien.

Est-ce que c'est quelque chose que vous visiez dès la création du projet ?

Ce système que l'on a mis en place pour les Philippines, on le partage également aussi avec des dispensaires en Afrique. Je travaille aussi avec le professeur Gnoumou de la société Nazounki qui rapatrie des Africains en France pour les soigner. Avec cette application on veut apporter en Afrique la capacité de trier les tonnes de médicaments, qui la plupart du temps s'entassent en vrac dans les cliniques. Il y en a à peine un dixième qui est aujourd'hui utilisé. Pour moi, c'est l'essence même de mon travail.

Pensez-vous élargir votre champ d'action en dehors du cercle francophone ?

Bien sûr ! Personnellement, même si je passe ma vie en version française, j'ai l'impression que tant que la version anglaise ne sera pas développée, on n'ira pas aussi loin qu'on le pourrait. Dans cet esprit, j'ai développé cet outil de multi-langage : le but est que si le nom du médicament est écrit en chinois, en anglais ou en thaï on puisse trouver son équivalent. Je prends donc l'information à partir des ministères de la Santé partout dans le monde, tant que j'arrive à les récupérer. C'est vraiment interactif. Si un Français va au Japon et qu'il peut taper le nom du médicament en japonais, la tablette affichera le nom en français ou inversement.

Quels sont vos projets futurs pour l'application ?

On a un projet en plein développement mais du coup il est encore assez confidentiel. L'idée serait de rajouter une modélisation corporelle qui permettrait encore plus d'affiner la recherche, sans jamais se prendre pour un médecin ce qu'on n'est et ne sera jamais.
Par contre, on a presque fini le développement d'un « complément » à notre application originelle qui indiquerait si le médicament est vrai ou faux. Il y a beaucoup de contrefaçon dans le monde pharmaceutique et cela peut causer de nombreuses complications. Si une personne a besoin de médication contre l'hypertension et qu'on lui donne un faux médicament ? que ce soit une simple gélule au sucre mais sans effet ou un produit frelaté, cela peut être vraiment dangereux. On touche encore presque à l'humanitaire, sur les marchés en Afrique on trouve beaucoup de médicaments, malheureusement beaucoup aboutissent à des catastrophes. On cherche à éviter cela pour que les personnes soient soignées, et correctement. On rejoint finalement la même idée globale,  d'assurer un traitement complet et efficace. 

Propos recueillis par Philippe Creusat, www.lepetitjournal.com/tel-aviv, le 1er mars 2016`

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