Samedi 27 novembre 2021
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ALAIN CHILLES – Maths et acupuncture, deux clés pour la Chine.

Par Lepetitjournal Pékin | Publié le 07/10/2013 à 20:00 | Mis à jour le 07/10/2013 à 08:50

La soif de comprendre, c'est ce qui a toujours animé Alain Chillès. Décrypter le pourquoi du comment, les liens de cause à effet, l'interaction entre les facteurs... Autant de problèmes à résoudre qui ont donné naissance à ses deux grandes passions : les mathématiques et la médecine traditionnelle chinoise, plus particulièrement l'acupuncture. Deux vocations qui l'ont emmené en Chine?

Alain a toujours eu la bosse des maths. « C'est un jeu « nous confie-t'il, sourire aux lèvres. Un jeu qui l'a mené jusqu'aux bancs de l'Ecole Normale Supérieure. Sa voie semble alors toute tracée? Nous sommes en 1977. Tout juste diplômé de la rue d'Ulm, le jeune normalien se lance dans l'enseignement, niveau classes préparatoires. Mais le jeune professeur n'a plus rien à apprendre? « Si je ne réfléchis que 2h par jour, je m'ennuie? « confesse-t-il d'un air gêné. Il faut donc donner matière à réflexion à cet esprit en perpétuelle ébullition. Ca sera l'intelligence artificielle, domaine dans lequel il excelle très rapidement. Alsthom recherche à ce moment-là un normalien spécialisé dans cette nouvelle science : ils ont trouvé leur homme ! L'expérience du privé lui apporte beaucoup humainement. « On est un peu seul en tant que professeur". Mais les arcanes administratives et politiques de l'entreprise lui pèsent. Il retourne à ses premiers amours : l'enseignement des mathématiques.

Des mathématiques à l'acupuncture

Ce n'est que bien plus tard, en 2000, qu'il rencontre fortuitement l'acupuncture. Souffrant de maux de dos, il se fait soigner par son épouse, formée au Shiatsu, une technique de thérapie manuelle d'origine japonaise, inspirée du massage chinois. Intrigué, il se renseigne sur cette thérapie extraordinaire, qui a réussi à le soulager de son mal chronique.

Il se plonge alors dans un des livres fondateurs de la médecine traditionelle chinoise (MTC) : le ? Classique intérieur de l'Empereur Jaune ?, un essai sous forme de dialogue entre l'Empereur et son médecin. Au lieu de dresser un inventaire des maladies à son monarque, le praticien lui explique son raisonnement. Le but des mathématiques, c'est bien de faire apparaître la réalité, non ? Et bien, c'est ce qu'Alain retrouve dans l'acupuncture. Plutôt qu'une vision fragmentée du corps, l'acupuncture fait sens. Dans cette discipline, il retrouve la cohérence qu'il apprécie dans les mathématiques, l'équilibre des équations, l'harmonie des formules. Finalement, ?on joue toujours sur des règles de base pour mettre les éléments en lien?.

L'homme ne fait jamais les choses à moitié, et il admet avec humilité ? aimer travailler et beaucoup travailler? ?. C'est donc dans six années de cours qu'il s'engage, en plus de ses heures d'enseignement. Un autre monde s'ouvre à lui? La MTC se basant sur des principes philosophiques, principalement taoiste et confucianiste, il s'agit d'intégrer de nouveaux concepts : le yin et le yang, le qi (l'énergie créatrice), les 5 éléments? Les gens suivant cette formation sont de tout âge et viennent de tout horizon : ?ça a complètement changé ma façon de voir la vie, j'ai déstressé à vue d'oeil ! ? confie-t'il. A l'issue de cette formation, il ouvre son cabinet et consulte une journée par semaine. A croire qu'il n'est pas assez occupé, mais le ? temps est élastique ? pour cet homme passionné.

L'université Jiaotong où Alain travaille (photo MER)

Rencontre avec la Chine

Bien sûr, l'acupuncture l'a conduit à la Chine. En 2003, d'abord, le temps d'un stage à l'hôpital public de Tianjin : une révélation ! "Pendant un mois, j'ai travaillé dans une pièce de 25 m2 auprès de dix patients en consultation publique. Autour de leurs lits se concentraient toute la famille et les proches, chacun y allant de son conseil. Le tout dans une atmosphère extrêmement bienveillante". Deuxième approche, en 2008, pour un voyage touristique dans le Yunnan. Résultat : en 2012, lorsqu'on lui propose de prendre en charge la coordination du département d'enseignement des mathématiques à Jiatong ParisTech, il accepte le défi. Pas des moindres pourtant, quand on sait que les étudiants chinois débarquent en cours de maths avec seulement un semestre d'apprentissage du français. Ces étudiants, Alain est impressionné par leur performance de calcul. « Ils ont une capacité de mémoire incroyable et sont plus efficaces que nous sur la production de résultats mathématiques. Mais ils ont encore beaucoup à apprendre en capacité de démonstration et de formalisme. C'est pour cela que nous sommes là? «

En Chine, Alain ne peut pas pratiquer l'acupuncture, mais il se régale de voir combien la « médecine traditionnelle est intégrée dans la vie quotidienne des Chinois : dans leur alimentation (le simple fait de boire de l'eau chaude), dans leur pratique du tai chi, et aussi dans leur relation à l'autre dénuée de toute agressivité ". Pour lui, cette tradition se perpétue grâce aux grands-parents qui élèvent leurs petits-enfants, même si l'américanisation rampante gagne du terrain comme partout? Mais il a confiance dans cette culture traditionnelle, tellement enracinée dans le quotidien, ne serait-ce qu'à travers les idéogrammes, qui à eux-seuls constituent une vision de voir la vie et de l'appréhender, et donc génèrent une méthode d'apprentissage. Seul regret peut-être, Alain déplore de « ne pas être doué en langue « ? Mais n'a-t-il pas trouvé une autre clé de compréhension de la culture chinoise ? A chacun sa manière d'appréhender la Chine, après tout, l'important, n'est-ce pas l'intérêt porté à notre pays d'accueil, le désir de s'en imprégner ?

Marie-Eve Richet ( www.lepetitjournal.com/shanghai) Mardi 8 novembre 2013

 

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