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"La France n’est pas si belle, ma prof d’histoire a menti..."

Par Lepetitjournal.com International | Publié le 15/02/2018 à 20:30 | Mis à jour le 16/02/2018 à 09:16
Photo : Personnes faisant la queue la nuit pour obtenir leur titre de séjour, Nanterre (photo 'Naturel)
Titre de séjour France

Marié à une Marocaine depuis près de 3 ans, "Naturel" dresse aujourd’hui le constat des différentes épreuves traversées ensemble au cours de leur relation. Sa femme, en France depuis 2006 pour ses études universitaires puis sa vie active, est toujours confrontée au dédale administratif que représente le renouvellement de titre de séjour pour les ressortissants étrangers.
 

Des années d’études à aujourd’hui, cette procédure régule toujours sa vie actuellement et l’oblige, au même titre que bon nombre de personnes, à se confronter régulièrement au flou administratif français. Files d’attentes démesurées, préfectures prises d’assaut, règles changeantes et délais de traitement allongés, telle est la réalité aujourd’hui que vivent des centaines de personnes pour être et travailler en France. A travers ce texte vous lirez une histoire de vie, ses espoirs, ses obstacles, ses rêves… Merci pour votre curiosité !
 

Un jour de janvier je tourne en rond,
car dans ma tête j’ai des dizaines de questions.
A tous ceux qui me liront,
à ceux qui se reconnaitront,
peut-être même à vous, M. Macron,
n’est-ce pas vous le plus grand des patrons ?

Juste envie de raconter mon histoire,
elle est belle, elle est forte, il faut y croire.
Née au Maroc, dans une grande et belle famille,
depuis toujours c’est eux mon étoile qui brille.
Dans mon pays j’ai eu mon Bac,
alors c’est avec ambition que je suis partie à la fac
avec de l’amour dans le cœur et un sac.

Un IUT, une spé finance compta,
je vais continuer ça rend fier papa.
Alors je passe des concours, je rentre dans une ESC,
c’est un autre monde sans période d’essai.
Mais qu’elles étaient belles mes années d’études,
des partiels, des cours, des fins de mois un peu rudes.
J’ai travaillé, voyagé, appris à parler l’anglais,
j’y ai même rencontré un Français,
l’homme avec qui je me suis mariée.
Incroyable destin de vie,
nos routes un jour se sont unies,
et dans sa petite ville de Normandie
un jour de décembre nous nous sommes dit oui.

Alors nous sommes entrés dans notre vie, vie active,
on a signé pour que toujours notre amour vive...
Ensemble, heureux et main dans la main,
mais rien n’est parfait même dans les rêves les plus lointains.

Comme tous les ans pour pouvoir être en France,
pays d’avenir, ma romance,
je dois pourtant attendre une date de délivrance.
Je dois me rendre à la préfecture,
remettre à quelqu’un l’ouverture,
d’une porte vers mon futur.

Alors j’emprunte, avec humilité et force,
un chemin que les obstacles renforcent.
Loin des miens l’hiver j’ai travaillé,
qu’est-ce que j’avais hâte d’être l’été...

Rentrer au pays, voir mes parents,
croquer la vie, le sourire de ma maman.
Et puis l’année reprenait,
on met entre parenthèses les soirées d’été,
il faut à nouveau constituer mon dossier.

Queue la nuit devant la préfecture de NanterreApparemment à 5h du matin je vais devoir me pointer,
pour espérer avoir un ticket et accéder au guichet...
Le temps en France est compté,
maintenant une loi est passée,
il va falloir le trouver, ce travail dont tu as tant rêvé.

Et puis un jour le déclic, après le ciel gris, l’éclaircie,
un entretien, un poste, un espoir de CDI.
Ca y est j’y suis, en métro dans Paris,
je rentre le soir, le temps de regarder une série,
on ne voit pas le temps passer avec mon mari.

Malheureusement du CDI je ne verrai jamais la dernière lettre,
putain quelle conne j’ai pu être...
la dernière lettre est restée un D,
c’était trop beau pour qu’on range tout dans le passé.

Pas le budget pour me garder, c’est ici m’a t’on dit
que le bas blesse sinon j’étais en CDI.
Alors il a fallu tout recommencer,
espérer, y aller, se présenter,
entendre que quelqu’un est plus expérimenté.
Alors c’est le ciel qui se noircit,
et un avenir en dents de scie qui s’écrit.
Chômage, dossier, titre de séjour,
préfecture, pas française, point de non-retour.

Etre chez soi, postuler, le temps d’un entretien tout donner...
Des RH, des N+2 j’en ai rencontré.
Malheureusement dans cette galère,
ton sort est entre les mains de la préfecture de Nanterre.

J’y ai cru, plusieurs fois on m’a dit on vous prend,
mais mon dossier était en suspens.

