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Sunitra Martinelli, l'art de chanter dans un beau Mélange à Trois

Par Matilda Marseillaise | Publié le 23/07/2018 à 06:12 | Mis à jour le 23/07/2018 à 06:44
Sunitra Martinelli, l'art de chanter dans un beau Mélange à Trois

Sunitra Martinelli, la chanteuse du groupe Mélange à Trois a accordé une interview à la bloggueuse Matilda Marseillaise. Rencontre entre deux francophiles.


 
Matilda Marseillaise : Quel est votre parcours et comment avez-vous créé ce groupe ?

Sunitra Martinelli : Il y a très longtemps, dans ma vingtaine (Je n’ai pas l’impression que cela soit aussi longtemps que ça), je travaillais en tant que styliste à Sydney et comme maquilleuse/coiffeuse. J’étais souvent embauchée par des compagnies de maisons de disques pour faire du styling et du maquillage pour les musiciens, beaucoup de jeunes musiciens, en développement de leurs images. On m’a demandé de travailler sur un projet incroyable appelé Siva Pacifica, qui était un projet de musique du monde basé sur la musique française polynésienne. On devait aller en France pour filmer un documentaire.
En gros, en arrivant là-bas, je me suis dit : « Mon dieu, je ne peux quand même pas rentrer tout de suite! » J’avais travaillé dans le même bâtiment à Surry Hills pendant 2 ans en faisant le maquillage et les cheveux et c’était ce travail qui m’avait mené à Paris. Au bout de deux semaines de travail, j’ai décidé, alors que nous étions censés continuer à Londres et à Los Angeles, puis à Sydney, que je débarquerais du bus ici et maintenant!
Je suis restée à Paris où j’ai finalement travaillé en tant que model. Je m’étais rendue chez quelques agences de styling et de modeling pour trouver du travail, et ainsi pour pouvoir rester. Un très bon agent sur Paris m’a dit « Perdez 5 kilos et revenez dans un mois ». Durant ce mois, j’ai rencontré un Français et un mois plus tard je me suis demandée « Mais pourquoi ai-je pris 5 kilos et non perdu 5 kilos? »… J’ai alors découvert que j’étais enceinte. Nous nous sommes beaucoup amusés. C’était une expérience formidable. Il avait une maison dans le sud de la France avec des vignes de rosé et des maisons en Bretagne. C’était le coup de foudre. Après 7 mois en France, nous sommes rentrés à Sydney et installés à Bondi.
J’ai une fille française qui a 20 ans maintenant !
 

MM : C’est là-bas que vous avez appris le français?

SM : Je l’ai appris là-bas, en faisant des courses et en essayant de comprendre les mots. Quand nous sommes rentrés à Sydney, et quand notre fille a commencé l’école, elle est allée à l’école française de Sydney. Tout était en français. La bulle française continuait d’exister.
Assez curieusement, mon conjoint était grand audiophile et aimait beaucoup la musique du monde. Nous n’écoutions pas beaucoup de musique française. Ce n’était que quand nous nous sommes séparés qu’il m’a offert un CD de compilation de musique gitane française, qui contenait de belles chansons et que j’écoutais sans cesse.
 

MM : Quels artistes sont sur cette compilation?

SM : Brassens, Paris Combo, suffisamment pour susciter l’intérêt. Ce n’est que des années plus tard que j’ai déménagé à Adélaïde. Je n’avais jamais joué de musique avant. En fait, on m’a offert un contrat d’enregistrement dans ‘mes années 20’ mais je l’ai refusé parce que c’était des producteurs de musique d’ordures pop. Ils m’ont dit en gros que j’avais une belle ‘image’. Je n’aimais pas la musique des gens avec lesquels je travaillais. Je ne la respectais pas parce que la plupart était fabriquée.
Aujourd’hui, même mes enfants aiment écouter la musique que je joue.
Avant de faire cette musique, je faisais des spectacles de cabaret et je jouais du ukulélé, c’est comme cela que j’ai commencé.
Par exemple, nous faisions un spectacle avec de la musique du groupe The Eagles. Je ne croyais pas que ça serait du tout à mon goût. Mais quand j’ai commencé à sélectionner des chansons, j’ai découvert que la musicalité était incroyable, les harmonies sont incroyables et les paroles formidables.
Ma fille de 5 ans me demande d’écouter «Witchy Woman » et même les chansons qu’ils fredonnent à la maison sont soit des chansons classiques qu’ils doivent apprendre pour les instruments soit de la musique française.
 

MM : Avez-vous eu une formation musicale?

