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NOVIMET - "Le nouveau radar Hydrix fonctionne comme une loupe sur São Paulo"

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 31/05/2016 à 22:04 | Mis à jour le 08/02/2018 à 14:02

Après trois ans de pourparlers et tractations, suivis par un protocole d'accord entre l'Université de São Paulo et l'entreprise française Novimet, la Fondation du centre technologique hydraulique (FCTH), située au sein du campus de l´USP, acquiert et installe un tout nouveau radar météorologique. Lepetitjournal.com a rencontré les deux ingénieurs français, Richard Ney et Erwan Le Bouar, ainsi que José Boani, de la FCTH.

Lepetitjournal.com : Tout d'abord, pouvez-vous nous dire comment a débuté cette aventure ?
Richard Ney :
Le professeur Carlos Morales, de l'IAG (Institut d'astronomie, géophysique et sciences météorologiques) de l'USP, souhaitait acquérir un nouveau radar météorologique. Après les inondations catastrophiques et glissements de terrain mortels qui ont eu lieu pendant les fêtes de fin d'année 2010 à São Paulo et sur le littoral fluminense, il en désirait un plus petit et plus précis, et notre radar Hydrix répondait parfaitement à sa demande. Grâce au soutien financier du Fasep (Fonds d'étude et d´aide au secteur privé), géré par Bercy, les choses se sont mises en place entre l'USP et notre PDG, Jacques Testud, chercheur au CNRS depuis plus de 35 ans et qui avait créé sa start-up en 2003, Novimet.

Quelles sont les particularités de ce radar Hydrix ?
Richard Ney :
Il s´agit d´un radar bande X (zone de fréquence entre 9,3 et 9,5 GHz), à double polarisation, spécialisé en pluviométrie à haute résolution et en temps réel. Il fonctionne avec l’algorithme d’estimation très précise de la pluie ZPHI® et les brevets associés, dont Novimet a obtenu la licence d´exploitation en 2003. Les applications sont diverses : hydrologie urbaine et rurale, agriculture, aéroports, etc. En termes moins savants, disons que notre appareil est plus petit que les autres radars des instituts nationaux de météorologie comme Météo France, ce qui est pratique puisqu'il peut être installé facilement en haut d'un immeuble ou d'un château d'eau, par exemple, mais aussi moins cher, donc viable financièrement pour une université, une institution quelconque, un petit aéroport, etc.
Erwan Le Bouar : Etant de moindre taille, le radar peut aussi pivoter sur lui-même à vitesse supérieure, si nécessaire, ce qui est bien plus difficile pour un gros radar. En outre, il n'exige pas de protection extérieure contre le vent, tel un radôme, cette grosse sphère à facettes en aggloméré que l'on voit généralement de loin. Notre radar est aussi beaucoup plus précis et fiable en matière de récolte de données et prévisions météorologiques. On peut ainsi calculer la vitesse de chute des gouttes de pluie, leur taille et leur intensité en modélisant leur interaction avec les ondes radar.

N’existe-t-il pas déjà un autre radar dans l'Etat de São Paulo ?
José Boani : En effet, la FCTH possède déjà depuis début 2014 un gros radar de fabrication allemande, installé à Salesópolis, dans la Serra do Mar, et qui couvre un rayon de 250 km, atteignant également une partie des Etats de Rio de Janeiro et du Minas Gerais. C'est un radar à bande S (autour de 2,8 GHz), qui fonctionne particulièrement bien en région tropicale, où les pluies sont souvent diluviennes, surtout l'été. Grâce à l'acquisition de cette nouvelle technologie française, la FCTH possède maintenant un avantage supplémentaire puisque le radar Hydrix, qui couvre un rayon entre 60 et 150 km, est plus adapté à des mesures locales. Ce modèle permet également de prévoir la grêle, qui tombe de temps en temps ici, et la neige, mais là, il faudrait être dans le sud du Brésil, bien entendu !

