Lundi 30 novembre 2020

USA, les femmes noires plus exposées au risque de mortalité maternelle

Par Rachel Brunet | Publié le 10/06/2020 à 16:14 | Mis à jour le 10/06/2020 à 16:36
Femmes noires

En quelques jours, « Black Lives Matter » est devenu un slogan universel. S’il dénonce les violences policières et racistes, faut-il aussi se rappeler que les injustices raciales commencent, aux États-Unis, dès la vie intra-utérine. Chaque année, aux États-Unis, entre 700 et 1200 femmes meurent à la suite de complications liées à la grossesse ou lors de l'accouchement et, pas moins de 60 000 femmes enceintes souffrent de graves problèmes de santé. Les complications dues à la grossesse tuent trois à quatre fois plus les mères noires que les mères blanches non hispaniques, et les bébés nés de femmes noires meurent deux fois plus souvent.

 

Le marqueur « inégalité des chances »

Au pays de l’Oncle Sam, une fillette noire a plus de chances qu’une fillette blanche de grandir dans un appartement insalubre. En grandissant, elle aura moins de chances d’accéder à un niveau d'éducation égal à celui d’une fillette blanche, et elle recevra aussi moins de soins médicaux. Par ailleurs, 72 % des mères noires sont cheffes d’une famille monoparentale. Difficile de se payer une bonne assurance santé dans un pays où accoucher peut facilement coûter jusqu’à 10 000 dollars. D’autant plus qu’une femme noire gagne 62 centimes pendant qu’un homme blanc gagne 1 dollar.

Ainsi, s’en suit une réelle économie sur le suivi des soins de santé. Et cela se retrouve également au sein des services de conseils et de planification familiale. Les femmes afro-américaines sont donc plus enclin à moins recevoir de soins de santé, ou même un suivi médical régulier, ce qui contribue aux disparités raciales dans les facteurs de risque liés à la grossesse comme l'hypertension, l'anémie, le diabète, l'obésité, les maladies cardiaques, le VIH, le SIDA et le cancer. 

Les docteurs  Michael Lu, professeur agrégé d'obstétrique et de gynécologie, et le Docteur Neal Halfon, directeur fondateur du Centre pour les enfants, les familles et les communautés de l'UCLA  expliquent que « même en recevant des soins, les femmes noires sont moins prises au sérieux que les femmes blanches ». Preuve d’un racisme latent au sein même des hôpitaux. Les deux médecins qui se sont penchés sur ce phénomène de mortalité maternelle accrue chez les femmes afro-américaines mettent en avant des postulats politiquement peu corrects. En même temps, où est passé le politiquement correct aux États-Unis ?

Pour Michael Lu et Neal Halfon, ce racisme latent aux États-Unis, et notamment dans les zones rurales, est un facteur de ce phénomène de mortalité. Les femmes afro-américaines sont moins écoutées et moins entendues dans les hôpitaux et maternités. Face aux complications de la grossesse et de l’accouchement en lui-même, elles ne sont donc pas considérées de la même manière que les femmes blanches et meurent plus alors que dans la majorité des décès, les femmes afro-américaines pourraient être sauvées. Un drame sociétal tant effroyable qu’injuste.

 

La mortalité infantile inégale

Si les mères afro-américaines ont plus de chances de mourir en mettant leur enfant au monde que les femmes blanches, l’inégalité des chances de vie entre les bébés noirs et blancs est aussi malheureusement criante.

De 2005 à 2012, le taux de mortalité infantile chez les nourrissons noirs a baissé, passant de 14,3 à 11,6 pour 1 000 naissances avant de se stabiliser à 11,7 en 2015. Mais il reste deux fois plus élevé que chez les enfants blancs dont le taux «plafonne» à 4,8 pour 1 000 naissances de 2005 à 2015. En clair, un bébé né aux États-Unis est deux fois plus en danger dans une famille noire que dans une famille blanche. 

L’Association américaine de pédiatrie  explique ces chiffres par les difficultés d’accès aux soins des femmes noires. Ces dernières pèsent un poids relativement important dans la classe sociale la plus modeste, et leur faible accès aux soins est tout aussi important avant, pendant ou après la naissance de leur enfant. L’association des pédiatres souligne une autre disparité, un plus grand pourcentage de bébés prématurés chez les femmes noires. Le taux de naissance avant terme y est près de 50 % plus élevé que chez les femmes blanches. Un autre facteur alarmant qui engendre là, encore, une chance de mortalité supérieure chez les bébés noirs.

 

National Birth Equity

Selon les spécialistes, 60 % de ces morts, tant des mères que des nourrissons, pourraient être évitées. Sur l'ensemble du territoire américain , un « Birth Equity Movement » existe et rassemble des organisations telles que la National Birth Equity Collaborative ou encore Black mamas matter, pour œuvrer en faveur d'une justice reproductive. Composées d'universitaires, de membres du corps médical et de militantes communautaires, ces organisations ont mené différentes études et actions de terrain permettant de déterminer que des biais liés à la pauvreté, au racisme ainsi qu'aux inégalités sociales et économiques étaient des facteurs aggravants de la situation. 

Aux États-Unis, où les inégalités sociales se creusent depuis des décennies, le dessein d’égalité entre la population afro-américaine et la population blanche semble encore lointain, même en ce qui concerne la survie des mères et de leurs nourrissons.

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Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal.
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