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L'Addiction aux jeux vidéo, un vrai calvaire pour la jeunesse chinoise

Par Vincent Villemer | Publié le 06/09/2017 à 16:45 | Mis à jour le 11/09/2017 à 11:27
Chine-addiction-jeux vidéo-jeunesse

En Chine, l’addiction à internet et aux jeux vidéo est un phénomène grandissant qui toucherait plus de 24 millions de jeunes. Mais outre l’ampleur du fléau, ce sont surtout les conditions d’internement des centres spécialisés à l’accueil des jeunes accros qui attisent l’indignation.

Un drame récent qui illustre le fléau

Oui, le jeu virtuel peut aussi être considéré comme une drogue dure. Cette semaine, un jeune Chinois de 18 ans nommé Li Ao est décédé dans un centre de lutte contre l’addiction à internet. Chaque année, des centaines de jeunes sont envoyés par leur famille dans ces établissements aux méthodes parfois sombres. Mais derrière ce triste phénomène d’addiction, c’est toute une pression sociale et familiale qui s’exerce sur ces ados. Le jeune homme avait été placé dans un de ces centres qui promettait un suivi psychologique et des activités sportives, et devait y rester 180 jours. Un programme qui donnait une lueur d’espoir aux parents pour que leur fils retrouve une vie saine, coupée de la sphère virtuelle, sauf que le pire n’a pu être évité. À peine le lendemain de son arrivée, l’ado a été conduit à l’hôpital après être recouvert de bleus et de cicatrices. Il meurt quelques minutes plus tard.

Mais le fléau n’est pas nouveau

Le cas de Li Ao n’est malheureusement pas une exception. Il n’est pas le seul à n’être jamais ressorti de ce type d’établissement. En 2014, une étudiante de 19 ans a été torturée à mort, alors que beaucoup plus tôt, en 2009, un jeune de 16 ans est décédé seulement un jour après son arrivée. Des décès qui interrogent sur les conditions d’accueil de ces centres pour ados, pourtant très nombreux en Chine. Dans un pays où internet et les jeux vidéo prennent une place très importante dès le plus jeune âge, entre 300 et 400 centres de désintoxication ont vu le jour pour accueillir les adolescents qui seraient près de 24 millions à souffrir d’addiction. L’attrait des jeunes pour l’écran et le jeu virtuel n’est pas récent, ce phénomène est surtout dû au fait que la majorité des familles chinoises n’a qu’un enfant. Du coup, ils sont l’objet d’une surveillance permanente de leurs parents car ils sont l’avenir de la famille, et se réfugient donc souvent sur internet pour s’évader.

Une pression permanente, un contexte oppressant

La pression exercée par les parents sur leur enfant n’est pas anodine, elle est en grande partie alimentée par les établissements scolaires. En Chine, il faut comprendre que les études sont l’objet d’une concurrence féroce entre les jeunes, beaucoup plus qu’en France où les alternatives sont plus nombreuses. Le temps libre existe très peu car les Chinois ne connaissent pas le week-end, et les enfants sont dès le plus jeune âge concernés par du travail, des cours et des leçons supplémentaires les samedis et dimanches. Face à la surcharge de travail, la jeunesse chinoise s’étouffe, et trouve refuge sur l’ordinateur en enchaînant jusqu’à sept ou huit heures de jeu d’affilée. Dans un documentaire réalisé par des journalistes du New York Times intitulé China Web Junkies, ce qui est frappant est de voir la réaction de ces ados qui se vantent de passer des dizaines d’heures de jeu sur leur ordinateur et de se lever en pleine nuit pour jouer, notamment à "Kings of Glory" un jeu de combat qui se pratique autant sur smartphone que sur ordinateur et qui déchaîne les passions en Chine. Certains jeunes pris en charge dans un centre tentent même de s’échapper pour trouver réconfort dans un cybercafé.

Des méthodes très contestables

Si l’idée d’établir des centres de soins et de suivi pour ces jeunes accros est recevable, les conditions de vie au quotidien et les méthodes de réinsertion sont quant à elles très discutables. Pour la majorité de ces établissements, la seule façon de soigner l’addiction est la discipline militaire. Sauf qu’au delà des aspects physiques et moraux qui sont louables dans l’éducation militaire, la pratique va beaucoup plus loin. Ces jeunes subissent des méthodes de guérison dignes de séances de tortures : électrochocs, impulsions et acupuncture électrique, hypnose, ou encore isolation dans une salle sombre. Si le mode de fonctionnement est condamnable, qu’en est-il des résultats ? Il n’existe pas de rapport officiel sur le taux de réussite. La seule certitude est que la violence de ces centres amène les jeunes à des comportements extrêmes. En 2016, une jeune fille de 16 ans, envoyée par ses parents, est restée quatre mois dans l’un de ces établissements. À son retour, elle a attaché sa mère jusqu’à sa mort. » Difficile de comprendre comment le gouvernement peut fermer les yeux face à ces multiples faits atroces qui interpellent en premier lieu sur l’impact et l’ampleur du fléau qui touche la jeunesse et l’avenir de la Chine, et dans un second temps quant à la fiabilité et à l’efficacité des centres de désintoxication.

Ces jeunes enfermés ne sont que le symptôme d’une addiction numérique généralisée, qui touche principalement la jeune génération obsédée par son avenir. Elle apprivoise très tôt ces appareils pour goûter à la vie virtuelle et quitter la vie réelle un instant… ou définitivement.

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Vincent Villemer

Journaliste sportif radio/web. Passionné par le ballon rond, la culture urbaine et sa musique.
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