DIPLOMATIE – Antoine Pouillieute : interview avant départ (2/2)

Par Lepetitjournal Rio de Janeiro | Publié le 17/11/2009 à 01:02 | Mis à jour le 13/11/2012 à 14:06

En poste depuis 2006, à Brasilia, l´Ambassadeur de France au Brésil rejoint dans quelques jours le Conseil d´Etat à Paris. Lepetitjournal.com évoque avec Antoine Pouillieute quelques-uns des faits majeurs de sa mission. (Suite et fin)*

Lepetitjournal.com : Les Français considèrent le Brésil comme pays dangereux. Les dernières statistiques tendent à prouver que la violence est en augmentation. Pensez-vous qu´aujourd'hui ce facteur nuit à l´installation de Français au Brésil ?

Antoine Pouillieute : Le Brésil a un taux d'urbanisation plus élevé que la France;il compte de plus en plus de grandes mégapoles;les phénomènes de pauvreté et d'exclusion y sont plus violents. De tout cela résultent les risques et les dangers liés à une vie très urbanisée. Cela étant, la première des sécurités réside dans le comportement responsable des habitants, à commencer par les expatriés : les attitudes ostentatoires ou irréfléchies sont naturellement à bannir. Mais, si le risque est réel, il ne doit pas faire sombrer les gens dans la paranoïa. En revanche, avec la Coupe du monde de football en 2014 et les Jeux olympiques de 2016, je veux redire ici la disponibilité de la France à partager avec le Brésil son expertise et son expérience en matière de sécurité publique et de technologies de sécurité.[...]

Le gouvernement est en train de « privatiser » ses services consulaires, pour le culturel, l´information, etc. et les ambassadeurs tendent à venir de plus en plus de la société civile. Les compétences des fonctionnaires d´Etat ne sont-elles pas à la hauteur ?

Non, je ne crois pas que l'on puisse sérieusement parler de privatisation du service public à l'étranger : les ambassades et les consulats fonctionnent toujours selon les grands principes du service public qui sont, notamment, l'égalité, la neutralité, la laïcité et l'intérêt général. Ce sont des principes d'ouverture et d'empathie. [..] Pour autant, le métier diplomatique est un vrai métier, qui réclame de plus en plus d'expertise et de savoir-faire : on ne s'improvise pas négociateur dans une discussion sur le changement climatique, l'ouverture commerciale, les flux migratoires ou l'adoption internationale. [...] Moi-même, je ne suis pas diplomate de carrière : je n'en tire aucune gloire parce qu'au Quai d'Orsay, j'ai d'abord et avant tout appris un métier, un beau métier.

Antoine Pouillieute, Ambassadeur de France au Brésil

En ce qui concerne l´enseignement, on assiste aussi à une volonté de supprimer les postes d´expatriés, de favoriser des emplois locaux. L´enjeu est-il politique ou simplement financier ?

À l'heure où un nouveau lycée va être construit à Brasilia et où un élan neuf va enfin pouvoir être donné à São Paulo, il n'est guère prévu de modifier la proportion entre les expatriés, les résidents, les recrutés locaux sur contrat local. Si nous voulons un enseignement d'excellence, il nous faut garder cet équilibre;il n'est ni politique ni financier, mais approprié pour satisfaire à notre ambition.

Si vous deviez retenir deux choses du Brésil, ce serait.... ?

Votre question me fait penser à celle sur les deux livres qu'on emporterait sur une île déserte. C'est très arbitraire de répondre. Toutefois, je vous dirai ceci : La première chose que je retiendrai est objective : c'est l'espace. [...] Il faut toujours avoir cela à l'esprit quand on veut agir au Brésil. La seconde chose est subjective : c'est l'optimisme brésilien. Songez qu'en France, 65% des gens sont convaincus que leur situation sera pire après la crise alors qu'au Brésil, 65% des gens sont convaincus du contraire : pourquoi ? Parce que le Brésil n'a pas la nostalgie d'un âge d'or passé : son âge d'or est aujourd'hui et demain sera meilleur.

Quelle sera votre prochaine affectation ?

Comme je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas diplomate de carrière, mais conseiller d'Etat. Après trois beaux postes au Quai d'Orsay (ambassadeur au Viêt-Nam, secrétaire général adjoint à Paris et ambassadeur au Brésil), je vais donc retourner au Conseil d'Etat auquel je m'honore d'appartenir. Je relève que le Conseil d'Etat accueille au « tour extérieur » des diplomates en fin de carrière;ce qui n'est d'ailleurs pas mon cas?

Propos recueillis par Joseph Sivieri (www.lepetitjournal.com ? Brésil) mardi 17 novembre 2009

* Lire la première partie

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