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SONG SHENG, SENSINA – Les 5 sens pour aborder le marché chinois

Par Lepetitjournal Pékin | Publié le 10/03/2013 à 22:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Ce mois-ci, les "Rendez-vous de l'Eco" vous présentent une entreprise franco-chinoise : Sensina, créée à Dijon par un Français et deux Chinois, dont Song Sheng qui dirige aujourd'hui l'activité à Shanghai. Riche de sa double culture et de son bilinguisme, Song Sheng nous explique en quoi l'analyse sensorielle est un outil pertinent pour s'adapter aux besoins du marché chinois.

Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous décrire votre parcours et comment Sensina est née ?
Song Sheng : En 2001, un diplôme chinois de pharmacien en poche, j'avais envie de poursuivre des études à l'international. Je parlais à peine le Français mais la ville de Dijon proposait une formule de formation en agro-alimentaire à l'ENSBANA, aujourd'hui Agrosup Dijon (L'Institut national supérieur des sciences agronomiques, de l'alimentation et de l'environnement), avec une année de formation préalable à la langue française. J'ai saisi l'opportunité et 5 ans plus tard j'étais diplômé Master 2 en analyse sensorielle et parlais couramment français !

Dans ce cursus, j'ai choisi de faire un DESS en analyse sensorielle, une technique encore peu connue en Chine. J'ai réalisé un stage de 6 mois dans une célèbre maison de champagne, Mumm qui comme beaucoup d'entreprises en France, utilisait déjà cet outil depuis une vingtaine d'année. Avec deux copains d'étude, nous avons fondé dès notre sortie d'école Sensina avec pour objectif de lancer l'entreprise en Chine où le marché était complètement vierge. Me voilà ainsi à Shanghai en 2008.

Depuis quatre ans, comment vous êtes-vous développé ?
Avec mon ami chinois, nous étions les deux premiers Chinois à obtenir ce genre de diplôme à l'étranger à l'époque. En Chine, la plupart des formations dans ce domaine sont limitées à des sessions de 20-32 heures et sans pratique ! Pour étudier l'influence des 5 sens, c'est ennuyeux… Dotés d'une formation pointue, nous avions clairement un avantage concurrentiel. Au début, notre objectif était d'aider les industriels français à s'adapter aux besoins du marché chinois. "Connaître, positionner et améliorer" tel est notre leitmotiv. Notre premier client a été L'Oréal. Aujourd'hui encore, le "non food" représente encore 60 % de notre activité.

En effet, les domaines d'application de l'analyse sensorielle sont très étendus : le textile, les cosmétiques… En fonction du produit, nous sommes capables de le définir et positionner en fonction de son goût, de sa couleur, de sa texture, de son odeur ou des autres aspects sensoriels. Par rapport à ses cinq critères, nous proposons trois types de service : des tests sensoriels (test consommateurs, test de différences, profil sensoriel, préférences mapping), formations industrielles, accompagnement et suivi aux accès du marché chinois.

Quatre ans plus tard, notre société, composée d'une équipe de 25 personnes et de 2 groupes de panel experts sont reconnues comme une référence en la matière. Nous n'avons toujours pas de réels concurrents ! En coopération avec l'Institut de la recherche de l'alimentation de Shanghai, nous avons mis en place un Centre de l'analyse sensorielle agréé ISO 9002 avec douze cabines individuelles équipées. Nous travaillons avec une base de données de 10 000 panélistes locaux pour pouvoir faire des tests de consommateurs très ciblés en fonction du profil du consommateur.

Quelle est votre stratégie de développement ?
Le marché est énorme mais encore balbutiant… Notre mot d'ordre est la formation. C'est en formant que nous ferons prendre conscience des besoins et contribuerons au développement de ce marché. Je n'ai pas peur des concurrents… Au contraire, s'il y en a, tant mieux, c'est la preuve qu'on aura réussi notre pari !

Aujourd'hui, les grosses entreprises ayant les moyens d'avoir un service en interne, nous sommes une excellente plateforme pour les PME chinoises. Parallèlement, le consommateur chinois évolue et recherche de plus en plus des produits de qualité. Le marché est donc prometteur….

En quoi pouvez-vous aider des entreprises françaises à aborder le marché chinois ?
Pour réussir en Chine, il faut adapter les produits au marché. J'ai plusieurs anecdotes à raconter à ce sujet…Un fabricant de sirop a voulu exporter du sirop de menthe en Chine. Impossible même de le faire tester à des Chinois : pour la simple raison que la couleur verte ne se boit pas en Chine… Pour le pastis, c'est pareil, l'anis est un ingrédient qui sert à cuisiner mais qui en aucun cas ne se boit… J'ai aussi eu un client de petits pots pour les bébés, mais les mamans testeuses ont aussitôt décrété que les pots en question étaient trop sucrés… L'analyse sensorielle est donc la première étape avant de mettre un produit sur le marché chinois afin de minimiser les risques !

Propos recueillis par Marie-Eve Richet (www.lepetitjournal.com) Lundi 11 mars 2013

Contact :

SHENG Song, R&D and Operations Director SENSINA China
E-mail : song.sheng@sensina.com

 

 

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'éditon Pékin.