QUÉBEC-MEXIQUE – "La culture est notre porte d'entrée", Mme Christiane Pelchat, Déléguée Générale du Québec au Mexique

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 20/03/2014 à 23:42 | Mis à jour le 24/03/2014 à 05:42

 

Le Québec est l'invité d'honneur du Festival international de cinéma de Guadalajara qui démarre ce vendredi 21 mars. Une soixantaine de films québécois vont y être projetés. L'occasion d'un entretien avec la Déléguée Générale du Québec au Mexique, Mme Christiane Pelchat, qui revient pour Le Petit Journal sur l'importance de miser sur la culture, sur les échanges économiques, sur le problème des visas...

Christiane Pelchat, Déléguée Générale du Québec au Mexique. (Photo Tristan Delamotte)

Lepetitjournal.com/mexico - En quoi c'est important pour le Québec d'être l'invité d'honneur du plus grand festival de cinéma d'Amérique latine ?

Mme Christiane Pelchat - Pour nous c'est fondamental pour la diffusion de nos films. Le Québec c'est 8 millions d'habitants dans une mer anglophone avec le reste du Canada et les Etats-Unis. C'est donc important pour la diffusion de notre cinéma, et par le truchement de notre cinéma de la diffusion de notre identité propre, la seule société majoritairement francophone en Amérique du Nord. L'Etat québécois se doit de promouvoir sa culture par des financements. C'est aussi très important pour la promotion du Québec comme tel. C'est une fenêtre extraordinaire. Quand les gens sont touchés par notre cinéma, après c'est sûr que c'est plus facile de faire venir des entreprises. Tout est lié.

La diplomatie culturelle est aussi importante que la diplomatie économique pour le Québec ?

Sinon plus. C'est notre porte d'entrée. Si nous avons une Délégation Générale au Mexique c'est parce que nous avons de nombreux échanges économiques. La diplomatie économique maintenant c'est la norme. Mais les premiers échanges que le Québec a eus avec le Mexique ce sont des échanges culturels dans les années 1970. De nombreux artistes sont venus ici. Nous avons mis beaucoup d'argent dans le Festival culturel de Mayo il y a deux ans, dans le Festival de cinéma de Guadalajara cette année, avant cela le Québec avait été l'invité d'honneur du Cervantino... La culture est une compétence provinciale, donc cela ne relève pas de l'ambassade du Canada.

Que représente le secteur de la culture au Québec ?

Notre production culturelle est un secteur important pour notre économie. Elle représente 2.7% du PIB. Nous produisons environ 27 films par an et cela représente près de 14.000 emplois. Le Québec est un exemple en ce sens, c'est payant d'investir dans la culture.

C'est rare d'entendre ce discours...

Oui, mais il faut le dire. Nous encourageons la création et aussi l'industrie culturelle, du disque, du cinéma, du livre... C'est très appuyé par l'Etat. Cela crée des emplois, ce sont des gens qui paient des impôts, qui investissent, qui dépensent. Ce n'est pas seulement le secteur manufacturier qui peut faire vivre un Etat. Le Québec investit aussi presque 2.5% de son PIB en recherche et développement, ce qui est beaucoup plus que tout le Canada. Nous sommes dans les sept sociétés au monde qui investissent le plus dans ce domaine.

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Le film Gabrielle, de Louise Archambault. (Photo DR) Le film Vic + Flo ont vu un ours, de Denis Côté. (Photo DR)


Une soixantaine de films vont être présentés lors du Festival de cinéma de Guadalajara. Cela représente un bon panorama
du cinéma québécois ?

Oui. C'est une participation très importante. Le film d'ouverture sera Gabrielle, un beau film de Louise Archambault. Quatre films sont aussi en compétition pour le Prix Maguey dont Tom à la ferme et Sarah préfère la course. Il y aura également des courts-métrages, des films d'animation, des documentaires... Il faut savoir que 80% des films canadiens nominés aux Oscars sont des films québécois. Notre production cinématographique est très riche et très prisée sur le plan international.

Une rétrospective des films de Denis Côté, figure du renouveau du cinéma québécois, est également prévue. En quoi consiste cette Nouvelle Vague comme l'appellent certains ?

Je ne sais pas si on peut parler de Nouvelle Vague. Je trouve que le cinéma québécois se renouvelle tous les ans. C'est un cinéma très créatif, très riche, qui va des films d'auteur aux films plus commerciaux. Nous avons de jeunes réalisateurs qui donnent un nouveau souffle et il y a de plus en plus de femmes. Ce sont des gens qui osent beaucoup : Denis Côté, Xavier Dolan, Louise Archambault, Chloé Robichaud, Manon Briand... Le cinéma québécois est bien vivant. C'est de l'espoir pour moi. Jean-Marc Vallée, qui a réalisé Dallas Buyers Club, le film dans lequel Matthew McConaughey a remporté l'Oscar du meilleur acteur, est québécois. Denis Villeneuve qui a réalisé PrisonersIncendies... Et puis Denys Arcand aussi, un peu plus âgé, et dont la conjointe Denise Robert, qui est productrice, sera la présidente du jury du Festival de Guadalajara.

