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BUSINESS - Quand la France lorgne sur les entreprises italiennes

Écrit par Lepetitjournal Rome
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 mai 2013

Pomellato, Alitalia, Fendi, Parmalat, Edison, elles sont plusieurs à avoir gardé leur nom italien après avoir été rachetées par des holdings françaises. La preuve que pour faire des affaires et survivre en temps de crise, la Botte n'hésite pas à mettre en exergue son savoir-faire.

La rafle française

Pour Kering, nouveau nom du groupe Pinault-Printemps-Redoute dirigé par François-Henri Pinault, l'Italie devient la caverne d'Ali-baba. Mercredi 24 avril 2013, le groupe français a officialisé l'acquisition de la marque de joaillerie de luxe Pomellato. La somme déboursée par Kering n'a pas été communiquée mais lors d'une conférence-call présentant l'issue de l'opération, Jean-Marc Duplaix, son directeur financier, a parlé "d'un prix aligné sur ceux du secteur". La semaine précédant le changement de bannière de Pomellato, sa valeur sur les marchés financiers s'élevait déjà à 350 millions d'euros.

Cette nouvelle opération de fusion-acquisition rappelle le rachat de Bulgari par LVMH en mars 2011. Le groupe français n'avait alors pas hésité à débourser 3,7 milliards d'euros pour compter le prestigieux horloger-joailler parmi ses nombreuses marques. Une nouvelle pépite d'or italienne quittait alors la Péninsule et rejoignait ses confrères Emilio Pucci, Acqua di Parma, Bottega Veneta et Fendi déjà dans les mains de Bernard Arnault depuis 2001. Une descente opérée peu de temps après que la florentine Gucci succombe aux avances de l'ex-Ppr*.

Cependant, il n'y a pas que le secteur du luxe italien qui fait les yeux doux à l'Hexagone. En janvier 2013, c'est l'entreprise énergétique Edison qui passait de l'autre côté des Alpes. Rachetée par son homologue français EDF, ce dernier a d'ores-et-déjà prévu d'investir un milliard d'euros en Italie d'ici à 2016. Lactalis et Parmalat racontent le même mariage. Le groupe lavallois, plus connu pour ses marques Président, Société et Lactel détient  83,3% du fleuron de l'agroalimentaire italien. Cette saga qui rappelle la série "Dallas" ne s'arrête pas là. Aujourd'hui, c'est Air France qui se prépare à prendre possession de Alitalia dans l'optique de donner naissance au troisième concurrent low-cost d'Easyjet et Ryanair.

L'union fait la force

Quand il s'agit de business, l'identité nationale passe à la trappe. Depuis longtemps, Francesco Trapani, PDG de Bulgari, cherchait un allié. "D'ici à 10 ans, le monde du luxe offrira de nombreuses opportunités de croissance mais pour ça, il faut une approche plus systémique : un conglomérat très fort pour faire face à la concurrence", expliquait-il au Sole24Ore peu de temps après le rachat de son entreprise, en mars 2011.

Même rengaine pour Alitalia qui cherche un sauveur quand ses comptes voient rouge. La restructuration du groupe italien (471 millions d'euros) alourdit des pertes déjà élevées à 1,2 milliards d'euros en 2012. Une somme faramineuse à laquelle s'ajoute un endettement de 6 milliards d'euros. Pour sauver l'empire aérien italien, Jean-Cyril Spinetta, président et directeur général d'Air France-KLM a insisté sur "la nécessité d'une éventuelle agrégation [avec Alitalia] pour faire face au scenario de crise actuelle".

La logique des holdings français est simple : être omniprésent sur le marché et surtout plus fort que ses concurrents. Pour y arriver, ils orchestrent leur propre croissance en renforçant un secteur faible où ils leur manquent quelques grandes griffes. Ainsi, François-Henri Pinault, PDG du groupe familial Kering (ex-Ppr), déclarait en mars 2013 : "[Avec la possible acquisition de Pomellato], nous pouvons nous renforcer dans la joaillerie et l'horlogerie. Les marques du groupe doivent jouer dans différentes catégories de produits, de prix et de style sans se concurrencer". 

La fin du capitalisme familial italien ?

Dominé par des joyaux familiaux comme Armani, Prada et Ferragamo, le luxe italien n' pas réussi à émerger en bourse pour rivaliser avec les champions tricolores LVMH ou Kering. Alors, comme le confirme François-Henri Pinault, c'est la France qui touche le pactole. "L'Italie est un extraordinaire bassin de savoir-faire et de culture artisanale. Ceci explique cette attention toute particulière envers la [Péninsule] où encore beaucoup d'entreprises sont intéressantes", expliquait-il aux journalistes du Sole24ore.

En 2011, selon l'Agence Française pour les Investissements Internationaux (AFII), les Italiens ont investit environ 13 milliards d'euros en France. Dans le même temps, les investissements français consacrés au rachat des entreprises italiennes ont atteint presque 50 milliards d'euros avec l'acquisition de Findomestic Banca, Biplemme Vita S.p.a, Parmalat, Bulgari et Moncler. Au total, un nombre de cinq grands groupes qui fait pourtant pâle figure devant la vingtaine d'entreprises luxembourgeoises rachetées par l'Hexagone la même année. Une réalité qui fait pied de nez à l'image d'une Italie en détresse trop souvent dépeinte par les fervents défenseurs du patriotisme économique.

Sophie Lei (www.lepetitjournal.com/rome) ? Mardi 14 mai 2013

*Ppr est l'acronyme de la holding française Pinault-Printemps-Redoute crée par François Pinault en 1963. Renommée Kering en 2013, elle gère à travers ses filiales un portefeuille de marques grand public et de luxe comme FNAC, Gucci, Puma, Bottega Venata, Yves Saint Laurent, Balenciaga, Boucheron, Sergio Rossi, Alexander McQueen et Stella McCartney.

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Crédits: Sophie Lei

lepetitjournal.com rome
Publié le 13 mai 2013, mis à jour le 14 mai 2013
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