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LAURENT MARIE - "En apnée, il faut être à l'écoute de son corps et de son esprit"

Par Lepetitjournal Montreal | Publié le 28/04/2016 à 10:52 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Pompier brestois de 35 ans, Laurent Marie est parti plonger en apnée sous la banquise du Nunavut en février 2016. Une expérience époustouflante qu’il raconte à lepetitjournal.com.

Quand il était petit, Laurent Marie naviguait sur l’océan grâce à son matelas pneumatique. "Ma mère me déterminait un périmètre pour trouver des trésors sous-marins… mais j’avais envie d’aller un peu plus loin, d’observer !", confie le natif de Saint-Malo. Qui aurait cru que quelques années plus tard, il irait du Groenland au Nunavut, pour plonger sous la banquise ?

À cet instant précis, sous l’eau polaire, il est "complètement admiratif et ébloui par les couleurs, les formes et la transparence de l’eau". Près de lui, un iceberg bouge alors qu’il est emprisonné par 80 cm d’épaisseur de glace… Il vit l’un de ses rêves. Ce n’est pas la peur qui prédomine, "c’est un instant de liberté, un bonheur" à 30 mètres de profondeur.

Du feu à la glace

Pompier professionnel à Brest depuis dix ans, Laurent Marie est habitué à affronter les températures extrêmes grâce à un entraînement quotidien. À côté, il pratique le triathlon et réalise des courses de type Iron Man (3,8 km de natation, 180,2 km de cyclisme et un marathon soit 42,195 km de course à pied).

L’apnée est sa passion depuis aussi longtemps qu’il s’en souvient. Il est même devenu entraîneur fédéral 2e niveau. "Ce que j’aime c’est la simplicité, la sensation de liberté, le côté sportif, explique-t-il. Il faut être à l’écoute de son corps, de son esprit, de sa tête pour pouvoir s’immerger."

Ensuite, tout est une question d’équipement : une combinaison de 7cm, des moufles, une cagoule, un masque, des palmes. Seule une toute petite portion de son visage est au contact direct de l’eau à -1,8°C. La température extérieure, elle, vacille entre -25°C et -40°C.

Une association pour défendre la vie marine

Grâce à L’Âme Bleue, son association créée fin 2012, Laurent Marie a déjà pu réaliser trois expéditions vers les Pôles. En apnée, sans matériel contraignant et lourd, il peut approcher plus facilement les animaux marins, comme les baleines à bosse ou franche boréale, les phoques et les manchots en Antarctique. Au Pôle Nord, les rencontres avec la faune se font plus rares parce que chassée, elle est plus craintive.

Mais ce qui a le plus marqué l’apnéiste pendant son expédition au Nunavut en février 2016, c’est l’initiation des enfants Inuits à la plongée. Les Inuits sont effrayés par l’eau à cause de leurs légendes et ne savent pas nager. Pourtant, leur curiosité a prédominé sur leur peur et leur culture.

Laurent Marie au Nunavut avec les enfants Inuits (crédit photo : L'Âme Bleue)

"Les enfants vous font voir l’immersion différemment", dit Laurent Marie encore touché. Il se souvient de la petite Samantha, capable d’analyser tout ce qui se passait sous l’eau, du plancton à la bulle emprisonnée par la glace qui remontait à la surface.

Des expéditions éducatives et scientifiques

L’association a sorti en décembre 2015 un livre pour les 3-10 ans, Un monde de glace. Elle a réalisé plusieurs documentaires sur ses expéditions. Un sur le Nunavut est à venir.

"Un des piliers de notre association, c’est de partager", résume Laurent Marie. En partenariat avec une dizaine d’écoles en France, ces voyages permettent de sensibiliser les enfants, grâce à des conférences. Mais le but est aussi de "leur montrer que ces rêves sont accessibles".

Pour autant, le pompier reste humble : "Je n’ai pas la prétention de faire changer les choses. J’ai la chance de monter ces projets, d’aller dans ces endroits, je suis investi d’une mission d’expliquer et de partager." Pour lui, les enfants sont peut-être les défenseurs de demain, mais cela ne lui appartient pas.

Iceberg en Arctique (crédit photo : L'Âme Bleue)

L’Âme Bleue contribue aussi à la recherche. Formée par des professionnels, elle fait de la science participative en prélevant l’ADN du plancton en Antarctique pour l’Océanoplis de Brest et Plancton du monde, et au Nunavut pour la station biologique de Roscoff.

Une aventure humaine

Avec les Inuits, Laurent Marie et son équipe ont "partagé quelque chose de fort sans se connaître". Pour lui, chaque expédition est fabuleuse parce que "c’est une ouverture au monde, aux gens".

Le président de L’Âme Bleue est en train de constituer une nouvelle équipe avec notamment une spécialiste des cétacés et une équipe audiovisuelle pour continuer de développer des projets.

Il cherche aussi de nouveaux partenaires pour acheter un voilier. L’objectif : "partir plus vite et plus loin !" et surtout, pouvoir accueillir des personnes extérieures à l’association pour partager leurs aventures.

Kim Chaze (www.lepetitjournal.com/montreal) mercredi 27 avril 2016

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