Dimanche 26 janvier 2020
Singapour
Singapour
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

LAURE HATCHUEL-BECKER – « Il faut que l’inconscient s’exprime »

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 16/11/2014 à 14:10 | Mis à jour le 17/11/2014 à 03:54

A travers la variété des œuvres qu'elle expose, du 6 novembre 2014 au 31 janvier 2015, à la résidence de France, Laure Hatchuel-Becker entraine le public dans une saisissante confrontation entre les concepts – le monde, l'humain, la vie, le beau – et la manière dont l'artiste les traduit en émotions visuelles.

Laure Hatchuel-Becker à SingapourIssue d'une famille d'artistes et rebelle à l'académisme, Laure Hatchuel-Becker a construit seule, souvent en voyageant, la palette de techniques qui est à la base de son style. Passionnée par l'utilisation des couleurs et impressionnée par le travail des artistes aborigènes, elle a notamment mis au point une technique inédite de pics de couleur qui donne à ses œuvres un effet de 3D.

Les œuvres que vous exposez à Singapour traitent de sujets différents mais souvent très conceptuels allant de la géopolitique au couple, ou aux mathématiques
Laure Hatchuel-Becker – Mon idée dans cette exposition était de présenter les différentes techniques que j'utilise, à travers des œuvres réalisées à différents moments sur plusieurs thématiques. Tout me passionne. Mais Le dilemme auquel je suis confrontée, comme artiste, est en permanence de jongler entre le concept et l'instinctif. Il faut que l'inconscient s'exprime. Avant de venir à Singapour, j'ai vendu un tableau à une personne qui a eu une émotion physique vis-à-vis de l'œuvre. Elle est devenue littéralement écarlate, sans qu'elle même sache dire pourquoi. J'adore ça. Il y a quelque chose de très troublant quand de telles choses se passent.

Comment êtes-vous devenue artiste ?
– J'ai toujours été artiste. Mais j'ai longtemps voulu maintenir une activité professionnelle distincte pour être libre. Je me suis formée moi-même. Quand j'ai commencé un cursus académique, je me suis rapidement trouvée en conflit avec ce que mes professeurs exigeaient de moi, qui me paraissait tellement confiné. Mon point de vue est que l'expression dans l'art devrait être d'une liberté totale. Je le fais en touchant à toutes les matières, en empruntant plusieurs chemins. C'est ainsi que j'ai construit mon style personnel.

Dans quelles circonstances avez-vous décidé de vous consacrer entièrement à la peinture et quel impact cela a t-il eu sur votre travail ?
– A un moment, je suis arrivée à la conclusion qu'il fallait que je fasse un choix. Je l'ai fait il y a 4 ans. Cela n'a pas été sans conséquence. Quand on pratique l'art tout en ayant une activité professionnelle distincte, on n'est pas forcé de rentrer dans les aspects commerciaux. Quand on fait de l'art son métier, on est obligé d'en prendre en compte toutes les dimensions et de comprendre les lois du marché. En même temps je pense que tout vient à son heure. On a tous son propre cheminement dans la vie. On procède par étape. Le fait de me consacrer complètement à la création artistique est une nouvelle étape dans ma vie, dans laquelle je m'épanouis totalement.

Comment avez-vous développé la technique des pics de couleur ?
– En 1999, j'ai passé un an en Australie. J'ai peint avec les aborigènes et j'ai découvert la technique du pointillisme. A partir de cette technique, j'ai développé ma propre technique des pics de couleur qui permet de donner à la peinture un relief en 3D. C'est une technique qui demande une grande concentration, car chaque pic est unique et doit être correctement réalisé du premier coup.

En quoi l'expérience d'1 an auprès des aborigènes a t'elle influencé votre peinture ?
– J'ai vécu une expérience et j'ai profité d'échanges passionnants avec les aborigènes. Je me reconnais parfaitement dans certaines de leurs représentations. Les aborigènes, par exemple, pensent que pour qu'un humain soit heureux, il faut qu'il ait un don, au sens de donner. Ce don peut potentiellement évoluer toute la vie. Il est une façon de donner à l'autre. Je pense que les personnes qui exercent un métier qui permet de faire un don à l'autre sont plus heureuses. A travers mes œuvres, j'essaye de donner aux gens quelque chose de positif.

