

Depuis l'expropriation et la nationalisation des ressources pétrolières mexicaines par le présidente Lazaro Cardenas en 1938, la compagnie nationale PEMEX est devenue le symbole d'une richesse collective, d'une fierté nationale à laquelle personne n'a osé s'attaquer de manière frontale. Le caractère étatique inviolable de cette entreprise d'État pourrait toutefois arriver à sa fin dans les prochains mois avec l'arrivée du nouveau gouvernement
PEMEX : une immense source de revenus
L'expropriation des ressources pétrolières par le gouvernement mexicain en 1938 fut sans aucun doute une décision avant-gardiste et très bénéfique pour la modernisation et la croissance d'une économie mexicaine solide et autonome. Actuellement, Pemex représente encore l'une des principales sources de revenu pour l'État mexicain et donc un des piliers de l'économie. L'emprise étatique sur les ressources pétrolières permet l'autonomie énergétique, l'assurance de revenus stables ainsi que de bas prix pour les citoyens en ce qui concerne les produits dérivés du pétrole. L'anniversaire de la nationalisation de ces ressources est célébré à chaque année et l'entreprise constitue une icône que les mexicains défendent farouchement. Malgré la vague de privatisations des années 80 et 90, PEMEX est resté un sujet tabou et sa restructuration ou privatisation son des options considérées comme inconcevables par une proportion importante de la population. Toutefois, le prochain retour du PRI au poste présidentiel s'accompagnera de réformes énergétiques déjà annoncées depuis quelques mois. Le vieux parti, promet de sérieux changements, sans toutefois préciser ce qu'ils planifient, détail qui fait malheureusement, après l'adoption de la récente loi du travail, craindre le pire. Analysons deux scénarios possibles.
L'ouverture à l'investissement privé : le modèle Petrobras
Durant les derniers mois, le prochain président mexicain, Enrique Peña Nieto s'est entretenu avec plusieurs chefs d'États européens et américains, auxquels il a réitéré sa volonté de mettre en place de profondes restructurations énergétiques au Mexique. Le caractère confus et changeant des déclarations de Enrique Peña Nieto au sujet de Pemex rendent compliquée l'analyse des plans priiste en la matière. Cette confusion probablement souhaité manifeste la volonté du prochain gouvernement d'éviter les réactions sociales, tout en annonçant graduellement aux grandes corporations internationales la vente d'une partie ou de la totalité du joyau de la couronne mexicaine. Lors de sa visite au Brésil et de sa rencontre avec la présidente Dilma Roussef, Peña Nieto a dit vouloir s'inspirer de Petrobras et de son ouverture à l'investissement privé, tout en assurant la main-mise de l'État sur le contrôle de la compagnie. Cette possible ouverture aurait comme objectif l'entrée massive de capitaux initiaux afin de stimuler l'exploration et la modernisation de certains secteurs de l'entreprise. Toutefois, à long-terme, cette diminution du contrôle de l'État sur l'entreprise pourrait amener à une sévère diminution des bénéfices pour le gouvernement et à de juteuses marges de profits pour les nouveaux actionnaires, lesquels pourraient très probablement être les mêmes individus qui contrôlent déjà la quasi totalité de l'économie nationale.
La privatisation : dernière étape de la continuation du plan néolibéral ?
La privatisation totale de l'entreprise, même si elle n'a jamais encore été évoquée par le prochain gouvernement, reste une possibilité. En effet, le discours se basant sur l'inefficacité de l'entreprise d'État vise à légitimer sa vente au secteur privé, tout comme cela fut fait par les deux derniers présidents priistes, Salinas de Gortari et Zedillo, lesquels ont en quelques années offert au privé des centaines de compagnies mexicaines, au détriment de la population et des intérêts de la nation. La présence de quelques sinistres personnages priistes des années 80 et 90 dans le cercle rapproché du prochain président laisse entrevoir une possible continuation des grands plans néolibéraux de cette époque et donc une éventuelle vente de Pemex aux plus offrants. Selon le coordinateur Priiste de la chambre des députés, Fabio Beltrones, les discussions sur les réformes énergétiques débuteront en janvier 2013. Il faudra donc attendre encore un peu avant de découvrir ce que nous réserve le PRI. Toutefois, il est possible d'affirmer que la population mexicaine risque de défendre à corps et âme l'un des derniers bastions nationaux de ce pays qui chaque jour subit les attaques des grands pouvoirs corrompus avides de richesse et de gains.
Adam CHARLEBOIS (www.lepetitjournal.com/Mexico) mercredi 21 novembre 2012







