PACIFIQUE - Les îles Marshall évoquent l'horreur nucléaire à la Haye

Par Lepetitjournal Sydney | Publié le 24/08/2016 à 21:59 | Mis à jour le 16/08/2016 à 13:10

 

Le petit Etat a fait un récit saisissant, lundi, alors qu'il tente de convaincre la Cour internationale de justice (CIJ) qu'elle a compétence pour examiner ses plaintes contre l'Inde, le Pakistan et le Royaume-Uni.

La nation du Pacifique Ouest a été le théâtre de nombreux essais nucléaires dans les années 1940 et 1950. Elle reproche aux trois nations visées par la plainte de ne pas avoir abandonné « la course » à l'armement nucléaire. Pendant ces tests, « plusieurs îles ont été détruites ou rendues inhabitables pour des milliers d'années », a déclaré le représentant du pays devant la Cour internationale de justice (CIJ), Tony deBrum.

Il avait 9 ans quand, en mars 1954, les Etats-Unis procèdent au test Castle Bravo, considéré comme mille fois plus puissant que la bombe atomique lâchée sur Hiroshima en 1945. « Le ciel entier était rouge », se souvient M. deBrum, qui pêchait alors avec son grand-père, à 200 kilomètres de l'explosion : « Beaucoup sont morts, ont souffert de malformations congénitales ou de cancers suite à la contamination. » 

Trois affaires pour l'instant

Les Iles Marshall demandent que Londres, New Delhi et Islamabad prennent « toutes les mesures nécessaires » pour s'acquitter de ce qu'elles estiment être leurs obligations au regard du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Le traité de 1968 - ratifié par le Royaume-Uni, mais pas par le Pakistan et l'Inde - oblige les Etats à « poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures relatives au désarmement nucléaire ». Les Iles Marshall estiment néanmoins que l'Inde et le Pakistan ont les mêmes obligations, du fait du droit international coutumier découlant du traité.

L'Etat insulaire avait déposé, en 2014, une plainte contre neuf pays : la Chine, la Corée du Nord, la France, l'Inde, Israël, le Pakistan, la Russie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Israël n'a jamais officiellement affirmé détenir l'arme atomique, mais les observateurs estiment qu'il est le seul pays du Moyen-Orient à en disposer.

« Une déclaration morale et judiciaire »

Alors que la Corée du Nord a brandi, vendredi, la menace nucléaire en réaction à l'alourdissement de sanctions internationales la visant, la Cour n'entendra que trois affaires : le Royaume-Uni, le Pakistan et l'Inde avaient par le passé accepté la « compétence obligatoire » de la CIJ.

Les autres plaintes ne peuvent être examinées que si les pays visés donnent leur feu vert.

Alors qu'elles cherchaient à combattre les conséquences des effets du changement climatique, les Iles Marshall ont « pris conscience qu'elles ne pouvaient ignorer l'autre grande menace que font peser sur sa survie les vastes arsenaux nucléaires qui subsistent encore aujourd'hui ». Pour Lyal S. Sunga, directeur d'un programme de recherches à l'Institut de La Haye pour la justice, elle « sont à la recherche d'une déclaration morale et judiciaire qui renforcera leur campagne politique contre les armes nucléaires ». Bien que l'affaire n'en soit qu'à ses balbutiements, elle a déjà « recentré l'attention sur les dangers de la prolifération nucléaire », assure de son côté Olivier Ribbelink, chercheur à l'Institut Asser de La Haye.

 

REPERES 

Entre 1946 et 1958, 67 armes nucléaires de différentes puissances ont explosé sur les Iles Marshall

Des débats jusqu'au 16 mars Les représentants des Marshall ont entamé les débats, lundi, sur la compétence de la Cour uniquement, dans les affaires contre le Pakistan et l'Inde. Les représentants de Londres doivent expliquer aujourd'hui leurs « objections préliminaires ». Les débats se poursuivront jusqu'au mercredi 16 mars.

International et local « Si la cessation de la course aux armements nucléaires et le désarmement nucléaire constituent des objectifs d'une importance vitale pour la communauté internationale dans son ensemble, les Iles Marshall sont particulièrement sensibilisées aux effets désastreux des armes nucléaires », affirme l'Etat du Pacifique dans le texte déposé devant la CIJ.

Les Nouvelles Calédoniennes

 

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Nicolas Roger

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