Les couleurs semblent avoir une importance toute particulière dans votre peinture
– J'ai beaucoup étudié la chromathérapie. Elle est utilisée dans de nombreux domaines, y compris le marketing. Lors d'un vernissage, c'est intéressant d'observer ce qui attire les gens. Il y a des formes et des couleurs qui provoquent chez les gens, selon ce qu'ils sont ou selon leur état du moment, une attirance instinctive.  Quand vous êtes énervé, vous pouvez ainsi vous sentir attiré par une couleur telle que le bleu, qui vous apaise. Lorsque vous êtes fatigué ou déprimé, une couleur chaude donne de l'énergie…

Laure Hatchuel-Becker- SingapourParmi les œuvres présentées, plusieurs représentent des pays
– J'ai fait tout un travail sur une thématique géopolitique. Pour chaque pays, j'ai essayé de trouver un symbole. Pour « Singapour », j'avais été frappée lors des recherches que j'avais faites, par l'incroyable rayonnement de ce petit pays. Pourquoi ce rayonnement ? D'un point de vue cartographique, la forme même de Singapour est intéressante. Elle a une forme mi animale, mi organique, qui rayonne. J'ai aussi représenté « la Chine » comme un grand cercle qui arrive sur l'échiquier mondial en envoyant tous ses satellites : sa population, son économie, sa langue… Dans un autre tableau, « A blow of humanity », j'ai intégré de la gaze et de la couture. Une façon de dire que, des plus grands drames, naissent aussi des mouvements positifs, d'entraide… La gaze représente ce qui soigne, la couture répare et renoue le fil avec l'humanité.

L'image que vous projetez dans vos peintures est-elle a priori optimiste ou inquiétante ?
– Mon concept part toujours d'une vision positive et optimiste. Je suis persuadée qu'on peut aborder des thématiques difficiles et toucher les gens d'autant plus fortement qu'on le fait de manière agréable. Je ne cherche pas à déranger de manière agressive.

Je suis issue d'une famille d'artistes. Ma mère est artiste et psychologue. Elle utilise l'art dans son travail de psychologue au travers de l'art thérapie. Elle a une idée très pratique et très libre de la création.

Avec « me&you » ou « love me », vous traitez d'une thématique très différente
– « Me&you » offre une représentation du couple à travers tout ce que ce concept a de magique : cette alchimie entre deux personnes différentes, dont les complémentarités s'expriment dans des oppositions ou des ressemblances. A l'intérieur de chaque personne, il y a aussi du masculin et du féminin, dans des proportions qui elles-même fluctuent avec le temps. Il y a des personnes qui ne sont pas nécessairement faites pour être ensemble et dont le couple marche. Je représente cette alchimie complexe du couple par des formes et des couleurs. Avec « Love me », c'est aussi trouver sa pièce de puzzle qui fonctionne. D'une manière générale, l'amour sous toute ses formes est très important. Sans amour, c'est plus compliqué.

Pourquoi avoir aussi travaillé sur les mathématiques ?
– Cette série part du constat que les mathématiques jouent un rôle essentiel dans l'univers et dans le beau. Les mathématiques sont partout dans la nature. Dans un tableau j'ai représenté le triangle de pythagore avec des cercles qui symbolisent, de bas en haut, les 4 éléments, les 3 principes (sel, mercure, souffre), les 2 géniteurs (le soleil et la lune) et le fruit suprême : l'âme humaine. Dans une autre série, j'ai tenté de donner une représentation à chaque chiffre de 0 à 9. Lors du vernissage de l'exposition à Singapour, il y avait un mathématicien qui m'a dit qu'il était très  heureux que j'aie travaillé sur cette thématique.

Les mathématiques permettent d'apporter un début de réponse à la question : comment définir le beau ? Ma première réponse était que c'était impossible. Avec les mathématiques il y a le début d'une réponse. La révélation qu'il y a un code secret, un nombre d'où dérivent les divines proportions. Les mathématiques font partie du monde. Tout est relié.

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) lundi 17 novembre 2014

Plus d'information: Institut Français

0 Commentaire (s)Réagir

Expat Mag

CINÉ

Les films en français n’ont pas trouvé leur public en 2019

Faut-il faire des films en anglais pour intéresser le marché international ? C’est en tout cas le constat que l’on peut faire en étudiant les résultats du cinéma français à l’étranger en 2019.

Sur le même sujet