Lundi 16 septembre 2019
Nouvelle-Calédonie
Nouvelle-Calédonie
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

UN LIVRE, UNE HISTOIRE – Najda d'André Breton

Par La Bouquinerie Le Liseron | Publié le 10/07/2017 à 17:30 | Mis à jour le 10/07/2017 à 12:42
Najda d'André Breton

Toutes les semaines, nous vous proposons, en partenariat avec La Bouquinerie Le Liseron, de retrouver le goût de lire. Lémile, le moine qui ouvrit sa bouquinerie, n'a pas son pareil pour rendre les ouvrages qu'il présente contemporains. Avec humour et fantaisie, il arrive à faire le parallèle entre ouvrages d'hier et société moderne.

 

Mon chat, Crocodile, la tête inversée, griffes diamantines incrustées dans l'fauteuil, l'oeil hirsute, le poil dément? Croco, de ses muscles congestionnés de fureur malgré lui dans une folie élastique, bondit, stoppe, galope sur place d'avec le fauteuil (qui n'en demandait pas tant), stoppe, bondit, accélère sa course, accélère encore, encore, stoppe, froisse au passage le Temps, plonge en une miraculeuse sinusoïdale du tribord fauteuil sur ma cuisse (qui n'en demandait pas tant) au bâbord fauteuil, stoppe, tourne en p'lote, accélère sa course, stoppe, accélère, remonte remonte rousse fusée au sommet du Mont Pantouflard? Croco plonge en chat perché dans la brousse de mes cheveux (qui n'en demandaient pas tant), tourne en p'lote, tourne en p'lote, et saut de l'ange à poil roux au tribord fauteuil derechef?

Un quart d'heure plus tard, Crocodile se lèche non-cha-la-mment les couilles entre la télé et ma rétine molle. Lorsque me vient une idée de GIFI, le service bureaucratique comptable du troisième étage ouvre ses tiroirs :
* Dossier Morale 412 : Tu ne peux pas sortir de ta voiture le corps nu barbouillé de guacamole à la recherche de l'âme soeur sur l'A 411 un vendredi saint.
* Dossier Préjugé 223 : Que va penser ma mère si je me pacse avec mon aspirateur ?
* Dossier Respect de la Loi 608 ? : Nous avons tous besoin d'un quart d'heure de chat dans nos tiroirs. Un joyeux bordel !

« J'ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l'air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s'attacher, mais qu'il ne saurait être question de se soumettre. J'ai vu ses yeux de fougère s'ouvrir le matin sur un monde où les battements d'ailes de l'espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n'avais vu encore que des yeux se fermer. »

Nous sommes, devrions être avare de parole sur l'amour.

Nadja fut, et reste pour moi une expérience catapultante dans l'effloraison des jardins suspendus de mon château intérieur. En parler, c'est à mon sens, profaner ce lieu béni où je m'agenouille encore, avec gratitude, chaque fois que ces mots frappent de leurs ciseaux tordus la pointe de mes yeux :

« Le 4 octobre dernier, à la fin d'un de ces après-midis tout à fait désoeuvrés et très mornes, comme j'ai le secret d'en passer, je me trouvais rue Lafayette. »

Mais cette contradiction, comme prise dans l'humide rideau de douche de nos veilles hallucinées, ce cri du coeur à la Munch dis-je, doit être dépassé, ami liseron, si je veux te parler plus avant de Nadja.

« Ni dynamique, ni statique, la beauté je la vois comme je t'ai vue. Comme j'ai vu ce qui, à l'heure dite et pour un temps dit, dont j'espère et de toute mon âme je crois qu'il se laissera redire, t'accordait à moi. »

Le pope du surréalisme a su mystifier son lecteur par l'expression d'une folie, palpable, surréel, d'un être perpétuellement désamarré.

Il y a chez Nadja cette qualité attractive, une fascination forcenée pour un être évadé d'une brèche de la rigueur de nos syllogismes.

Folie cuisse goûtue, folie en gyrophare bleu des nuits d'arrière cours, folie balle et ciel, folie des colères circulaires, folie Mitch Buchannon, folie langue fourchu de flammes des tunnels cartoon, folie?Après Nadja tout a couleur de crépuscule, heure d'un front gelé et d'un coeur en cire liquide.

« La beauté sera convulsive ou ne sera pas. »

On s'attrape soi-même en soliloque enjoué sur les trottoirs des rues en foule. Cherchant une façon originale de mourir, pour une fois. L'on décapsule le bol inversé de son crâne : CLOP ! La cervelle battante à pleine mains, d'un doigt expert en hasard, on pianote les zones imprécises mauvâtres : SPRUNCH, SPRUNCH, SPRUNCH. L'on replace en place le gouvernail en sa haute cabine : PRUUNT ! Écoutille ! CLOP ! Et tourne, tourne l'immobile silence des yeux carrés, et? IMPLOSION !

Lire Nadja, c'est accepter de rencontrer en soi Crocodile, le quart d'heure d'un chat, les susurrements en flots de miel de notre folie. Nadja c'est l'histoire d'André Breton à la rencontre de cette femme trop irréel pour l'imagination et démesurément surréelle pour notre réalité.

Ami liseron, j'ai déjà trop parlé de Nadja. Nadja c'est le goût du sel à la première langue. Comment puis-je te donner le gout du sel ? Ouvre toi-même Nadja et goûte!

 

0 Commentaire (s)Réagir

Entreprises d'ici

EMPLOI

Evénement : salon des métiers, de l’emploi et des compétences

Le forum de l’emploi et de la formation change de nom : il s’agit à présent du salon des métiers, de l’emploi et des compétences. Organisé par Les nouvelles calédoniennes, le salon se tiendra le ...

Question santé

Valence Appercu
SANTÉ

Vacances au soleil : les seniors aussi doivent faire attention !

On s’imagine, souvent à tort, que les recommandations liées aux périodes de fortes chaleurs ou de canicule ne concernent que les enfants ou les personnes grabataires dans les maisons de retraite.

Expat Mag

Jean-Paul Demoule : les multiples facettes de l'archéologie

Jean-Paul Demoule est professeur émérite de protohistoire européenne à l’université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France.

Sur le même sujet