SM : Essentiellement, je suis autodidacte.
J’ai pris des cours de violon étant enfant avec une religieuse handicapée qui me frappait et m’a forcée à apprendre le même livre pendant 6 ans ! Ce n’était pas une belle expérience.
J’aurais bien aimé avoir une belle expérience. Mais ce n’est qu’il y a trois ou quatre ans que mon voisin est venu chez moi avec un ukulélé et m’a invité à « venir à son club demain».
 

 

MM : Alors vous êtes autodidacte ?

SM : Oui, en jouant dans les clubs de ukulélé et me faisant offrir des tickets pour les spectacles. C’est ainsi que j’ai rencontré Pascal, qui est le contrebassiste du groupe. C’est un musicien très doué. Il joue de la contrebasse et il dit qu’il ne joue pas de la guitare, mais si, il en joue en fait.
Nous avons commencé l’année dernière. J’avais travaillé avec Pascal avant et je lui demandais toujours « Vous êtes français alors pourquoi pas ne faire quelque chose en français?! ». Pascal est venu en Australie quand il avait 9 ans. J’ai aussi rencontré un gars Français qui jouait de la guitare. Nous avons eu l’idée de venir ensemble et de faire un jam.
Puis je leur ai dit que vu que la fête nationale s’approchait, nous devrions contacter les restaurants pour voir si nous pouvions faire un concert. On a tout de suite été accepté pour jouer à La Vigne.
 

MM : Et c’est là que vous jouez depuis.

SM : Oui, ça a été notre chez nous depuis ce moment. Florent a quitté le groupe en janvier en raison d’autres engagements. Donc on travaille avec le beau-frère de Pascal, avec lequel j’ai aussi travaillé auparavant. C’est un trompettiste et claviériste extraordinaire. Il s’appelle Jean de Nichilo. On lui a demandé de nous aider. Il joue aussi dans quelques autres groupes. Nous avons aussi réussi à convaincre deux des meilleurs guitaristes d’Adélaïde de travailler avec nous. Parce que le nom du groupe veut dire un mélange de trois, j’ai eu l’idée de varier les musiciens. Comme ça, le public a une expérience différente à chaque fois. Je ne vais pas encore révéler les noms des deux guitaristes mais il suffit de dire que je suis très excitée et qu’il y aura deux surprises très bientôt.
 

MM : Justement, comment avez-vous choisi le nom, Mélange à Trois?

SM : Je l’ai trouvé parce que j’ai un vocabulaire limité en français. J’ai fait des recherches sur Google et je n’ai trouvé qu’une brasserie avec le même nom. Mais depuis, en mettant des vidéos sur YouTube, j’ai découvert qu’il y a un autre groupe du nom Mélange à trois. Donc j’espère que je ne vais pas devoir changer du nom parce qu’il s’agit d’un jeu de mots qui laisse les gens dans l'expectative.
J’étais plutôt ravie de faire partie d’un groupe avec deux français et que ça soit justement moi qui ai trouvé le nom!
On nous a mal nommés quelques fois. Quand vous cherchez notre nom sur Google, d’autres choses sont affichées. Je pense parfois « J’espère que les enfants ne me recherchent pas sur Google parce que ce n’est pas ce que je voulais dire! »
 

MM : Alors vous avez créé le groupe en juin l’année dernière ? Ce qui ne fait pas très longtemps?

SM : Oui et en fait la première fois qu’on a joué à La Vigne, des gens nous ont demandé depuis combien de temps nous jouions ensemble alors que cela ne faisait que 15 minutes environ ! C’était bien. Et puis un ami m’a parlé du marché français d’Unley. Nous avons fait les demandes pour y jouer. Entre-temps, Florent avait des liens avec le consulat français et nous les avons également rencontrés. Depuis, nous avons fait la soirée d’ouverture de l’Alliance Française French Film Festival. Et maintenant l’Art Gallery of South Australia nous a booké pour la soirée de fermeture de l’exposition des tableaux du Musée D’Orsay. Nous avons également été réservés pour le festival Bonjour Barossa ainsi que pour l’évènement du consulat français pour la fête nationale qui a eu lieu à la galerie d’Art.
Alors Sunitra, quel est votre origine ethnique?
Thaïlandaise et australienne. Je ressemble plus à mon père qui a le sang-mêlé avec sa descendance irlandaise, d’un côté russe et espagnol et de l’autre néerlandais et polonais, et thaïlandais du côté de sa mère.
 

MM : Et votre nom de famille est Martinelli?

SM : Mon mari est italien. Il est un vrai mélange lui aussi. Sa mère est moitié écossaise, moitié irlandaise et son père est moitié irlandais, moitié italien. Donc techniquement, nos enfants sont plus irlandais qu’autre chose. Bref, un vrai mélange.
 

