

En cette année de commémoration des 40 ans du coup d'état, lepetitjournal.com a rencontré Ricardo Brodsky Baudet, directeur du Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme et ancien ambassadeur du Chili en Belgique. Portrait d'un homme de la Concertación.
Ricardo Brodsky, ldirecteur du Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme.
"J'avais 20 ans pendant la dictature et pour moi, il n'y avait pas d'après. Je n'arrivais pas à concevoir qu'un jour il y ait un autre Chili et du coup, j'avais du mal à me projeter dans une vie adulte", se souvient Ricardo Brodsky Baudet, né en 1957, directeur depuis deux ans du Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme à Santiago. Dès sa jeunesse, son parcours est marqué par les revendications sociales et culturelles. Alors qu'il est encore étudiant en littérature à l'Universidad de Chile à Santiago, il devient le premier secrétaire général de la Fédération des Etudiants Chiliens (FECH) de l'ère Pinochet. En 1992, cet homme de gauche participe à la création de "Chile 21", centre d'études et de réflexion de la Concertación. S'ensuit une longue carrière politique : de chef de la division des organisations sociales, à directeur du programme pour la politique indigène, en passant par conseiller sur la formulation des politiques culturelles. En 2000, le président Ricardo Lagos le nomme ambassadeur du Chili en Belgique et au Luxembourg.
Quatre années "à la belge"
De 2000 à 2004, Ricardo Brodsky passe donc quatre années "intenses" à Bruxelles : "Au Chili, à ce moment là, on était toujours dans une phase de transition par rapport au régime militaire et en Belgique, le processus n'était pas toujours bien compris. J'ai donc joué le rôle de médiateur, notamment auprès du ministre des Affaires étrangères de l'époque, Louis Michel", raconte-il. Il s'applique aussi à faire connaître la culture chilienne en Europe, via de multiples événements, dont une exposition du grand peintre Roberto Matta à l'hôtel de ville de Bruxelles. Enfin, il a eu la chance d'être en poste au moment de la présidence belge de l'Union européenne lorsque s'est négocié l'accord d'association entre le Chili et l'Union européenne. De ces quelques années bruxelloises, il garde un excellent souvenir : "C'est un petit pays mais riche de villes magnifiques : Bruxelles, Bruges, Gand.... Je m'y suis fait énormément d'amis, parmi lesquels Elio di Rupo, ancien président du parti socialiste et actuel premier ministre belge".
La communauté chilienne en Belgique est également très importante. Une présence massive qui s'explique en partie par l'accueil de nombreux exilés pendant la dictature. "Avec l'Espagne, la Suisse et la France, la Belgique est l'un des pays européens qui a le plus ouvert ses portes aux exilés chiliens. Cela est dû aux liens historiques qui existent entre le monde universitaire chilien et belge. La Belgique a toujours été un lieu de formation importante de l'élite politique et culturelle du Chili. Je pense aussi qu'il y avait des relations fortes entre les leaders du parti social chrétien en Belgique et le parti démocrate chrétien chilien qui ont tous les deux dirigés longtemps leur pays respectifs", explique-t-il.
Il y a 40 ans?
En seulement trois ans, le Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme s'est imposé comme un lieu incontournable de la scène culturelle santiaguine avec 200.000 visiteurs par an. "Ce succès s'explique tout simplement : c'est un musée qui parle profondément aux gens, il fait partie de l'Histoire", se réjouit le directeur. Inévitablement, le fil rouge de 2013 est la commémoration des 40 ans du coup d'Etat du 11 septembre 1973. "Il y a énormément d'attentes par rapport à cette année et beaucoup d'événements de commémoration vont avoir lieu un peu partout. De notre côté, nous avons pris le parti de mettre en lumière les victimes anonymes, qui jusqu'à aujourd'hui restent encore inconnues, dans l'ombre de la dictature", insiste Ricardo Brodsky.
La rédaction(www.lepetitjournal.com/santiago) lundi 29 avril 2013
2013 au Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme
De janvier à fin juin, l'exposition photographique « Fragmentos/Memorias/Imágens : A 40 años del Golpe » est accessible dans la galerie de la mémoire. Elle rassemble essentiellement des portraits de divers photographes illustrant tant les grands moments de la répression que les actions citoyennes en faveur de la démocratie. Dans un autre registre, un séminaire international sur l'importance de la mémoire dans le reconstruction d'un pays se tiendra les 5 et 6 septembre en présence du sociologue français, Alain Touraine, et de l'ancien sous-secrétaire d'état à l'Amérique latine de l'administration Obama. Enfin, le 11 septembre, une commémoration avec les petits (et arrière-petits) -enfants des victimes de la dictature aura lieu dans l'enceinte du musée.





