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OGM - Israël y résistera t-il ?

Par Lepetitjournal Tel Aviv | Publié le 01/12/2012 à 17:56 | Mis à jour le 10/12/2012 à 13:20

Le 19 septembre dernier, une étude française sur les OGM venait secouer la communauté scientifique et l'opinion publique. Fin octobre, l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) réfutait la thèse du chercheur mais appelait tout de même à engager des travaux sur les effets à long terme de la consommation d'OGM associés à des pesticides. Qu'en est-il en Israël ? Les OGM sont-ils utilisés dans le pays ? Quelle est la politique du gouvernement vis-à-vis des OGM ? Une enquête difficile dans un pays où le sujet des OGM n'a rien de prioritaire.

Photo illustrative ? DR

Il ne faut pas raisonner en tant que français lorsque l'on entame une enquête sur les OGM en Israël. Ce qui peut faire couler beaucoup d'encre en France peut laisser de marbre ici.

Au fil des interviews il semble même que la terminologie 'Organisme Génétiquement Modifié' ne soit pas maîtrisée par tous, et notamment par les principaux concernés : les ministères de l'Agriculture ou de l'Environnement.

Et lorsque l'on discute de ce sujet dans la rue, autour d'un café, avec des Israéliens, leur intérêt n'est pas vraiment au rendez-vous.

?ll y a des sujets plus graves que les OGM, celui de la guerre notamment? nous explique Avi Perl, le chef de l'équipe scientifique du ministère de l'Agriculture israélien !

La question des OGM semble, il est vrai bien anecdotique à côté d'un sujet si grave et si présent comme la récente actualité vient de le montrer?

Pourtant l'absence de débat public sur les OGM tiendrait plutôt à une réelle confusion sur le sujet, confusion qui serait alimentée par une volonté politique de ne pas faire de vagues.

Officiellement, le gouvernement israélien ne se positionne pas pour la simple et bonne raison que la réglementation des OGM en Israël, car il y en a bien une, est celle dictée par l'Union européenne.

Le gouvernement ne se risque donc pas à aller contre l'avis européen et laisse l'UE agir dans ce domaine. Les régulations européennes concernant la recherche sont très strictes, même ?trop strictes? déplore pourtant l'Organisation publique de Recherche sur l'Agriculture en Israël (A.R.O) l'équivalent de l'INRA en France.

Car le gouvernement israélien s'intéresse de près aux OGM. Et cela pour plusieurs raisons. Israël jouit d'un climat méditerranéen caractérisé par de longs étés, chauds et secs, un atout pour les touristes avides de chaleur, mais un inconvénient pour l'agriculture. Dans l'extrême sud, les précipitations moyennes sont inférieures à 100 millimètres par an. De plus, le pays est relativement petit, environ 20.000 km2 n'offrant qu'une surface de production réduite. Les OGM permettraient donc d'améliorer les rendements dans le pays et de rendre les plantes moins sensibles au déficit hydrique.

Les fameux organismes génétiquement modifiés en ont ainsi conquis plus d'un. C'est le cas de l'A.R.O.

Naama Rosenberg, son porte-parole nous explique que l'avis européen sur la question des OGM est trop conservateur. ?Les OGM sont une réponse à la crise alimentaire mondiale. Avec les OGM, la production est plus grande, on peut y ajouter plus de vitamines. C'est très sain. Il faut savoir que 90 à 100% du soja importé des Etats-Unis est d'origine OGM? affirme-t-elle. ?Mes enfants mangent des produits ayant été en relation avec des OGM et ils sont en parfaite santé?.

Photo illustrative - DR

Pour le moment certes, mais qu'en sera-t-il dans 10 ou 20 ans ? Car tout le problème des OGM réside dans le fait qu'aucune étude n'a vraiment été faite sur le long terme. Le professeur Séralini était le premier à avoir mené ce type de recherche.

Pour le moment donc, Israël se limite à la recherche scientifique, seul domaine où l'utilisation d'OGM est autorisée, l'exportation de produit OGM étant interdite en raison de la réglementation européenne. ?Nous sommes à la pointe, le monde entier viens en Israël pour voir comment nous procédons, il y a une réelle demande mondiale? ajoute Naama.

Pourquoi alors ne pas s'éloigner des règles européennes et développer sa propre réglementation en la matière ? ?Nous sommes dépendants du marché européen en matière d'importation, nous ne pouvons pas nous permettre de ne plus respecter les régulations européennes, sinon nous pourrions perdre notre coopération économique?, répond la porte-parole.

Le pays n'ayant pas d'agenda clair sur la question, pas de régulations précises, pas vraiment de transparence, on reste dans le flou.

Greenpeace lui même, fervent opposant aux OGM n'est pas encore très actif en Israël sur cette question.

Mais il y a tout de même une chose pour laquelle l'organisation écologique se bat. En effet, en janvier 2000, à Montréal, 130 pays ont adopté un texte légal officiellement nommé : ?Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques relatifs à la Convention sur la diversité biologique?.

Son objectif est de contribuer à régir ?les mouvements transfrontaliers, le transit, la manipulation et l'utilisation de tout Organisme Vivant Modifié qui pourrait avoir des effets défavorables sur la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique et comporter des risques pour la santé humaine?.

Or, Israël, avec les Etats-Unis et le Canada, fait partie des pays n'ayant pas signé ce protocole. Greenpeace se bat donc pour qu'Israël signe ce document afin qu'une régulation spécifique et surtout claire existe dans le pays.

?Malheureusement, la probabilité pour que l'on retrouve des produits contenant du soja ou du maïs transgénique en Israël est grande. Le cas des céréales comme les 'cornflakes' est le plus connu?, explique Yael Ifergan, activiste pour Greenpeace qui nous a renseigné sur ces questions.