MM : Comment décrieriez-vous votre style de musique?

SM : C’est une bonne question. Je dirais que c’est un mélange sensuel, doux et amusant.
 

MM : Avez-vous un style particulier ? Chantez-vous vos propres chansons?

SM : Au début, à La Vigne, nous mélangions ma musique originale qui n’est qu’en anglais, mais nous avions l’intention de la traduire en français. On a aussi chanté la musique originale de Florent mais on a arrêté de la jouer quand il a quitté le groupe. Et puis parce qu’on a eu des spectacles qui étaient seulement pour le public français, nous avons enlevé les chansons en anglais de notre répertoire. Donc le but c’est de traduire de la musique originale de l’anglais vers le français, mais jusqu’à ce que nous ayons nos deux nouveaux musiciens qui connaissent la musique, nous ne jouerons que des tubes d’autres artistes.
La musique française que j’adore est celle des années 60 et 70. J’aime bien la belle musique avec de la bonne guitare. Je n’aime pas du tout la musique synthétisée. J’aime bien la musique qui a une belle mélodie.
 

 

MM : Avez-vous une chanson favorite ?

SM : Nous aimons beaucoup « Nathalie» de Gilbert Bécaud. C’est l’histoire d’un français qui va en Russie et qui tombe amoureux de son guide. Il finit avec une mélodie très Kazakh française, ce qui fait danser la foule.
 
On a aussi commencé à jouer la chanson «These Boots are Made for Walking» en français. «Les Bottes sont faites pour marcher». C’est un numéro amusant. Des gens finissent par la chanter en anglais et tout le monde danse.
 

MM : Quelle tranche d’âge vient à vos spectacles?

SM : Nous avons remarqué qu’à Adélaïde ce sont les gens plus âgés, qui n’ont plus d’enfants, qui sortent. Mais il y a aussi des parents avec leurs enfants qui viennent à La Vigne le dimanche après-midi ou à nos spectacles au Karkoo Nursery à Blackwood parce qu’il y a des poules qui se promènent, et un chat aussi. Les enfants peuvent explorer. J’aime beaucoup quand les parents viennent.
En général, le public semble aimer notre musique. On ne joue pas trop fort. Notre musique est calme. Notre but c’est que tout le monde s’amuse.
 

MM : Quand les gens pensent à la musique française, ils pensent souvent à Edith Piaf. Y a-t-il de la musique de Piaf dans votre répertoire?

SM : Je ne voulais pas le faire au début, mais on a eu tellement de demandes que l’on a fini par jouer « La Vie en Rose ». On fait aussi « Dans ma rue », une autre chanson d’Edith Piaf qui est tellement belle et tragique. Je suis consciente du fait que beaucoup de gens font des spectacles de Piaf et les font bien, voilà pourquoi j’hésitais.
 

MM : Quelle est votre chanson préférée que vous avez choisi de ne pas jouer aux spectacles ?

SM : Ooh. Ça c’est une bonne question. Mais en fait on va bientôt la jouer. Au début j’hésitais parce que je croyais que ça serait peut-être un peu trop cliché, mais on va bientôt jouer « Lady Marmalade » parce que j’ai entendu une version Bossa Nova. Une chose marrante qu’on a faite c’est de jouer des chansons connus par le public australien comme « Michelle » par The Beatles et « Chanson d’amour » par The Manhattan Transfer. On a trouvé que ce sont des chansons que le public aime et sur lesquelles le public peut chanter. Donc on aime bien faire ça.
On va faire une version bossa nova de « Lady Marmalade ». J’aime bien inclure de la musique de périodes différentes d’autant que l’on nous a dit avoir une belle sélection de chansons. Ce qui fût un excellent retour. Je pense que ça a été notre succès jusque là.

 


 
Agenda

Vous pouvez écouter Mélange à Trois aux dates et lieux suivants:

Le 29 juillet 18h30 – 20h à "A Night of Spring Colours", Art Gallery of South Australia, gratuit
19 août 14h – 16h à Karkoo Nursery, gratuit
16 septembre 14h – 16h à Karkoo Nursery, gratuit
21 octobre 14h – 16h à Karkoo Nursery, gratuit
18 novembre 14h – 16h à Karkoo Nursery, gratuit
16 décembre 14h – 16h à Karkoo Nursery, gratuit

 

Cet article est republié avec autorisation. Vous pouvez le lire en anglais ici.
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Matilda Marseillaise

Matilda Marseillaise est un peu française et un peu australienne. Du coup, elle est au courant de toute l’activité culturelle française et francophone en Australie.
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