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Mort de Jacqueline Sauvage, symbole des violences conjugales

Par AFP | Publié le 29/07/2020 à 14:50 | Mis à jour le 29/07/2020 à 14:50

Jacqueline Sauvage, 72 ans, devenue pour beaucoup un symbole des violences conjugales après sa condamnation pour avoir tué son mari de trois balles dans le dos, est décédée un peu plus de trois ans après sa sortie de prison, en décembre 2016, à la faveur d'une grâce présidentielle.

Selon le quotidien La République du Centre, qui a révélé l'information, Mme Sauvage est décédée le 23 juillet à son domicile de La Selle-sur-le-Bied (Loiret), commune d'un millier d'habitants où s'est noué le drame conjugal.

Les cause du décès n'ont pas été révélées. Sylvie, l'une des filles de Jacqueline Sauvage, l'a confirmé par SMS à l'AFP, précisant que les obsèques avaient eu lieu mardi.

"Je suis extrêmement triste, je suis très choquée. Elle nous quitte jeune. L'ensemble de ces souffrances a participé à ce qu'elle nous quitte si tôt", a estimé l'une de ses avocates, Me Nathalie Tomasini.

"Jacqueline Sauvage, par son histoire, par son affaire, a participé à éveiller les consciences par rapport à l'existence de ces femmes qui se sont battues pendant des années dans le huis clos familial et dans l'omertà de la société", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"C'est le parcours d'une femme qui a souffert le martyre dans le huis clos familial mais aussi après, compte tenu de l'incompréhension des magistrats", a-t-elle ajouté.

En première instance comme en appel, Jacqueline Sauvage avait été condamnée aux assises à dix ans de réclusion pour avoir tué son mari de trois balles dans le dos.

Après quatre années derrière les barreaux, marquées par une vaste mobilisation en sa faveur, elle était sortie de prison à 69 ans suite à la décision de François Hollande de lui accorder une grâce totale. La décision de l'ancien président de la République avait soulevé de nombreuses critiques, notamment parmi les magistrats.

"Elle n'a pas beaucoup profité de sa tranquillité", a regretté Eva Darlan, la présidente de son comité de soutien.

"Elle a été le symbole de l'injustice et de la violence. Mais à quel prix pour elle et pour sa famille ? Qu'est-ce que ça a changé pour la société ? Rien", a confié l'actrice à l'AFP.

- "Je n'ai plus peur" -

Son histoire et son calvaire avaient pourtant beaucoup ému. Jacqueline Sauvage l'avait d'ailleurs raconté dans un livre, sorti en mars 2017, au titre évocateur: "Je voulais juste que ça s'arrête" (Fayard).

Elle y relatait ses 47 années de vie avec le père violent, jaloux, de ses quatre enfants. "Ma vie me semble un champ de ruines. Mes filles ont subi le pire, mon fils est mort. A quoi bon ?", écrivait-elle alors, regrettant n'avoir pas "su trouver les mots" lors de ses deux procès.

Dans le livre, elle estimait que les magistrats n'ont pas cherché à la comprendre et qu'ils ont mis en doute la parole de ses filles, qui avaient témoigné à charge contre leur père en expliquant avoir été violées et battues.

Symbole de la vive émotion suscitée par l'histoire de cette femme, un téléfilm, inspiré du livre, "Jacqueline Sauvage, c'était lui ou moi", avec Muriel Robin, avait réuni près de huit millions de téléspectateurs en 2018.

"Jacqueline était devenue le symbole du combat contre les violences conjugales", a réagi mercredi Muriel Robin, qui l'avait incarnée à l'écran.

"La souffrance de Jacqueline n'aura pas servi à rien. En revanche, la souffrance de beaucoup d'autres, plus de 300 par an, n'est pas entendue. Qui prendra le relais ?", a estimé l'actrice sur Europe 1. "On donne des milliards pour sauver l'économie de notre pays, comment ne trouve-t-on pas un milliard pour combattre les violences conjugales? (...) Il y a plein de Jacqueline Sauvage en France et dans le monde".

"Elle avait vécu sa grâce comme une justice, un soulagement, un cadeau, mais aussi comme l’injustice pour ceux qui ne l'ont pas cru", a continué l'actrice et humoriste. "Quand on s'appelait au téléphone, je lui demandais comment elle allait. Elle me répondait: +Je n'ai plus peur. C'est bien de se lever le matin et de ne pas avoir peur+".

mam-gd-may-gvy/mas/ach

1 Commentaire (s)Réagir
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KRISS jeu 30/07/2020 - 17:24

« .. dans l'omerta de la société" C'est qui ça, la" société" ?? Très joli euphémisme quand nos impôts paient d énormes budgets sociaux pour justement être informé et éviter de telles énormités ? On se demande vraiment alors qui devait passer en Assises ? Une pauvre femme qui subit durant tant d’années une telle sauvagerie domestique ou celles et ceux qui fonctionnaires professionnels sociaux diplômés payés pour ça n’ont rien vu, rien dit, rien compris ? Parfait exemple en la matière démontrant que tant que la fonction publique ne sera pas impliquée de sa plus haute hiérarchie jusqu’à ses agents exécutifs sur le terrain, personnellement, pécuniairement et pénalement on dénommera mielleusement cette omerta savonnette... « de la société »! Or n’est-elle tout simplement la responsabilité directe de ceux qui n'ont pas fait leurs boulots ! Il s’agit ici de cette institutionnelle omerta d'une fonction publique privilégiée, protégée, orgueilleuse, insouciante et inatteignable pénalement et non de « la société" entière, générale, virtuelle, NOUS cette conscience commune qui a bon dos ! Il y a doublement triplement quadruplement faute de « non assistance à personne en danger » quand c’est son boulot de fonctionnaire de le voir et que justement la « SOCIETE » vous paie pour ça et pas l'inverse! Qui va remettre les pendules de la Justice à l'heure ? En France fonctionnarisée, parisianisée , jacobinisé et aujourd’hui Duponmorétisé nous ne sommes donc pas sortis du Palais devenu salle des pas perdus! Tous nos responsables, du Ministre aux sous fifres empochent grassement d'un coté pour fermer les yeux et de l'autre on maintient la Société sous perfusion de COM pour la rendre aveugle! Plus aucune vision responsable nulle part et évidemment tout se passe dans la rue! "Alea jacta est"!

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