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MATHIEU GUILHAUMON - Le directeur artistique français insuffle un nouvel élan au Ballet national chilien

Par Lepetitjournal Santiago | Publié le 22/06/2017 à 19:37 | Mis à jour le 24/06/2017 à 19:17

 

 Le chorégraphe français qui dirige le Ballet National Chilien, depuis 4 ans, revient pour nous en toute simplicité avant le lever de rideau, sur le chemin parcouru, sa dernière création et son expérience d'expatrié à Santiago.

Depuis son arrivée à Santiago en 2013, un an et demi après avoir arrêté de danser, Mathieu Guilhaumon suit assidument les lignes de sa vision créatrice et novatrice pour faire connaitre la troupe, la danse contemporaine et son répertoire.

Originaire de Perpignan, il se forme notamment au Centre de Danse Nord-Américain Alvin Ailey et à l'Ecole Atelier Rudra Béjart à Lausanne. Il rejoint ensuite le Ballet de Berne puis le Ballet de l'Opéra national du Rhin comme danseur et, progressivement, comme chorégraphe. Il collabore également avec la metteuse en scène Mariame Clément à l'Opéra de Paris et le Royal Opera House à Londres.

A l'aube de son deuxième mandat comme directeur artistique du BANCH, c'est l'occasion de dresser avec lui le bilan du chemin parcouru. Depuis son arrivée, le français ?uvre à la rénovation de la compagnie créée en 1945.

Une rénovation qui a lieu au sein de la troupe, en intégrant par exemple de jeunes chiliens ou des danseurs étrangers. « Cette reformation », d'après lui, « a été nécessaire pour coller aux nouveaux projets artistiques » qu'il a souhaité développer.  Ce renouvellement s'est appuyé sur une écriture chorégraphique à la fois élégante issue de sa formation néoclassique et sensible imprégnée par de nombreuses influences. Parce que sa vision de la danse contemporaine correspond à une danse inscrite dans son temps, hors du clivage danse classique contre contemporaine, il s'est attaché à inviter des chorégraphes internationaux. Ainsi par ces invitations, la diversité de la danse contemporaine sera représentée à travers le processus de création et d'ouverture du répertoire. Ces collaborations participent également au rayonnement extérieur de la compagnie. Depuis déjà l'Amérique du Sud, où après une première visite à Lima en 2014, le BANCH est désormais invité régulièrement.

En parallèle, afin d'accroitre le public chilien amateur de danse, la compagnie va à la rencontre des plus jeunes. Soit avec des représentations dédiées aux scolaires, de 6 à 18 ans, comme Cuentame la danza, un spectacle didactique qui raconte l'histoire de la danse et tous les styles de Louis 14 à aujourd'hui jusqu'au métier de danseur professionnel. Soit avec des collaborations comme pour la préparation du spectacle d'Alice au pays des merveilles d'une classe de CE2 de l'Alliance française par cinq danseurs de la troupe. Sont également encouragés et soutenus les jeunes danseurs professionnels qui partagent chaque année le quotidien des danseurs à travers des ateliers gratuits d'une à deux semaines. D'après le chorégraphe, « Le contact avec les danseurs participe à la démystification de la représentation de l'artiste, voir à éveiller des passions et carrières. Tous les danseurs sont très impliqués. Ils sont très investis dans les missions hors spectacles. Ils sont nombreux à enseigner ou à intervenir bénévolement et à transmettre des morceaux du répertoire créé pour le BANCH. »

Enfin, une première collaborationa été initiéeavec le Ballet classique du Théâtre de Santiago en 2014. Un rapprochement entre les deux Ballets qui se poursuit à l'occasion de rendez-vous chorégraphiques, par des invitations de danseurs, et par une création prochaine mêlant les deux compagnies, une première avec 60 danseurs.

La saison 2017, ouverte par sa dernière création : Poesia del otro, rend hommage aux femmes créatrices, inspiratrices et muses. C'est en effet le cas de Camille Claudel dont il s'inspire à travers sa relation avec Auguste Rodin. Alors qu'on célèbre en France les 100 ans de la mort de Rodin et qu'on inaugure un musée Claudel à Nogent sur Seine, Guilhaumon s'est nourri de la complexité entre leurs rapports ambivalents, tous deux créateurs et sources d'inspiration l'un pour l'autre. C'est pour lui « au creux de leur dialogue artistique et amoureux que s'est nouée leur inspiration partagée ». Pour explorer le thème de l'inspiration de l'autre, le directeur artistique a ouvert un travail de création plus collaboratif s'appuyant sur l'interprétation des danseurs à partir de l'observation directe ou en provoquant des jeux de miroirs et de projections entre deux personnes.

On devine combien les pas ainsi créés rappellent la précision des mouvements façonnés par le couple de sculpteurs.

Dans la dernière partie de la pièce, sur une Gymnopédie d'Eric Satie au piano, il donne vie à La Valse une sculpture de Claudel d'un couple de danseurs nus enlacés dans le bronze. Un fabuleux final où la danseuse parait suspendue au bras du danseur à la limite du point de rupture. Guilhaumon explore habilement cette suspension qui semble caractériser son style : une harmonie perpétuellement mise à l'épreuve.

MG : « Je cherche à réinventer une ligne toujours plus harmonieuse en passant par le détour de la liberté du mouvement. »

Quant à son expatriation au Chili, il la vitcomme un terrain d'inspiration. Vivre à Santiago a définitivement un impact sur sa création. Si au départ, son contrat avait été pensé pour lui permettre de continuer à travailler en Europe, les allers retours ont cessé pour se consacrer au développement du BANCH.

MG : « Vivre ici implique d'être comme traversé, par un entourage, un contexte, sans être une source d'inspiration directe sauf pour le Ballet Añañucas produit en 2014 qui s'inspire d'une légende chilienne. La présence de tremblements de terre par exemple exacerbe une forme de vulnérabilité qui renforce le rapport à la mort de manière plus directe. »

Visionnaire et passionné, Mathieu Guilhaumon, a ouvert une nouvelle ère pour le Ballet National Chilien.

Prochain spectacle du BANCH, une création du chorégraphe chilien invité, Joel Inzunza Leal, dans le cadre du même cycle « Mujeres icono», qui rend hommage à Violeta Parra avec Viola Volcánica dès jeudi 22 juin 2017 à 20h au CEACU.

A l'occasion du centenaire de la naissance de cette icône de la culture chilienne, qui a notamment chanté la musique folklorique et exposé ses tapisseries brodées au Louvre, Joel Inzunza Leal, s'inspire de la sensibilité de Parra pour illustrer la mort, l'amour, la douleur et la passion en écho à la vie tumultueuse de cette femme passionnée.

Représentations les jeudi 22, vendredi 23, samedi 24, jeudi 29, vendredi 30 juin et samedi 1er juillet au Théâtre de l'Université du Chili (Métro Baquedano) à 20h. Billetterie sur place et en ligne (www.daleticket.cl).

Claire Lansac (lepetitjournal.com/santiago) - Jeudi 22 juin 2017

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