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DECRYPTAGE - Quand le jour de repos hebdomadaire des maids fait débat

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 14/01/2014 à 15:00 | Mis à jour le 15/01/2014 à 02:57

Dans un article récent, une journaliste du Sunday Times faisait une passionnante synthèse des débats entourant la mise en place, à dater du 1er janvier, d'un jour de repos hebdomadaire obligatoire pour les maids. Pour l'observateur occidental, l'existence même d'un débat sur le sujet, est en soi intéressant. Ce qui l'est encore plus est la manière dont ce débat, au delà des arguments des uns et des autres, dit aussi de ce qui fait consensus parmi les Singapouriens.

Les faits : à dater du 1er janvier 2014, tous les nouveaux contrats de travail des maids devront prévoir d'accorder aux intéressées un jour de repos hebdomadaire, sauf à compenser celui-ci par une rétribution complémentaire.

La question : vraie réforme ou artifice ?

L'auteur de l'article du Sunday Times (Why resist a day off for maids?)  se félicite de la mise en place d'un jour de repos hebdomadaire obligatoire pour les aides domestiques, ce qui, indique-t-elle consiste essentiellement à les faire bénéficier d'un droit de base dont bénéficient déjà les Singapouriens et les travailleurs étrangers au titre de l'Employment Act. Mais elle regrette que les employeurs gardent la possibilité de s'exonérer à bon compte de cette obligation par l'octroi d'une contribution règlementaire, ce que 70% des nouveaux employeurs de maids s'apprêteraient à faire.

A la date d'aujourd'hui, moins de 50% des maids bénéficieraient d'un jour de congé hebdomadaire. L'objectif défini par le Ministère de la main d'?uvre (MOM) est que la totalité des aides domestiques soient couvertes par le nouveau dispositif en 2015. Pour l'heure, il est réservé aux nouveaux contrats et paraît si peu contraignant qu'on ne peut qu'être prudent quant à l'appréciation de la rapidité du changement à venir.

Le débat: pourquoi tant de prudence ?

Sans doute la prudence est-elle liée, en premier lieu, à l'importance que représentent les maids dans l'organisation de la vie quotidienne des Singapouriens. 1 ménage sur 5 emploierait une maid. 210.000 personnes seraient employées comme aides domestiques à Singapour. C'est dire la situation de dépendance de fait des Singapouriens vis à vis d'une aide sur laquelle, indique la journaliste du Straits Times, ils se sont progressivement déchargés "des tâches domestiques les plus ingrates, les plus monotones et les plus dures physiquement".

Il y a aussi, indique la journaliste, choquée elle-même que le jour de repos hebdomadaire des maids fasse encore débat, la force des préjugés : celui qu'elles pourraient faire mauvais usage de leur jour de liberté ; celui que trop de souplesse relèverait d'un management de type laxiste.

Les employeurs seraient ainsi d'autant moins prompts à faire confiance à leurs maids, qu'ils craindraient, dans les situations où celles-ci, par exemple, se trouveraient enceintes, d'être privés de tout ou partie du remboursement du dépôt de garantie de 5000 SGD (Un aspect sur lequel le MOM aurait fait une mise au point indiquant que, dans le cas où une aide domestique tombe enceinte et perd son permis de travail, l'employeur qui rapporte la situation au MOM ne perdrait pas son dépôt de garantie).

Certains employeurs n'accorderaient ledit "day off" qu'après un an - le temps, disent-ils, de s'assurer que leur employée est digne de confiance - ou au terme du remboursement des frais d'agences pour faire venir l'intéressée, prélevés mensuellement sur son salaire.

Interculturel : ce qui fait consensus

On retiendra aussi de l'article ce que la journaliste, tout en ayant sur le sujet une position progressiste, révèle de son propre référentiel, et de ce qui fait consensus parmi les Singapouriens, en décalage avec notre propre référentiel culturel.

La journaliste précise que sa propre maid ne travaille pas pendant son jour de congé mais qu'elle lui demande "d'être de retour à 7 PM afin qu'elle ait une bonne nuit dans la perspective de la semaine de travail qui vient".

Plus loin elle indique, manière d'être pragmatique, que les jours de repos de sa maid ne sont pas fixes, parce qu'elle-même peut travailler le dimanche et que la maid doit pouvoir, dans ce cas, s'occuper de la maison et "aider mon mari à s'occuper de nos deux jeunes enfants".

Concernant les journées de travail à rallonge qu'elles réalisent, elle évoque comme un standard (acceptable) le lever à 6h ou 7h quand les jeunes enfants ou les personnes âgées se réveillent, et le coucher tard, quand les employeurs rentrent du travail ; "ce qui à singapour, ajoute-t-elle, peut être entre 10h et 11h du soir".

Pour ceux, précise-t-elle encore, qu'effrait la perspective de laisser leur maid "sans surveillance", les jours de congés peuvent être divisés en 2 demi journées et les maids inscrites auprès de groupes religieux ou de charities qui organisent des activités ou des formations.

Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal/singapour) mercredi 15 janvier 2014

Article cité : Why resist a day off for maids. Sunday Times, 22 déc

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