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Si la planète était une entreprise, elle serait en faillite !

Par Adrien Filoche | Publié le 15/05/2018 à 18:00 | Mis à jour le 16/05/2018 à 09:38
Photo : Youtube @Sustainability Illustrated
Jour de dépassement, déficit écologique

En vivant comme les Français, l’humanité aurait besoin de l’équivalent de 2,9 Terres pour subvenir à ses besoins. Comme chaque année, le constat est le suivant : notre modèle de consommation n’est pas durable. 

Comme un avertissement, l’organe France de l’ONG WWF a interpelé jour de dépassement, mondespécifiquement la France pour la prévenir : à compter du 5 mai, tu te trouves en déficit écologique. Autrement dit, si l’humanité vivait comme les Français, elle aurait déjà consommé la totalité des ressources renouvelables. 

Tous les ans, des experts de l’ONG Global Footprint Network évaluent d’une part l’empreinte écologique, c’est-à-dire la consommation des ressources naturelles, et de l’autre la biocapacité, soit la capacité de la planète à reconstituer ses réserves, à se régénérer. En 2018, les déséquilibres sont extrêmement préoccupants. 

Si toute l’humanité vivait comme les Français, nous aurions besoin de 2,9 terres, souligne Pascal Canfin, directeur général de WWF France.

Un résultat bien au-dessus de la moyenne mondiale, estimée ces dernières années autour de 1,7 Terre. L’indicateur du jour de dépassement, moment où les ressources naturelles de la planète sont épuisées, fait même de la France l’un des dix pays les plus ‘’endettés’’.

 

Un bilan mondial plus qu’alarmant

A l'échelle globale, les pays les plus riches ont une empreinte écologique jusqu'à 20 fois supérieure à celle des plus pauvres. Outre-Atlantique, la situation aux Etats-Unis et au Canada est particulièrement inquiétante, avec des jours de dépassement établis respectivement aux 14 et 17 mars. Parmi les pays qui ponctionnent le plus rapidement leurs réserves naturelles, on retrouve aussi l’Australie ou encore le Qatar. Triste record, l’émirat n’a besoin que de deux petits mois pour consommer l’ensemble de ses stocks.

 

jour de dépassement, monde

 

Au regard du graphique, la France fait figure de mauvais élève aux côtés des Britanniques et des Allemands tandis que les pays méditerranéens (Portugal, Espagne, Italie, Grèce) présentent un déficit plus tardif, autour de la moitié de l’année. À contrario, l’Amérique latine, et dans une certaine mesure l’Asie, tirent leur épingle du jeu. L’Argentine entre dans le rouge plus d’un mois après la France, tandis qu’il faut attendre juillet pour le Brésil. Le Mexique se montre aussi sur un meilleur jour, avec un « jour de dépassement » situé fin août, et compte parmi les pays au-dessus de la moyenne mondiale. Le Vietnam et le Maroc sont de leur côté presque non déficitaires. 
 

Une date limite de plus en plus précoce

Pour la première fois le 21 décembre 1971, le monde est entré officiellement en déficit écologique selon Global Footprint Network. Au fil des dernières années, marquées par l’évolution de nos sociétés et de nos modes de vie, le moment où la Terre dit « stop » est intervenu de plus en plus tôt dans le calendrier.

jour de dépassement, monde

 

Des raisons de rester optimistes ? 

Déforestation, érosion des sols, appauvrissement de la biodiversité, ou encore accumulation de carbone dans l’atmosphère endommagent le capital naturel. Ce sont bien des activités quasi-exclusivement perpétrées par nous, les humains. Pourtant, les réactions sont loin d’être suffisantes. WWF reste un tant soit peu optimiste, en précisant que la progression du jour du dépassement a ralenti ces dernières années, ‘’signe que nos habitudes de consommation évoluent vers un modèle plus durable’’. L’ONG révèle aussi des exemples de marche à suivre. ‘’Une réduction de 50 % des déchets alimentaires dans le monde pourrait faire reculer la date de 11 jours. D’un autre côté, réduire l’empreinte carbone mondiale de 50 % déplacerait la date de 89 jours’’.

 

Des solutions globales, ça existe !
 

