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Panorama politique, à onze mois des législatives de septembre 2018

Par Lepetitjournal Stockholm | Publié le 10/10/2017 à 05:00 | Mis à jour le 12/10/2017 à 11:20
Politique suédoise

Le gouvernement social-démocrate/écologiste vient d’abattre ses cartes en vue des élections législatives de 2018 en fournissant un budget excédentaire et historiquement généreux. Pourra-t-il l’emporter face à la droite des Sverigedemokraterna, devenue en quelques mois la principale force d’opposition ? Telle semble aujourd’hui être la question.

Gouvernement suédois, septembre 2017
Le gouvernement suédois - Photo Ninni Andersson/Government Offices

Une économie en bonne forme

L’économie suédoise se porte bien. La croissance vigoureuse du PNB en 2015 et 2016, respectivement à 4,5 et 3,3 %, devrait se maintenir à des niveaux à peu près similaires en 2017 et 2018. Selon l’OCDE, elle restera soutenue par une consommation intérieure dynamique, l'augmentation de la population active et une productivité en hausse. L’endettement public continuera de baisser, maintenant équivalent à 26,8 % du PNB, soit le niveau le plus bas depuis 1977. Le taux de chômage baissera aussi, la prévision l’annonçant sous les 6 % l’année prochaine. L’amélioration des perspectives internationales permet aussi d’envisager l’avenir du pays, fort de ses exportations, sous un jour heureux. Productrice de produits et services à destination de l’économie mondialisée, la Suède restera toutefois selon l’OCDE exposée aux fluctuations monétaires et aux variations politiques chez ses partenaires commerciaux, susceptibles d’adopter des politiques protectionnistes. L’endettement record des ménages, à hauteur de 180 % de leur revenu disponible, laisse aussi, et depuis des années d’après la Banque Centrale suédoise (Riksbanken), planer un risque de crise financière, qui n’arrive toutefois pas.

Le budget 2018 des sociaux-démocrates s’en ressent

C’est dans ce contexte que le gouvernement social-démocrate suédois, à une année du terme de son mandat et des prochaines élections législatives, a présenté sa proposition de budget 2018 le 20 septembre dernier. De l’avis général, ce budget est l’un des plus ambitieux depuis les années 1960 car il est estimé qu’environ 80-85% de la population en bénéficiera directement d’une manière ou d’une autre. Excédentaire d’environ 4 milliards d’euros, somme qui ira au remboursement de la dette publique, il prévoit de nouvelles réformes sociales comme par exemple l’augmentation des allocations familiales et la baisse d’impôts appréciables qui bénéficiera aux retraités. Le premier ministre Stefan Löfvén a déjà procédé à de nombreuses réformes : les crédits supplémentaires aux services de maternité, la hausse des indemnités journalières publiques en cas d’arrêt de travail pour maladie, ou encore les crédits supplémentaires alloués à l’éducation nationale, pour augmenter les salaires des enseignants, notamment les professeurs des filières professionnelles. Plusieurs mesures, telles l’exonération des cotisations syndicales, sont des mesures préconisées par l’extrême-gauche du Vänsterpartiet, et ont fait l’objet d’un accord de gouvernement préalable. L’augmentation massive de crédits pour la propreté en mer et en faveur des panneaux solaires, a obtenu le soutien des Verts. Le bloc rouge-rose et vert fera donc sans doute front uni face au bloc conservateur, divisé et en difficulté.

Face aux sociaux-démocrates renforcés, la droite exsangue

Au total, le bloc rouge-vert obtiendrait la majorité avec 41,6 % des intentions de vote contre 37,8 % pour l’Alliance conservatrice. La tentative de rapprochement entre les partis de l’Alliance d’Anna Kinberg-Batra, présidente démissionnaire du parti conservateur Moderaterna sous l’impulsion des conservateurs avec la droite populiste des Démocrates suédois, les Sverigedemokraterna, a porté un coup sévère à la crédibilité et la popularité de ceux-ci. Ils ont en quelques mois perdu presque 15 points dans les sondages. L’exemple norvégien dont elle s’est inspirée n’a simplement pas pris en Suède. Il est possible que le passé xénophobe du parti des Démocrates suédois n’arrive pas à passer auprès de l’opinion. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le nouveau dirigeant du parti Conservateur, Ulf Kristersson, arrivera à redonner du lustre au blason de l’Alliance qu’il souhaite maintenir dans sa forme actuelle comme instrument de conquête du pouvoir. Pourra-t-il tout simplement lui permettre d’exister face aux prétentions de direction du parti centriste et de sa dirigeante, Annie Lööf, de plus en plus populaire avec un soutien de près de 12 % dans les intentions de vote ? Ou face à l’hypothèse de plus en plus évoquée d’un rapprochement du parti centriste et des Libéraux avec les Sociaux-démocrates après les élections ? la Suède entre dans une période d’attente.

SIFO - SVD sondage du 18 septembre 2017 - élections suédoises
Sondage SIFO SVD ,18 septembre 2017 sur les intentions de vote.
En gris, intentions de vote du précédent sondage.

L’extrême-droite est devenue la principale opposante, l’exécutif en est bien conscient

Une autre difficulté est que tous les sondages et les analystes indiquent que l’opposant principal au gouvernement est le parti populiste de droite des Sverigedemokraterna, les Démocrates suédois. Les médias rapportent que beaucoup de Suédois sont aujourd’hui attirés par une position nationaliste ou autoritaire. Celle-ci est parmi les partis politiques, d’après ces médias, incarnée par les Démocrates suédois. Crédité par les sondages de la mi-septembre de 17,8 % des intentions de vote, contre 29,7 % pour les sociaux-démocrates, ce parti devance désormais le parti conservateur, Moderaterna, crédité lui de 17,2 %. Si Löfvén semble réussir à rassembler la gauche écologiste et à attirer tous les électeurs possibles en usant des ficelles de la politique traditionnelle, il a depuis quelques mois également lancé une offensive pragmatique pour battre durablement l’extrême-droite sur ses terrains de prédilection. En promouvant par exemple la fermeture des frontières pour stopper le flot de migrants désireux de s’installer en Suède et en promettant l’embauche de 10.000 forces de police et de sécurité supplémentaires, l’exécutif veut se positionner comme un recours sérieux sur les thèmes de l’immigration et de la criminalité. Il reste aux Sociaux-démocrates à séduire. Utiliser les ficelles de la vieille politique, c’est bien, proposer un budget modèle, c’est encore mieux, mais réussir à faire rêver les électeurs et proposer des horizons, c’est souvent la clef des victoires électorales. Si le gouvernement semble auréolé d’une certaine baraka – il est sorti presque indemne d’un fâcheux scandale de sous-traitance à des entreprises privées de données publiques sensibles – il lui reste notamment à séduire la jeunesse, qui lui préfère en majorité les partis de l’Alliance, surtout le parti centriste.

Yann LONG (lepetitjournal.com/stockholm) 10 octobre 2017

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