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JEAN-FRANÇOIS LABORIE - "Il faut que les Français sachent que le consulat est là pour garantir leur sécurité"

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 14/12/2015 à 23:05 | Mis à jour le 14/12/2015 à 19:33

Prenant la succession de Jean-Charles Ledot, Jean-François Laborie a pris ses fonctions de consul général de France adjoint à Rio à la fin du mois d'août dernier. Fin connaisseur de l'Amérique du Sud et du Brésil notamment pour y avoir grandi, il revient sur son parcours et ses missions auprès du Petitjournal.com.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours personnel et diplomatique avant d'arriver en poste ici à Rio ?
Jean-François Laborie :
Mon parcours est assez atypique car je ne suis pas né en France, mais en Bolivie. Mon père travaillait pour l'Alliance française et nous avons longtemps voyagé d'un pays à l'autre. D'ailleurs, j'ai passé une grande partie de ma jeunesse en Amérique du Sud (Bolivie, Argentine, Colombie et Brésil). Je reviens donc ici, trente ans plus tard, après avoir vécu à São Paulo lors de mon enfance. Ce pays ne m'est donc pas du tout inconnu. Je suis retourné en France pour y effectuer mes études secondaires puis mon université, où j'ai été diplômé d'économie et d'économie internationale. C'est l'un de mes stages, dans un poste économique d'expansion à l'ambassade de France à Bogota, en Colombie, qui m'a amené à la diplomatie. J'ai beaucoup aimé représenter mon pays à l'étranger, notamment sur un continent que je connaissais bien. J'ai donc passé les concours du Quai d'Orsay, où j'ai commencé à travailler en 1997-1998, à la cellule de veille. C'était les débuts de la cellule de crise qui s'est vraiment étoffée depuis et a notamment proposé de l'aide dernièrement après la catastrophe de Mariana (Minas Gerais). Ensuite, ma première expatriation à l'étranger a été au Royaume-Uni, à Londres, où j'étais chef du service des visas, puis à Boston (Etats-Unis) où j'étais chef de chancellerie consulaire. Par la suite, je suis revenu à Paris, passant quelques temps à la direction des ressources humaines avant de travailler pour la direction des Amériques où j'étais plus particulièrement chargé du cône sud de l'Amérique du Sud (Argentine, Bolivie, Paraguay et Uruguay), notamment des relations bilatérales entre ces pays et la France. Aujourd'hui, je suis à Rio où j'occupe le poste d'adjoint du consul général, un poste très intéressant car c'est un consulat particulièrement grand, quasiment une petite ambassade.

En quoi consiste justement votre rôle ? Quelles sont vos missions ?
Je travaille aux côtés du consul général, mais je suis aussi responsable des ressources humaines au sein du consulat, ainsi qu'officier de sécurité, une fonction importante par les temps qui courent. J'ai également une fonction de management, essayant de faire en sorte que tous les services puissent travailler ensemble efficacement. Je supervise aussi le pôle presse en suivant l'actualité politique dans la circonscription de Rio de Janeiro, qui comprend aussi les Etats du Minas Gerais et de l'Espirito Santo.

Quelles impressions avez-vous du Brésil en y revenant tant d'années après ?
Le pays a beaucoup changé, mais contrairement aux idées reçues, je trouve qu'à Rio, il y a moins de violence que ce que j'avais connu des années auparavant. Il y a 30 ans, je n'aurais pas pu me balader comme je le fais actuellement, même si on constate une reprise de la violence en raison de la crise, dans la zone sud comme dans les communautés pacifiées. Autrement, le développement de la classe moyenne a depuis atténué les fortes disparités sociales qui existaient. Aujourd'hui, par exemple, tout le monde utilise les ascenseurs "sociaux" et de service, alors qu'il y a 30 ans, les domestiques et les livreurs ne pouvaient utiliser que celui de service. C'est un progrès.

Quelle est votre vision de la situation économique actuelle du Brésil ?
Après une période assez glorieuse, le Brésil, qui est un pays émergent où la croissance économique était très importante, est en crise. Depuis que je suis arrivé, je la ressens : tous les jours, de nombreuses personnes se retrouvent au chômage, le cours des matières premières baisse, l'économie est atone, l'inflation augmente, le pays est en récession? J'ai déjà vu le Brésil passer par des périodes très difficiles, mais il y a un certain optimisme dans la société brésilienne et je pense que le Brésil peut rebondir. Dans l'ensemble de l'histoire brésilienne, il y a toujours eu des hauts et des bas. Par ailleurs, la capacité du marché brésilien reste énorme, compte tenu du nombre de ses consommateurs. Nous encourageons toujours, avec le service économique et Business France, les entreprises françaises à venir investir au Brésil. C'est une mauvaise passe, mais il y a encore énormément de potentiel.

Au niveau du travail et du contact, comment vous adaptez-vous au Brésil après vos expériences au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ?
La fonction même des diplomates et des expatriés est de s'adapter au pays, dans la manière d'aborder les personnes et de gérer une équipe. Ici, on a une moitié de Français et une moitié de nationaux donc il faut agir en fonction des us et coutumes locaux tout en gardant nos spécificités françaises et notre culture. Mais on ne parle pas de la même manière à un chef d'entreprise ou à un responsable politique au Brésil et en France ou aux Etats-Unis.

Quelles sont les particularités des Brésiliens, selon vous ?
Ce sont des gens charmants avec qui il faut toujours être aimable et avoir le sourire, même si on n'est pas d'accord. Il faut essayer d'utiliser du tact et de la diplomatie tout en étant ferme, avec un petit "jeitinho" comme on dit ici.

Le mois dernier, la France a été frappée par de terribles attentats, comment on appréhende un tel événement dans un consulat à l'étranger ?
Ces événements sont tristes et choquants pour tout le monde, car nous sommes nous aussi loin de la France et de notre famille. Mais je n'ai reçu que des gestes de sympathie de la part des mes interlocuteurs brésiliens, donc cela fait chaud au c?ur. Quand tous les gens vous appuient après des événements graves, c'est très réconfortant. 

Quelles mesures ont été prises par les autorités françaises à Rio après cela ?
Des mesures spécifiques de sécurité ont été prises. Le soir même des attentats, le gouverneur de l'Etat de Rio de Janeiro et le maire ont contacté le consul général, nous apportant leur soutien et proposant leur appui. Depuis, la sécurité a été renforcée devant le consulat et le lycée français. Il faut que les Français sachent que le consulat est là pour garantir leur sécurité. Nous avons également décidé de programmer tous les ans une réunion de sécurité avec tous les services du consulat, les responsables sécurité des entreprises françaises ainsi que nos partenaires pour discuter de la sécurité des Français en cas d'événement de ce type ou autre (catastrophe naturelle, accident, etc.). Il faut que nous ayons un plan pour être à même de communiquer avec les Français et d'organiser avec les autorités locales la sécurité des Français. Déjà, pour les Jeux Olympiques, nous avons une réunion mensuelle pour préparer l'arrivée des Français à Rio à tous les niveaux (accueil, sécurité, etc.).

Propos recueillis par Corentin CHAUVEL (www.lepetitjournal.com - Brésil) mardi 15 décembre 2015

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