Les deux radars sont donc complémentaires ?
José Boani :
Tout à fait. En termes imagés, ce nouveau petit radar fonctionne donc comme une "loupe" ou un "zoom" sur la ville de São Paulo où les précipitations peuvent varier d'un quartier à l'autre. Maintenant, nous serons en mesure de cartographier toute la zone urbaine et anticiper le débordement des fleuves Pinheiros et Tietê, ce qui est capital ici pour le déplacement de la population et la circulation en ville. Nos opérateurs pourront ainsi prévenir à temps les autorités locales (CET, mairie, tours de contrôle de Guarulhos et Congonhas, etc.) et émettre des bulletins d'urgence qui seront retransmis par les stations radio et chaînes de télévision, par le biais du Centro de Gerenciamento de Emergência (CGE) en la personne d’Adilson Nazário.

Quels sont vos concurrents en France et dans le monde ?
Erwan Le Bouar :
En France, en ce qui concerne le radar bande X, nous sommes la seule entreprise, mais il existe de la concurrence en Europe et principalement en Allemagne. D´ailleurs, un grand nombre de radars météo dans l'Hexagone sont allemands ! Situation que nous espérons changer bien évidemment, mais cela n'est pas évident car Météo France et d'autres organes gouvernementaux auraient trop de frais à changer maintenant de technologie. Au niveau mondial, les Américains et les Japonais sont de réels opposants. Mais nous sommes confiants : le Brésil est notre toute première démarche à l'export et s'est révélé un succès.

Justement, comment évaluer votre expérience à la brésilienne ?
Richard Ney :
Une fois le protocole signé et après quelques retards dans l´obtention de la licence d´importation, ce qui est monnaie courante au Brésil, puis le dédouanement effectué, tout s´est passé merveilleusement bien. Nous avons été reçus à bras ouverts, partout. On ne nous a jamais rien refusé. Les Brésiliens sont particulièrement accueillants, pleins de bonne volonté et très vite, on se fait des amis bien au-delà des rapports professionnels : prendre un verre le soir, dîner dans un restaurant sympa ou même participer à une fête d´anniversaire, c´est tout à fait normal ici et c´est ce que nous avons fait. Et d´ailleurs, pour l´inauguration officielle, ce mois-ci, en présence du consulat de France, des membres dirigeants de l´USP, du FCTH ainsi que des autorités municipales et de la presse locale bien sûr, il est prévu un churrasco !

Qui va opérer le radar concrètement ?
Erwan Le Bouar :
Au départ, les trois ingénieurs de la FCTH que nous avons formés ces jours-ci. Nous sommes restés trois semaines depuis la fin de la construction de la tour de 42 mètres de hauteur (environ 14 étages) édifiée au parc Cientec, dans le campus de l´USP, vers le Jardin botanique, face au zoo. Une grue a empilé les sept pylônes de 6 mètres au fur et à mesure, puis a hissé au sommet le radar, que nous avions d´abord testé au sol, bien évidemment, car il était arrivé par cargo, puis resté emballé dans des caisses pendant huit mois. A cette occasion, nous sommes montés une vingtaine de fois là-haut, avec casque, baudrier et chaussures de sécurité. Le radar est voué à opérer sept jours sur sept, et 24 heures sur 24. Nous pourrons parfaitement le visionner, contrôler et manipuler à distance depuis la France. Aujourd'hui, tout est possible par Internet. En cas d'urgence (violente tempête, orage, etc.), il y a un paratonnerre bien évidemment, mais il est également prévu un bouton d'arrêt qui peut être activé immédiatement sur place par l'un des opérateurs. La FCTH, désormais propriétaire du radar, a également déjà commandé des pièces de rechange au cas où les oiseaux et singes alentours viennent semer la pagaille…

Quelles retombées attendez-vous de cette expérience à l'export ?
Richard Ney :
Cette première expérience à l'étranger va nous servir de vitrine, bien évidemment. L’excellence de notre technologie est déjà plus que prouvée en France, avec, par exemple, le conseil général des Alpes-Maritimes et son service de surveillance hydrométéorologique d’alerte aux inondations, et de prévision de crues sur les cours d’eau à risque. Et de par ses caractéristiques climatiques et hydriques, la ville de São Paulo est parfaite pour corroborer nos résultats.

Prochaine étape ?
Richard Ney :
La Chine, semblerait-il !

Propos recueillis par Marie-Gabrielle BARDET (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 1er juin 2016

*Légende photo 1 : Richard Ney, Emmanuel Moreau, José Boani, François Dolon et Erwan Le Bouar.

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