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LIBERTE DE LA PRESSE - Tous égaux face à l'information ?

Par Lepetitjournal Montreal | Publié le 08/05/2015 à 09:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Concept pluriel, complexe et pouvant se décliner sous une panoplie de différents aspects et en particulier en ce qui attrait aux médias, la liberté d’expression alimente de nombreux débats explosifs dans les pays occidentaux. Les attentas terroristes de ces derniers mois, ayant conduit plusieurs pays à adopter de nouvelles lois renforçant le renseignement, remettent sans cesse cette question au cœur de l’actualité.

 

UNE LOI HYPOCRITE

Depuis plusieurs années, des journalistes, fervents défenseurs du libre accès à la presse et des droits fondamentaux, publient un rapport sur son efficience au Canada. Leur dernier compte-rendu, traitant de l’actualité, notamment de la liberté de la presse, de l’année 2014, est accablant et nous a conduit à nous questionner sur ce que les canadiens considèrent comme étant un droit fondamental. Grâce à quelques chiffres synthétiques ils exposent l’inexactitude du postulat attestant d’une indépendance totale entre la presse et le pouvoir politique. Ils débutent leur rapport en déclarant qu’il y a déjà 32 ans, le Canada adoptait une loi assurant une indépendance de la presse par rapport à toute influence politique et garantissant un libre accès à l’information. Elle n’aurait néanmoins jamais été amandée depuis. Ceci laisserait donc penser qu’aucune modification ne doit y être apportée. 

Mais qu’est-ce qu’une loi écrite si elle n’est pas systématiquement respectée?  L’existence d’une neutralité médiatique frôle l’impossible certes, mais les plus grandes démocraties nord-américaines et européennes, qui ne cessent de crier haut et fort qu’ils comptent le respect de la liberté d’expression parmi leurs impératifs absolus, font preuve d’une grande hypocrisie. 

Chaque organe de presse choisit minutieusement chacun des sujets qu’il traite. Il existe ainsi une subjectivité notoire dans le simple fait de choisir un sujet et il s’avère que certains sujets sont souvent absents, ou très vite mentionnés, malgré leur importance notable. Doivent ici être questionnées les raisons de ces omissions répétitives. La presse est l’esclave de l’audimat, de la recherche de l’audience à tout prix. Peut-être que ce sont les lecteurs qui mettent au second plan des informations plus graves au profit d’information plus accrocheuses, mais parfois plus superficielles. 

L’histoire du journaliste américain Tom MacMaster démontre la médiocrité et l’absurdité des informations les plus bankables. En se faisant passer pour une jeune révolutionnaire lesbienne syrienne sur un blog, il a réussi à mobiliser le monde entier, réuni pour retrouver la jeune femme, soi-disant kidnappée. Au début, le blog mettait au premier plan le quotidien d’une lesbienne en plein conflit syrien, dépeignant à travers sa plume, les nombreux problèmes politiques présents. A la suite de son enlèvement et au vue de la popularité de son blog, le monde entier riva ses yeux sur elle. Prenant une ampleur colossale, la révélation de la supercherie d’un profil entièrement créé par un américain en mal de lecteurs relevait un problème double. D’une part, la crédulité des médias et l’absence de déontologie** et d’autres part la focalisation sur un élément de l’actualité. Amina faisait oublier au monde entier l’existence même des exactions commises sur d’autres lesbiennes, d’autres citoyens, d’autres blogueurs et résistants. 

 

UNE REPRESENTATION INEGALE DANS LA PRESSE OCCIDENTALE

Concernant ces lacunes dans la presse, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Au Canada par exemple, combien de journaux s’interrogent sur la condition des autochtones au Canada ? Une fois que l’on sait que les taux de suicide sont 5 fois plus élevés chez les populations amérindiennes et que les femmes subissent toujours de très lourds sévices, il est tout naturel de s’interroger sur l’égalité face à la représentation médiatique et le libre accès à l’information. 

 

Bien sûr, ceci n’est pas si simple et les problèmes d’intégration (inversée), ainsi que les difficultés dues à la reproduction sociale sont au cœur du problème. Les Amérindiens sont certainement sous-représentés médiatiquement parce qu’ils sont très peu présents dans ce type de profession, c’est vrai. Cependant, le gouvernement canadien ne semble pas mettre assez de temps et d’argent pour en finir avec ce qui s’apparente à l’abandon de toute une population. Pour donner un exemple, le gouvernement canadien a envoyé 9 millions de dollars pour permettre aux populations de pays dictatoriaux, comme l’Iran, de partager plus d’information. Sachant que cela représente 2% du budget consacré à l’amélioration de l’éducation des Premières nations, on se demande où se trouvent ses priorités ? Une forte conviction, ou l’amélioration de leur réputation à l’internationale ressemblant à une volonté d’agrandir leur soft power ?

Les Canadiens, et les Nord-Américains de manière plus générale, faisant souvent de virulentes critiques à l’encontre de la France en ce qui concerne leur rigidité face à la laïcité, qui d’après eux irait à l’encontre de la liberté d’expression, feraient parfois mieux de balayer devant leur porte.

Les français ne sont néanmoins pas plus exemplaires quant à leur rapport aux médias. Le nombre d’articles et chroniques parus au sujet des attentats perpétrés en Janvier 2015 à Paris ne correspond en aucun cas à la couverture médiatique qu’ont pu bénéficier les centaines de victimes de l’attaque contre l’université kényane en Avril dernier, ou encore les milliers de morts que provoquent chaque année, les naufrages de bateaux de réfugiés tentant illégalement d’attendre la côte italienne.

 

A NOUS MEDIAS

Ceci est un message pour tous les organes de presse. La loi d’accès à l’information ne signifie rien si la recherche de l’audimat prend le dessus sur l ‘objectivité journalistique, qui doit être un objectif absolu pour chacun d’entre eux. Cette objectivité peut passer par une recherche de neutralité dans l’analyse mais aussi et surtout dans le choix des sujets traités. Tout sujet devrait trouver une place proportionnelle à son importance dans la diffusion de l’information.

 

Apolline Lesueur et Sébastien Vergne (www.lepetitjournal.com/montreal) vendredi 8 mai 2015

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