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RENCONTRE AVEC VINCENT PARTEL - Le dessinateur français nous raconte l'histoire du Québec à travers la BD "Legende d'un peuple"

Par Lepetitjournal Montreal | Publié le 10/12/2014 à 23:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Cette BD c'est l'histoire de la conquête du nouveau monde...
 
Dans la continuité des albums/livres, elle est née d'une volonté de dédiabolisation de l'histoire souvent considérée comme fade et poussiéreuse, pas franchement intéressante.

 

"Les gens ne se rendent pas assez compte de ce trésor, me dit Vincent, de ces héros... des gars et des femmes qui ont quitté la vieille Europe pour découvrir, défricher, rêver de faire fortune, espérer une meilleure vie, les grands espaces et la liberté. Les explorateurs, les pirates, les corsaires, les chercheurs d'or..."
 
Avec la curiosité, on fait tomber les murs!
 
"C'est quoi le nom de ta rue? Sais-tu qui est le personnage qui porte ce nom? Ce qu'il a fait? Quel mérite il a? Ca part de là..."

De quoi parle exactement ce premier volume?
 
"Dans cette bande dessinée, on parle de la première habitante à l'année en terre nord-américaine, Marie Rollet, la mère de bon nombre de québécois.
 
Il y a Pierre Lemoyne d'Iberville, un corsaire qui combattit sans relâche l'Angleterre.
 
Louis-Joseph Papineau, qui travailla ardemment pour l'indépendance.
 
Louis Riel et Gabriel Dumont, qui défendirent les droits des Métis.
 
Emilie Fortin, première femme blanche à accompagner son mari et à traverser les montagnes du Yukon pour trouver l'or et s'y installer.

On finit ce livre avec un conte philosophique autochtone sur la chasse, le destin et la survie d'un peuple."
 
Et historiquement, les auteurs ont tenu à ce que tout se tienne. Ils fournissent d'ailleurs au fil des pages, des notes multimédia qui renvoient aux sources utilisées pour la confection du livre.
 
Avec les chanson d'Alexandre, cinquante personnages ont déjà été chantés, creusés, étudiés. Mais il a fallu faire un tri bien entendu. La volonté de parler d'un tel et pas d'un autre tient à la renommée du personnage, les actions qu'il a accomplies, le rayonnement dont il bénéficie ou au contraire, celui qu'il lui manque... "par exemple Marie, Gabriel et Emilie sont inconnus des Québecois. Mais leur rôle est crucial dans l'Histoire..."
 


"Aucune avance, j'ai travaillé au pain et à l'eau."
 
C'est sans savoir que la prestigieuse maison d'édition du Septentrion les prendrait sous son aile (plutôt spécialisée dans l'édition de livres d'Histoire pour universitaires), que Gilles et Vincent se sont lancés dans l'aventure. Ils étaient prêts à s'auto-éditer, comme le sont d'ailleurs les productions d'Alexandre (livres, disques, tournées).
 
Le lectorat moyen au Québec est inférieur qu'en Europe, me confie Vincent. L'optique de rentabilité n'a donc pas été le moteur à l'origine de la démarche.
 
Les éditeurs sont financés par le provincial et le fédéral, ils ne prennent donc aucun risque à publier un ouvrage, que celui-ci marche ou non. Vincent s'est mis au travail sachant qu'il ne toucherait qu'un pourcentage sur les ventes effectives... hypothétiques.
 


"Je ne pouvais rêver mieux pour une bonne visibilité."
 
Gilles Laporte est professeur à l'UQAM (université de Montréal), en plus d'être président du MNQ (mouvement national des québécoises et québécois). Alexandre Belliard, grâce à l'office pour la francophonie, parcourt l'Amérique pour ses tours de chant. Des grands noms de la chanson québécoise reprennent ses titres sur un album... la visibilité semble en effet assurée.
Louis-Joseph Papineau, avec en arrière plan son avis de recherche original, 1837. Dessin Vincent Partel.
Personne ne sait et ne peut prédire, à ce jour, s'il y aura d'autres volumes ni combien il y en aura. Comme dans toute "entreprise" commerciale, tout va dépendre des ventes du premier tome. C'est aussi pour cela que j'écris cet article, en dépit de sa portée limitée. Tant que je peux faire connaître des initiatives qui défendent mon idéal d'une culture simple et partagée, je ne me lève pas pour rien le matin.
 
Je voulais juste tirer mon chapeau à des êtres qui ont fait ce qu'ils croyaient juste de faire, sans se soucier de savoir s'ils allaient au passage pouvoir s'en payer une bonne tranche. J'espère qu'ils le pourront d'ailleurs.
 
J'apprécie l'honnêteté de Vincent Partel, quand il me dit qu'il aurait eu l'occasion de collaborer pour un projet dans le genre trilogie de Pagnol, mais à la bretonne. Qu'il me dit que cela aurait été payant mais qu'il aurait fallu dénaturer l'œuvre originale pour y inclure des ninjas s'entretuant dans une scène finale sanglante. J'aime cette sincérité dans ses mots : "j'ai l'orgueil de ne vouloir m'investir que dans les choses que j'aime".
 
Moi? Plutôt Corto Maltese
 
Quand je lui demande qui il aurait voulu être dans cette grande épopée, c'est ce qu'il me répond. Un Corto Maltese, ami ou inconnu, qui serait là pour aider au combat. Il ne veut pas prendre la place d'un autre, mais côtoyer par exemple Montcalm, qui est né près de chez lui, en France.
 
Niveau projets, Vincent ne Chôme pas. Il s'est remis à son roman graphique en noir et blanc sur la Corriveau.
En plus de cela, il s'est lancé le défi non seulement d'adapter le roman "Jonathan Livingstone le Goéland" de Richard Bach, mais en plus d'en dessiner une planche par semaine, qu'il présente tous les cinq ou six jours (et qu'on attend) sur sa page Facebook.
 
Cela fait presque dix ans que Vincent Partel vit au Québec. Il a vu passer les élections fédérales et provinciales, a appris l'histoire et ce qui le liait, en tant que français, à la Belle-Province. Désormais il ne peut pas ne pas veiller à l'intégrité de la francophonie au Québec. "Il y a les faits et l'idéologie. On a perdu la guerre, le Québec parle français et on ne pense pas pareil ici que dans le reste du Canada anglais. C'est un combat de tous les jours[...] la langue c'est au même niveau que le droit des femmes ou celui des autochtones, si tu baisses la garde, tu prends une gifle. Je crois que l'idéologie anglaise est toujours impérialiste. Pour moi, c'est un presque paradis qu'il faut protéger. Pour rester soudés, il faut préserver les racines, c'est-à-dire la culture, la langue. La Nouvelle France a perdu dans une bataille qui a duré quinze minutes mais elle survit depuis plus de 250 ans... "
 
Alors voilà, je laisse Vincent Partel à ses dessins, Gilles Laporte à ses écrits et Alexandre Belliard à ses chansons.
A eux trois ils représentent tout de même plus que trois personnes lancées sur les rails de leurs vies professionnelles respectives. Ils sont non seulement l'expression d'un certain Québec fier de sa culture et soucieux de la préserver, mais ils sont avant tout des humains qui jugent plus important de transmettre cette culture que de faire la guerre pour la conserver.
 
Et puis, grâce à eux, je sais au moins qui a donné le nom à ma rue, ce qu'il a fait et quel mérite il a ...


 
Thierry Guenez pour (Lepetitjournal.com/Montréal) Jeudi 11 décembre 2014
 
 

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