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USA, les femmes noires plus exposées au risque de mortalité maternelle

Par Rachel Scharly | Publié le 18/06/2019 à 12:00 | Mis à jour le 18/06/2019 à 12:18
Mortalité maternelle USA

Chaque année, aux États-Unis, entre 700 et 1200 femmes meurent à la suite de complications liées à la grossesse ou lors de l'accouchement. Pas moins de 60 000 femmes enceintes souffrent de graves problèmes de santé. Les complications de la grossesse tuent trois à quatre fois plus les mères noires que les mères blanches non hispaniques, et les bébés nés de femmes noires meurent deux fois plus souvent. Pourquoi ?

 

Le marqueur « inégalité des chances »

Au pays de l’Oncle Sam, une fillette noire a plus de chances qu’une fillette blanche de grandir dans un appartement insalubre. En grandissant, elle aura moins de chances d’accéder à un niveau d'éducation égal à celui d’une fillette blanche, et elle recevra aussi moins de soins médicaux. Par ailleurs, 72 % des mères noires sont cheffes d’une famille monoparentale. Difficile de se payer une bonne assurance santé dans un pays où accoucher peut facilement coûter jusqu’à 10000 dollars. D’autant plus qu’une femme noire gagne 62 centimes pendant qu’un homme blanc gagne 1 dollar.

Ainsi, s’en suit une réelle économie sur le suivi des soins de santé. Et cela se retrouve également au sein des services de conseils et de planification familiale. Les femmes afro-américaines sont donc plus enclin à moins recevoir de soins de santé, ou même un suivi médical régulier, ce qui contribue aux disparités raciales dans les facteurs de risque liés à la grossesse comme l'hypertension, l'anémie, le diabète, l'obésité, les maladies cardiaques, le VIH, le SIDA et le cancer. 

Les docteurs  Michael Lu, professeur agrégé d'obstétrique et de gynécologie, et le Docteur Neal Halfon, directeur fondateur du Centre pour les enfants, les familles et les communautés de l'UCLA  expliquent que « même en recevant des soins, les femmes noires sont moins prises au sérieux que les femmes blanches ». Preuve d’un racisme latent au sein même des hôpitaux.

Les deux médecins qui se sont penchés sur ce phénomène de mortalité maternelle accrue chez les femmes afro-américaines mettent en avant des postulats politiquement peu corrects. 

En même temps, où est passé le politiquement correct aux États-Unis ?

Pour Michael Lu et Neal Halfon, ce racisme latent aux États-Unis, et notamment dans les zones rurales, est un facteur de ce phénomène de mortalité. Les femmes afro-américaines sont moins écoutées et moins entendues dans les hôpitaux et maternités. Face aux complications de la grossesse et de l’accouchement en lui-même, elles ne sont donc pas considérées de la même manière que les femmes blanches et meurent plus alors que dans la majorité des décès, les femmes afro-américaines pourraient être sauvées. Un drame sociétal effroyable.

 

La mortalité infantile inégale

Si les mères afro-américaines ont plus de chances de mourir en mettant leur enfant au monde que les femmes blanches, l’inégalité des chances de vie entre les bébés noirs et blancs est aussi malheureusement criante.

De 2005 à 2012, le taux de mortalité infantile chez les nourrissons noirs a baissé, passant de 14,3 à 11,6 pour 1 000 naissances avant de se stabiliser à 11,7 en 2015. Mais il reste deux fois plus élevé que chez les enfants blancs dont le taux «plafonne» à 4,8 pour 1 000 naissances de 2005 à 2015. En clair, un bébé né aux Etats-Unis est deux fois plus en danger dans une famille noire que dans une famille blanche. 

L’Association américaine de pédiatrie  explique ces chiffres par les difficultés d’accès aux soins des femmes noires. Ces dernières pèsent un poids relativement important dans la classe sociale la plus modeste, et leur faible accès aux soins est tout aussi important avant, pendant ou après la naissance de leur enfant. L’association des pédiatres souligne une autre disparité, un plus grand pourcentage de bébés prématurés chez les femmes noires. Le taux de naissance avant terme y est près de 50 % plus élevé que chez les femmes blanches. Un autre facteur alarmant qui engendre là, encore, une chance de mortalité supérieure chez les bébés noirs.

 

National Birth Equity

Selon les spécialistes, 60 % de ces morts, tant des mères que des nourrissons, pourraient être évitées. Sur l'ensemble du territoire américain , un « Birth Equity Movement » existe et rassemble des organisations telles que la National Birth Equity Collaborative ou encore Black mamas matter, pour œuvrer en faveur d'une justice reproductive. Composées d'universitaires, de membres du corps médical et de militantes communautaires, ces organisations ont mené différentes études et actions de terrain permettant de déterminer que des biais liés à la pauvreté, au racisme ainsi qu'aux inégalités sociales et économiques étaient des facteurs aggravants de la situation. 

 

Aux États-Unis, où les inégalités sociales se creusent depuis 40 ans, le dessein d’égalité entre la population afro-américaine et la population blanche semble très lointain, même en ce qui concerne la survie des mères et de leurs nourrissons.

Rachel Scharly

Rachel Scharly

Après avoir travaillé de nombreuses années dans la presse économique et spécialisée, Rachel Scharly est la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal
3 Commentaire (s)Réagir
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New York jeu 20/06/2019 - 19:23

Emcy... Le correcteur automatique joue souvent de vilains tours...

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New York jeu 20/06/2019 - 19:21

Merci Encyclopédie pour votre commentaire. L’idée de mettre en avant le salaire d’un homme blanc en comparaison avec celui d’une femme noire vient en appui du fait que 72 % des mères noires sont « cheffes de famille monoparentale ».

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Emcy mar 18/06/2019 - 16:00

Merci Rachel, c'est un article très intéressant... et triste. Cependant, je m'interroge sur la comparaison entre le salaire d'une femme noire avec celui d'un homme blanc ? N'aurait-il pas été plus judicieux, pour asseoir l'idée de racisme et lui donner plus de poids, de comparer femme noire / femme blanche ? Je connais encore peu le marché américain, mais femme blanche / homme blanc gagnent-ils exactement la même chose ici ? Or c'est un autre sujet (épineux) d'actualité.

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