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MUSEE– La France aide le Chili à ne pas oublier.

Par Lepetitjournal Santiago | Publié le 04/06/2010 à 00:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 15:16

"Nous ne pouvons pas changer le passé. Nous ne pouvons qu'apprendre à vivre avec, c'est notre responsabilité et notre défi". Cette phrase de l'ex présidente Michelle Bachelet trône dans le hall d'entrée du Museo de la Memoria y de los Derechos Humanos de Santiago, qui ouvrait ses portes en Janvier dernier. La France a saisi le message et vient de faire une donation de plus de 109 archives au musée, afin d'aider le Chili à retrouver la mémoire. Rencontre avec sa directrice, Romy Schmidt, qui revient avec nous sur les premiers mois du musée et nous explique ce que représente cette donation pour le pays

LePetitJournal.com : Six mois se sont écoulés depuis l'ouverture du musée, pouvez vous déjà dresser un bilan ?

Romy Schmidt : Nous avons réussi à ouvrir 6 semaines, avant que les dégâts causés par le Terremoto ne nous obligent à fermer (réouverture prévue en août), et pendant cette courte période, nous avons pu constater que l'accueil du public a été très positif : nous avons reçu 55.000 visiteurs, ce qui dépasse réellement nos attentes, surtout pour le mois de février, où la plupart des habitants de Santiago désertent les lieux culturels pour les vacances. Nous sommes également fiers, parce que le public est vraiment hétéroclite, ce qui montre que notre projet touche tout le monde.

L'Institut National de l'Audiovisuel français vient de faire un don de nombreuses archives à votre musée, pouvez vous nous en dire un peu plus ?

L'INA (Institut National de L'Audiovisuel) nous a donné près de 109 archives audiovisuelles, qui représentent environ 16 heures d'images. Ils portent sur le Coup d'Etat en lui-même, mais aussi les jours qui suivirent, le temps des protestations, les funérailles de Neruda, des images de l'arrivée d'Hortensia Bussi (nda: veuve du président Allende) au Mexique, plusieurs déclarations de la Junta militar, le plébiscite de 1988? La majorité provient de journalistes correspondants, français, mais aussi chiliens, beaucoup de ces images ont été montrées à l'étranger, mais n'ont jamais été vues au Chili, en raison de la censure qui existait à cette époque. C'est un matériel extrêmement précieux qui nous aidera à avancer dans notre compréhension des faits, et nous sommes très heureux parce qu'il y a des séquences inédites, comme par exemple une interview du général Pinochet quelques jours après le Coup d'Etat. C'est la première fois qu'une donation nous est faite à l'échelle d'un pays, et celle-ci nous a agréablement surpris par son excellente qualité. Tout cela va nous aider à reconstituer les faits tels qu'ils se sont réellement déroulés et à développer encore plus le travail du musée.

Que pensez vous faire de tout ce nouveau matériel ?

Avant toute chose, nous voulons le mettre à disposition du public : à partir de la mi-juin, tout sera classé, ce qui signifie que nous sommes en train de visionner tout le matériel, de l'étiqueter, de lui ajouter notre logo et d'en faire des résumés pour pouvoir le mettre à disposition dans notre centre de documentation. Une fois prêt, n'importe qui pourra venir le visionner ici. Cette mise à disposition du public est importante pour nous parce qu'elle signifie que nous allons pouvoir encourager la recherche, développer les thèses de nos étudiants, des projets audiovisuels, créer des offres de stage ou tout simplement permettre aux Chiliens et aux étrangers de connaître les faits, grâce auxquels, les gens pourront se faire une idée personnelle de ce qui s'est passé. Et puis, les personnes juridiques, comme des associations de victimes ou l'Etat lui-même, pourront elles aussi utiliser ces données, pour avancer dans leurs enquêtes et rétablir la vérité.

Vous pensez que les Chiliens voulaient retrouver la mémoire ?

Pendant les 6 semaines d'ouverture du musée, les visiteurs nous l'ont constamment manifesté, et puis on a pu le constater en observant la diversité du public : des gens de différentes classes sociales, tendances politiques ou âge sont venus, ce qui démontre que toute la population chilienne veut comprendre ce qui s'est passé, pas seulement les familles de disparus.

L'idée de ce musée est de rendre les faits à la population, et ensuite laisser chacun se faire sa propre réflexion sur le sujet, sur les violations, passées et présentes des Droits de l'Homme, pour qu'ils puissent se rendre compte que ces faits existent et qu'on peut les éviter. Parce que c'est en retrouvant la mémoire et en rétablissant la vérité qu'on peut construire une véritable démocratie. Bien sûr, il ne faut pas oublier que ce genre d'évènement n'est pas arrivé qu'au Chili, que c'est un thème très contemporain, et que nous devons tout faire pour que plus jamais il ne répète. Voila la vision que notre musée veut transmettre à la société.

Quand espérez-vous rouvrir le musée ?

Le bâtiment en soit a très bien résisté, mais les installations intérieures, comme la plomberie, l'air conditionné, les faux plafonds et le verre ont été sérieusement touchés. En théorie nous aurions dû ouvrir bien plus tôt, mais puisque tout le pays est en reconstruction, il est difficile de trouver les matériaux nécessaires à la remise en état, et puis, puisque le musée est neuf, nous manquons de fonds pour financer ces réparations, ce qui fait que cela prendra plus de temps que prévu. Heureusement pour nous, l'exposition n'a pas souffert et nous pensons que nous serons capables d'ouvrir à nouveau les portes du musée d'ici le mois d'août.

En attendant, le public peut avoir accès à notre centre de documentation, qui a rouvert depuis maintenant 3 semaines, ou voir nos collections itinérantes (la première vient de s'installer à l'Université de Valparaiso). C'est la première fois qu'un projet culturel amène à la communauté le patrimoine d'un musée dans ses villes, avec une collection qui est en rapport avec les villes visitées, et aujourd'hui, puisque nous ne pouvons pas encore ouvrir les portes du musée, c'est encore plus important pour nous, puisque c'est notre premier contact avec le public depuis le 27-F. Et puis, en parallèle, nous sommes en train de digitaliser la majorité de nos archives, qui sont mises au fur et à mesure, sur notre page web où tout le monde peut les consulter librement.

Pour l'heure, c'est le FIDOCS, festival international des documentaires de Santiago qui s'est installé au musée du 1er au 6 juin.

Propos recueillis par Elodie QUEFFELEC (www.lepetitjournal.com - Santiago) vendredi 4 juin 2010

Découvrez la vie quotidienne des prisonniers des centres de détention de la province de Valparaiso grâce à la Collection itinérante du musée à Valparaiso.

Ouverte à tout public du 28 mai au 16 juin dans la salle El Farol (Blanco 1113) du Centro de Extensión de la Universidad de Valparaíso. Du lundi au vendredi de 11h à 19h, le samedi de 11h à 14h. Plus d'infos sur le site du musée.

 

 

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