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Pourquoi offre-t-on des cadeaux à Noël ?

Par | Publié le 17/12/2017 à 21:15 | Mis à jour le 18/12/2017 à 17:16
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Bientôt Noël et la course aux cadeaux pour ses proches va recommencer. Mais au fait, pourquoi s’offre-t-on des cadeaux ?  Guillaume Rué de Bernadac nous explique comment cette ancienne tradition religieuse est devenue profane, au grand dam de l’Eglise…

 

De traditions païennes détournées…

Comme pour bien des traditions occidentales, son origine est à chercher aux temps de l’Empire Romain : les Saturnales marquaient alors la fin de l’année, on fêtait le retour de la lumière et s’échangeait fruits, petits présents annonciateurs d’abondance pour la nouvelle année au cours de grands repas. Les patriciens offraient aussi souvent quelques petites pièces à leurs serviteurs pour leur permettre de se placer sous l’égide de la déesse de la santé, Strenia, ce qui a donné notre mot « étrennes » (du latin strenae).

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William Bouguereau, La Jeunesse de Bacchus

Le tournant est en 325 au Concile de Nicée : l’Eglise catholique en pleine ascension veut abattre les traditions païennes, ainsi que le culte rival de Mithra le dieu-soleil qui lui fait de l’ombre, né le 25 décembre d’une mère vierge. Les saints ont une idée diabolique : voici donc cette date promue naissance de Jésus (aussi fils d’une vierge), et jour d’offrande de petits cadeaux dans toute la chrétienté ! Mithra comme les Saturnales ne s’en relèveront pas.

 

… devenues fête religieuse…

Néanmoins, pendant de longs siècles, la coutume des cadeaux de Noel reste très limitée, au plus les enfants reçoivent quelques friandises. On préfère s’offrir des étrennes pour la nouvelle année ; tradition finalement assez similaire aux hong bao de nos amis chinois pour leur nouvel an. Au XIXe siècle plusieurs éléments changent la donne :

  • L’ordre moral fait son retour, il faut réinsuffler la vertu, la piété, après le XVIIIe siècle et ses Lumières trop athéistes. Le cadeau de Noël se pare donc des plus respectables vertus morales : on revalorise le don, la charité envers son prochain.
  • Le triomphe de la bourgeoisie et de ses valeurs : le foyer familial comme socle social, les liens entre époux, entre parents et enfants. Quoi de mieux que de les symboliser par des cadeaux chaque année ?
  • L’importance de l’enfant. Jusqu’alors les têtes blondes n’étaient pas considérées comme importantes, forte mortalité infantile oblige. A Noel, les voici donc récompensés de leur bonne conduite durant l’année, par un cadeau cependant frugal.

 

Le tout avec la bénédiction du Vatican.

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La Reine Victoria, figure du rigorisme moral du XIXe, et sa famille, par Winterhalter

Vous serez donc peut-être aussi surpris, mais oui, le cadeau de Noël est alors un fer de lance de la reconquête morale de l’Occident par l’Eglise. Encore une idée diabolique ! Mais malheureusement pour elle (heureusement pour nous ?) son initiative est vite dépassée par son succès.

 

… détournées en fête commerciale !

Car au XIXe siècle la bourgeoisie fait aussi triompher le commerce, c’est l’essor des grands magasins : le Bon Marché à Paris (1838), Macy’s à New York (1851) Harrod’s à Londres (1856), le KaDeWe à Berlin (1905) etc. Noël s’installe petit à petit comme une grande fête commerciale et non plus seulement religieuse. De frugal le cadeau devient onéreux, se multiplie et se pare de papier multicolore pour augmenter l’excitation de la surprise – car oui, nouveauté, le contenu du cadeau est désormais une surprise ! Les étrennes du nouvel an résistent jusqu’au milieu du XXe siècle, mais la tentation d’offrir plutôt des cadeaux même aux adultes l’emporte.

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Bazar de l'Hôtel de Ville, exposition des jouets, Firmin Bouisset, 1900

En parallèle, la figure du Père Noël est développée au XIXe, avec des variantes dans certains pays, avant de connaître un succès planétaire au XXe siècle. L’Eglise en prend ombrage -les enfants confondent la naissance du Père Noël et de Jésus ! -  plusieurs évêques publient des mises en garde et à Dijon une effigie de ce rival du Christ sera même brûlée devant le parvis de l’église le 23 décembre 1951.

Finalement, que garder de cette coutume ? L’esprit est en fait le même qu’au Nouvel An Chinois : rappeler à nos proches que l’on tient à eux … Joyeux Noël à toutes et tous !

 

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