Parfois la bonne opportunité, avec un récépissé,
d’autres enfin le bon papier mais sa durée est limitée.
Les portes sont fermées, il me manque ce papier,
alors on commence des mois de précarité.
Pourtant je pense avoir tout bien fait...
Jamais à mon chemin dérogé, de mon but écartée,
mon diplôme j’ai décroché, à la Sécu j’ai cotisé.
Changement de statut étudiant, salariée, vie privée et familiale,
toujours plus de documents, j’en perds les pédales...

Alors je voudrais juste dire,
à quiconque qui aussi se sent touché, affaibli, démuni,
combien on est nombreux, en silence, dans ce pays.

Permis de séjour FranceA tous, surtout ceux qui un peu de présent peuvent changer,
allez-y faire un tour , juste pour voir,
comment on voit mal dans cette tour d’ivoire.

Dans ces dédales administratifs,
des personnes, des êtres humains, juste des natifs,
de partout, d’ailleurs, citoyens du monde,
on m’avait pourtant dit que la Terre était ronde.

Derrière ma voix anonyme,
ce sont des rêves, des vies qui s’abîment.
Derrière chaque dossier un numéro, un patronyme,
mais surtout un prénom, quelqu’un, un être humain,
une histoire, une chance, un destin.

Qu’un jour on puisse nous aussi se lever comme des citoyens,
on ne demande pas mieux, presque rien,
il ne suffit pas d’aller loin sur Terre,
pour voir une traite d’êtres humains d’une autre ère.
Alors même si on ne rentre pas dans vos chiffres,
puisse t’on au moins être à table comme ceux qui s’empiffrent.
Un peu de considération, d’empathie, c’est ce dont j’ai tant envie,
pour ceux à qui on complique la vie,
juste parce que leurs traces les ont emmenées sur d’autres contrées,
que là où ils ont vu le jour, là où ils sont nés...

Avec tout mon respect et mon amitié,
à tous ceux qui ont eu le cœur concerné,
à ceux qui m’auront lu, à qui ça a plu,
ceux qui s’y sont vus ou qui sont déjà venus.
Pour que l’on puisse nous entendre, nous voir,
pour que notre vie ait une mémoire,
c’était mon histoire, notre histoire...

 

Naturel permis de séjourTexte écrit par Naturel, diplômé en Marketing et passionné d’écriture. Il écrit depuis longtemps pour son compte personnel des nouvelles et poèmes autobiographiques, et a voulu sur ce texte être relayé par lepetitjournal.com. Personne de conviction, très créatif, amateur de mots et de littérature, l’auteur a voulu relayer ici une situation de sa sphère personnelle. 

Pour retrouver d’autres écrits du même auteur : https://naturelrimeur.wordpress.com

20 CommentairesRéagir
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Nando jeu 01/03/2018 - 15:54

C'est toujours délicat d'écrire sur ce sujet. On sait à l'avance qu'on ne fera pas l'unanimité. En revanche, admettre haut et fort qu'on a du mal à voir le bout, et de mettre sur la table des thèmes qui peuvent paraître tabous, révèle une forme de courage et d'abnégation. Sans rentrer dans le fond, parce que ce serait mentir si je disais que je n'y ai pas prêté attention, je tenais à vous dire que j'admire votre style d'écriture. Alors persévérez dans cette langue de Molière, continuez de vous l'approprier de manière si particulière, et d'y apposer, avec fierté, votre signature.

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lael92 ven 23/02/2018 - 17:36

Merci pour ce témoignage qui respire l'authenticité, tout le monde ne peut pas comprendre mais c'est pourtant la réalité. Ils sont beaux les patriotes qui vivent à l'étranger ^^

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Roger35 mer 21/02/2018 - 22:41

Personnellement, j'ai adoré le style et la plume utilisés pour refléter ce triste constat qui est pourtant bien réel.. Bravo pour cette audacieuse prise de position et la qualité de votre poème !

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Lamia mar 20/02/2018 - 14:28

J'ai vécu exactement la même situation... je ne comprends pas cet acharnement de commentaires comme si c'était sorti de nulle part.. ceci est une histoire vécue par bcp de personnes dont moi... bien évidemment ce n'est peut être pas pareil partout mais à la préfecture de Nanterre... il faut revenir tous les trois mois pendant 9-12mois faire la queue en pleine nuit pour renouveler son récépissé... Ceux qui vivent à l'étranger ou qui ont la vie facile, merci de ne pas croire que vous êtes une généralité.

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Kacel Boussad lun 19/02/2018 - 19:28

Bonsoir, étant moi même dans la même situation, y a des choses qui sont vraies et des choses qui ne le sans pas vraiment, être conjoint français permis de changer de statut en l'occurrence vie privée, vie familiale et au bout de la première année, c'est la carte de 10ans et au bout de 3ans de vie commune la nationalité française si la personne cumule 5ans sur le territoire français, deux ; une personne ayant un titre de séjour vie privée vie familiale est autoriser à travailler dans tout les domaines exceptée les domaines stratégique et sensible (la justice et la défense ..)

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