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Martin Luther King, du rêve au cauchemar

Par Rachel Scharly | Publié le 18/01/2019 à 12:00 | Mis à jour le 18/01/2019 à 12:00
Photo : Unsplash - image de Martin Luther King
Martin Luther King

Martin Luther King n'a pas été toujours le héros aujourd'hui commémoré par un jour chômé et sculpté dans la pierre d'une statue monumentale au cœur de la capitale des États-Unis. On retient  de cet homme emblématique, son combat pour la justice, son célèbre discours « I have a dream » ou encore son prix Nobel, en 1964. Mais son sacre d’homme de paix, nous fait oublier qu’il était, dans les années 60, un personnage controversé qui agaçait jusque dans son propre camp.

 

Il s’était peu à peu imposé comme un personnage radical aux États-Unis, un bruyant adversaire de la politique étrangère américaine. Il réclamait la justice pour tous les pauvres aux États-Unis, et pas seulement les Afro-Américains, lesquels bien évidemment s’identifiaient à lui et comptaient sur lui. Mais son pacifisme avait fini par semer le trouble dans sa propre communauté. Son choix de la non-violence pour mener la lutte déplaisait aux jeunes Noirs impatients de voir du changement, et parfois d'en découdre. Pour eux, lutter n’était pas dans une logique pacifique, mais turbulente.

 

Malmené et harcelé par la police fédérale, Martin Luther King agaçait au niveau politique. Au-delà de son engagement et de sa bataille pour les droits civiques de la population Afro-Américaine, son opposition à la guerre était plus que mal venue, elle était inacceptable. N’oublions pas que les années 60 étaient marquées par l’engagement des États-Unis dans la guerre du Vietnam. Et bien que cette guerre ait divisé la population américaine, MLK s’était mis à dos tout l’appareil politique, mais aussi tout le mouvement des droits civiques, lorsqu’il avait publiquement condamné celle-ci.

« Je dirais que je suis opposé à la guerre du Vietnam parce que j'aime l'Amérique. Ce qui m'inspire n'est pas la colère, mais la crainte et le chagrin, et le profond désir de voir notre pays bien-aimé être un exemple moral pour le monde. Je m'oppose à cette guerre parce que je suis déçu de l'Amérique. Je suis déçu de constater notre incapacité à nous attaquer positivement et avec franchise aux trois maux que sont le racisme, l'exploitation économique et le militarisme. »

 

Quelques mois avant qu’il ne soit assassiné à Memphis, le 4 avril 1968 à l’âge de 39 ans, son rêve était devenu un véritable cauchemar. Il le répéta d’ailleurs plusieurs fois « le rêve que j'ai fait à Washington en 1963, s'est transformé en cauchemar. »

 

Il a levé les foules, et il a laissé un leg, mais aussi une image. Celle d’un visionnaire qui parlait d’égalité. Celle d’un pacifiste qui réclamait la paix. Celle d’un homme qui croyait que le racisme pouvait disparaître.

« Je fais le rêve que mes quatre enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés selon la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais ce rêve aujourd'hui. » disait-il le 28 août 1963 à Washington.

#blacklivesmatter

Mais est-ce qu’en 2019 nous vivons vraiment dans une nation où les enfants ne sont pas jugés sur leur couleur de peau ? Est-ce que, quand on inscrit son enfant à l’école publique new-yorkaise et que son « appartenance ethnique » est demandée, on peut vraiment croire que la couleur de peau n’a pas d’importance ? 

Pourquoi est-ce qu’en 2019, alors que la population «blanche» new-yorkaise s’installe sereinement et sans rougir, depuis des années, dans des quartiers historiques comme Harlem, la gentrification s’arrête-t-elle aux portes des écoles ? 

En attendant, ce 21 janvier, ces mêmes enfants, quelle que soit leur couleur de peau, célèbreront Matin Luther King, Jr Day. Certains n’y verront qu’une journée d’école buissonnière, d’autres - peut-être conscients du racisme grandissant et affirmé - seront plus sensibles à l’image et au message du révérend.

 

 

Rachel Scharly

Rachel Scharly

Expatriée à New York depuis 2012, Rachel Scharly est la Rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal
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