Les points où nous devons empreinte carboneprogresser, nous les connaissons déjà. C’est la consommation d’énergie qui pèse le plus dans la balance. L’empreinte carbone représente plus de la moitié de la totalité de l’empreinte écologique de l’humanité. 

Côté progrès, au niveau mondial, les énergies renouvelables ont le vent en poupe, avec des records battus dans le solaire ou l’éolien – avec 32 % et 10 % respectivement d’augmentation en 2017 selon l’IRENA (l’Agence internationale de l'énergie renouvelable). 

En France, l’objectif national annoncé lors de la COP 21 de porter la part des énergies renouvelables à 32 % pour 2030 est loin d’être inatteignable. Pourtant, le dernier Panorama de l’électricité renouvelable (rapport annuel dressé par Enedis, RTE, l’ADEeF et le Syndicat des Énergies Renouvelables) publié en février 2018 démontre que la part de ces énergies a diminué, avec 18,4 % pour l’année 2017 contre 19,6 % en 2016. Une baisse qui s'explique par la chute de la production hydroélectrique (-18% par rapport à 2016), principal contributeur de l'électricité renouvelable.

 

Changer, avant le point de non-retour

Aux grandes puissances, aux entreprises donc, mais aussi aux individus, consommateurs, de montrer l’exemple. Pascal Canfin, directeur général de WWF France, est revenu au micro de BRUT sur le problème que pose notre trop forte consommation de viande. Entre émissions de gaz à effet de serre, déforestation et consommation d’eau, cette industrie a un énorme impact écologique. ‘’Il faut passer du « toujours plus » au « mieux mais moins » pour diminuer notre dette’’, précise-t-il. Moins de viande donc, mais de meilleure qualité, en la remplaçant par des légumineuses, des légumes, des pâtes ou encore des fruits, avec l’avantage certain de soulager la pression écologique. 

WWF France appelle aussi le gouvernement à ‘’ériger le vélo en « système » pour en faire un transport de masse et à basculer vers des villes « à basses émissions » grâce à la mise en place de zones à circulation restreinte (ZCR)’’. En 2015, seuls 2 % des actifs français ayant un emploi partaient travailler à vélo selon l’INSEE. Un chiffre moindre à côté de nos voisins danois, hollandais ou allemands. La même année, 41 % des 580.000 habitants de Copenhague se rendaient au travail ou à l’école en vélo. Pour le moment, seules quelques villes françaises jouent le jeu, à l’instar de Bordeaux, Grenoble et Strasbourg, où la part des actifs préférant le vélo à la voiture dépasse désormais les 10 %. 

Ces brèves de solutions, autant globales que réalisables participent, comme de nombreuses autres, à détricoter petit à petit notre lourd crédit fait à la nature. Chaque année, la Terre entonne le même refrain : si la planète était une entreprise, elle serait en faillite. 

Pour rappel, le 2 août 2017, l’ensemble de notre planète avait consommé plus que ce que la nature peut créer en un an. Une date record. 2018 pourrait bien être la première année où le jour de dépassement mondial sonnera en juillet.

 

Sources : WWF / Global Footprint Network

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Adrien Filoche

Étudiant en Mastère de Journalisme spécialisation Internationale à Nice, je suis depuis janvier 2018 au sein de la rédaction de Paris du petitjournal.com
1 Commentaire (s)Réagir
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Babar jeu 17/05/2018 - 08:26

Pour aller plus loin, il est intéressant de lire l'ouvrage de Jean-Marc JANCOVICI: Dormez tranquilles jusqu'en 2100. L'auteur, diplômé entre autre de l'école polytechnique, est aussi le co-créateur du bilan carbone (outil utilisé par l'ADEME pour mesure les empruntes carbonnes et autres) est régulièrement reçu par l'Assemblée Nationale ou le Sénat. Il donne aussi des conférences ouvertes au public. A défaut de lire ce livre, il est intéressant de voir sa dernière conférence qui a eu lieu en novembre 2017 à la Cité des Sciences. Elle est disponible sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=2JH6TwaDYW4). Et contrairement à l'article, elle n'est pas de bons augures... D'autres ouvrages pour ceux qui souhaitent allez encore plus loin: 1/ Comment tout peut s'effondrer.: Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes de Pablo Servigne et Raphaël Stevens 2/ Survivre à l'effondrement économique de Piero San Giorgio

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