?Dans les pays comme la France, il existe des comités qui vérifient chaque OGM susceptibles d'être utilisés dans les champs de maïs, par exemple, par les agriculteurs. En Israël, ces comités n'existent pas. Il n'en existe que pour la recherche?.

En 2005, une campagne avait tout de même été menée par de petites organisations écologiques locales. Le gouvernement, à l'époque dirigé par Ehoud Olmert, leur avait promis de s'occuper du sujet. Malheureusement, quelques temps après, le sujet avait disparu de l'agenda.

Yael Ifergan évoque une action de la part de Greenpeace pour lutter contre les OGM en Israël qui se tiendrait dans les prochains mois, sans toutefois nous en dire d'avantage.

Docteur Avi Perl (chef de l'équipe scientifique du ministère de l'Agriculture) nous explique que le pays respecte les régulations européennes et "qu'aucune culture agricole contenant des OGM n'existe en Israël, pour le moment. Peut-être plus tard?.

Car lui aussi est favorable à ce type de culture, à condition que cela soit réalisé d'après des contrôles et des procédures de sécurité. Cependant, lui-même reconnaît que les contrôles sont difficiles, ?personne ne sait vraiment?.

En ce qui concerne l'importation, Israël ne fait pas venir de produit labélisé ?OGM?. Mais là encore, être sûr que les produits importés ne contiennent pas d'OGM est quasiment impossible. ?Les produits qui viennent de l'Europe contiennent sûrement une part d'OGM, soit parce qu'ils ont été traités par un désherbant tel que celui commercialisé par Monsanto ou Roundup, soit parce que les animaux ont été nourris avec de la nourriture OGM. Dans tous les cas, il est très difficile de savoir si les produits importés contiennent ou non des OGM?, indique le Docteur Perl.

En France, il est obligatoire d'indiquer la présence d'OGM dans les produits alimentaires depuis 1997. Ce n'est cependant que depuis le 1er juillet qu'une règle d'étiquetage, facultative, permet d'identifier les ingrédients d'origine animale sans OGM.

Ces aliments sont repérables grâce aux mentions ?Nourri sans OGM? ou ?Issu d'animaux nourris sans OGM?. En Israël, il n'existe aucune régulations obligeant les industriels à mentionner la présence d'OGM sur leurs produits, et ce, peu importe que la nourriture soit destinée aux hommes ou aux animaux.

Alors est-ce dangereux ou pas  pour  la santé ? Après avoir contacté à de nombreuses reprises le ministère de la Santé (selon lequel ce problème ne concernerait que le ministère de l'Agriculture), la porte-parole, Einat Shimron-Grinbaum a finalement répondu de manière sibylline encore une fois. "Le gouvernement est actuellement en train de traiter ce problème en mettant en place de nouvelles régulations concernant la nourriture. L'Etat d'Israël n'est pas en principe opposé aux produits OGM mais réclame que les produits génétiquement modifiés soient labellisés afin que les consommateurs soient au courant".

Les bureaux de Greenpeace Israël - Photo : DR

Aucune réponse donc concernant de possibles effets néfastes sur la santé. Et si les français étaient paranoïaques ?

Toujours est-il que la France et Israël coopèrent peu sur les OGM.

?C'est un domaine très délicat, avec des brevets à la clef. Des sommes très importantes sont en jeu. Il n'y a donc pas vraiment d'échange, on garde ça à l'intérieur du pays, même entre les compagnies, on n'échange pas" explique prudemment le Professeur Jacques Baudier, attaché pour la Science et la Technologie à l'Ambassade de France.

Avec les Etats-Unis, les relations sont plus claires en matière d'OGM. La société de biotechnologies israélienne Evogene, située dans le nord du pays, a ainsi signé un contrat de coopération avec le géant américain Monsanto, afin d'identifier des gènes permettant d'augmenter le rendement des récoltes de maïs, de soja, de coton et de colza.

La sécheresse provoque des pertes économiques de plus de 8 milliards de dollars par an selon les estimations d'Evogene. Inventer des nouveaux plants résistant au danger du manque d'eau est donc vital pour nombre d'économies, et celle d'Israël notamment.

Ces nouveaux gènes vont améliorer la résistance des produits aux conditions de stress intense. Quant à un possible danger sur la santé de l'homme ? La question n'est pas posée, et pour le moment, les deux entreprises en sont encore au stade d'expérimentation.

Du côté des consommateurs, le nombre fleurissant de magasins biologiques en Israël montre tout de même qu'une prise de conscience est en train de se faire. Pour Ida, gérante d'un magasin vendant des produits organiques dans Tel-Aviv, "les clients sont de plus en plus nombreux, font plus attention à ce qu'ils mangent et veulent des produits de qualité dans leurs assiettes pour leurs enfants". Elle tient à montrer les produits sur lesquels on peut lire ?produit organique?, c'est-à-dire, produit sans pesticides, sans aucune modification génétique. Effet de mode ou réelle prise de conscience ? Les clients du magasin ne semblent pas concernés par les OGM. Pour Véra, "acheter bio c'est surtout se rapprocher du naturel, du produit pur, cultivé par le petit agriculteur".

La question des OGM semble définitivement difficile à appréhender en Israël. Les enjeux financiers sont importants, la recherche est à la pointe et selon toute vraisemblance Israël devrait  s'engager sur une voie lui permettant de légaliser l'utilisation des OGM.

Seul rempart contre des abus futurs, la parole des consommateurs qui ne s'est pas encore fait entendre. Affaire à suivre?

Antoine RIPAUD (www.lepetitjournal.com/telaviv) Samedi 1er décembre 2012

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