Mardi 22 septembre 2020

COMPRENDRE LA CHINE – La légende des caractères chinois

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 27/10/2019 à 21:30 | Mis à jour le 27/10/2019 à 21:30
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Un jour, peu après avoir unifié la Chine, l'Empereur Jaune appela Cang Jie. En l'absence d'écriture, les données numériques étaient enregistrées au moyen d'un système de cordes nouées (ressemblant au Quipu inca). Lassé de cette méthode, l'Empereur chargea son ministre d'inventer un système d'écriture. En quête d'inspiration, Cang Jie alla s'asseoir au bord d'une rivière. Longtemps, il resta là, pensif, sans qu'une idée ne lui vienne.

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Soudain, il vit un phénix dans le ciel, portant dans son bec un objet qu'il fit tomber aux pieds de Cang Jie. L'objet laissa dans la terre meuble une empreinte en forme de sabot. Incapable d'identifier à quelle espèce elle appartenait, Cang Jie fit appel à un chasseur qui passait par là. Ce dernier lui indiqua qu'il s'agissait sans le moindre doute de l'empreinte d'un Pixiu, un animal mythologique chinois ressemblant à un lion ailé (aux propriétés physiques intéressantes).

Pour Cang Jie, ce fut la révélation. Inspiré par l'empreinte du Pixiu, il décida de créer pour toutes les choses du ciel et de la terre, en fonction de chacune de leurs caractéristiques particulières, une marque immédiatement reconnaissable par tous. Ce furent les premiers caractères chinois. Grandement satisfait, l'Empereur Jaune fit appeler les gouverneurs des neuf provinces pour leur apprendre le nouveau système d'écriture, et fit ériger un monument sur la rive où Cang Jie avait créé les caractères. Aujourd'hui, plusieurs provinces, dont le Shandong et le Henan, revendiquent l'emplacement de ce site.

 

L'évolution des caractères chinois 

La forme la plus ancienne connue des caractères chinois, appelée Jiaguwen (甲骨文,écriture ossécaille en français), a été retrouvée sur des carapaces de tortue et des morceaux d'omoplates de bovins et date de -1500 à -1000 avant Jésus Christ. Il s'agit pour la plupart d'inscriptions divinatoires (卜辞 bǔcí). A cause du peu d'échanges écrits et de la barrière de la distance, il existe très nombreuses variantes des 6000 signes Jiaguwen connus.

Les Jinwen 金文 et les Dazhuan 大篆 succédent aux Jiaguwen, sans que n'émerge encore une véritable codification à l'échelle de l'empire, malgré une première tentative par la dynastie Zhou en -800, qui diffusa une liste de 1000 caractères divisés en 15 sections, inscrits sur des lamelles de bambou.

En -221 avant Jésus Christ, les Royaumes Combattants sont unifiés par un roi, qui établit la dynastie Qin 秦 (A prononcer 'tchine', ça vous rappelle quelque chose? Et pour ceux qui l'ont vu, c'est à cette époque qu'est située l'intrigue du film Hero, de Zhang Yimou). 

Mettant fin à des siècles de chaos et de féodalité, le roi de Qin jette les bases administratives et culturelles d'un état chinois. Assisté de son chancelier Li Si (李斯), il lance une vaste réforme de normalisation des poids et mesures, de la largeur des essieux et des routes, et... des sinogrammes. 

 

Une forme actuelle qui remonte au IIème siècle

S'inspirant des Dazhuan, un groupe d'érudits produit une liste de 3000 caractères qui prennent le nom de Xiǎozhuàn 小篆, faits de droites et de courbes régulières. Cette normalisation (c'est-à-dire l'éradication des variantes de chaque caractère) de l'écriture permet un développement rapide de l'administration, une diffusion plus sûre et plus rapide des communications à travers l'empire et une gestion simplifiée des armées, renforçant d'autant le pouvoir Qin. En -213, un autodafé détruit la plupart des ouvrages anciens, dans le but d'anéantir les variantes anciennes et régionales et d'asseoir le nouvel ordre.

En parallèle s'effectue une autre harmonisation, avec l'apparition du style Lìshū 隶書, qui remplace les courbes des Xiaozhuan par des traits. Les Xiaozhuan s'utilisent alors pour les documents officiels ou rituels et le Lishu dans les documents ordinaires. Les huit traits fondamentaux du Lishu apparaissent tous dans le caractère Yǒng, qui signifie éternité, c'est pourquoi ces traits sont souvent appelés les huit principes de yong. 

La forme actuelle des caractères chinois remonte au IIème siècle de notre ère, avec la dynastie Han. Le Kǎishū traditionnel 楷書 (繁体), connu en français sous le nom de style régulier, rectiligne et plus lisible, supplante le Lishu. Une fois adapté à l'arrivée de l'imprimerie, il reste en usage en Chine continentale pendant 18 siècles, jusqu'à la prise du pouvoir par les communistes, menés par Mao Zedong.

 

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