J'ai également suggéré qu'il y ait une fenêtre "Femmes cinéastes". Dans le cadre de notre groupe de travail Québec-Mexico nous avons fait une entente entre l'association de femmes cinéastes du Québec, Réalisatrices équitables, et l'association Mujeres en el Cine y la Televisión qui a un festival de films de femmes ici au Mexique. Il y aura un échange public entre les réalisatrices québécoises et mexicaines. Des films réalisés par des femmes seront évidemment aussi projetés. Comme c'est le plus grand festival de cinéma d'Amérique latine, cela va leur donner une visibilité. J'en suis particulièrement fière.

Quels sont les liens économiques entre le Québec et le Mexique ?

Le Mexique, premier partenaire
du Québec en Amérique latine

Exportations de biens (2012) :
973 millions de dollars, soit 1.5% des exportations totales (multipliées par 8 depuis l'entrée en vigueur de l'ALENA).

Importations de biens (2012) :
3 834 milliards de dollars, soit 4.5%
des importations totales.

Nos échanges économiques avec le Mexique, du fait de l'ALENA, sont très importants. Nous sommes sans doute l'une des provinces les plus actives ici sur le plan économique. Le Mexique est l'un de nos cinq marchés prioritaires dans le monde et notre premier partenaire en Amérique latine. C'est un marché de proximité à développer. En mai, le COMCE (Consejo empresarial mexicano de comercio exterior, inversión y technología) organise les MexDay, des journées Mexique à Montréal, en collaboration avec la Délégation.

Le Québec a une entente de coopération avec le gouvernement fédéral mexicain depuis 1982. Nous avons également une entente de coopération avec les Etats de Guanajuato, de Nuevo León et de Jalisco. Nos liens avec Jalisco, qui est un Etat très dynamique, sont très forts. Le Secrétaire de l'Innovation, de la Science et de la Technologie de l'Etat de Jalisco, Jaime Reyes Robles, était d'ailleurs récemment en visite au Québec pour consolider cette coopération.

Quels secteurs sont concernés par les échanges économiques entre le Québec et le Mexique ?

Le secteur de la plasturgie. Sept entreprises du Québec seront présentes du 24 au 28 mars dans le cadre de la Foire Expo Plasticos de Guadalajara. La plasturgie est un élément important de notre économie. Plusieurs milliers d'emplois sont créés dans ce domaine. Nos entreprises en plasturgie sont très orientées vers l'industrie automobile mexicaine. Nous sommes d'ailleurs les plus gros acheteurs de voitures beetle fabriquées par Volkswagen au Mexique.

Le secteur aéronautique est également concerné. Bombardier est la première entreprise en aéronautique qui s'est installée au Mexique, à Querétaro. Il y a 40 000 personnes qui travaillent dans tout le secteur aérospatial au Québec et Bombardier en emploie environ 16 000. Il y a aussi le secteur des technologies de l'information, des jeux vidéos avec Ubisoft qui emploie 10 000 personnes au Québec. Et le secteur agricole, tout ce qui concerne la machinerie agricole.

Christiane_PelchatEn juin 2013, la Première ministre du Québec, Mme Pauline Marois,
était en visite officielle au Mexique. C'est un message fort ?

Mme Marois a eu un entretien de 45 minutes avec le président Enrique Peña Nieto, c'est une nouveauté. Elle est venue dans le cadre de cette entente bilatérale pour réitérer, renforcer nos relations. Le secteur économique est important, mais ceux de la culture et de l'éducation sont aussi des secteurs prioritaires pour les gouvernements du Mexique et du Québec. Nous travaillons notamment beaucoup avec le CONACYT (Consejo nacional de ciencia y tecnología). Nous avons des projets de recherche cogérés entre le CONACYT et des universités comme celles de Montréal, Laval... Tous les ans, une centaine de boursiers mexicains viennent étudier au Québec. Beaucoup d'autres étudiants viennent sans bourse aussi.

Nous avons également une entente avec CONACULTA (Consejo nacional para la cultura y las artes) sur des résidences : quatre résidences québécoises ici et quatre mexicaines au Québec tous les ans. De nombreux artistes québécois tournent au Mexique  : le Cirque du soleil, Les 7 doigts de la main qui se produisent tous les étés jusqu'en 2017, le violoncelliste Stéphane Tétreault invité du Festival Centro Histórico de Mexico... 300 000 touristes québécois visitent aussi tous les ans le Mexique, surtout Cancún, la Riviera Maya, Puerto Vallarta, Manzanillo, Huatulco....

(Photo Tristan Delamotte)


Le gouvernement canadien a imposé en 2009 
des visas obligatoires pour les Mexicains, ce qui a généré une polémique.

C'est un frein. Cela nuit beaucoup au secteur du tourisme qui a subi une baisse de plus de 60% ("Soit une perte en termes de retombées économiques annuelles de près de 60 millions de dollars pour le Québec", selon un communiqué émis par le gouvernement du Québec après la visite du Premier ministre canadien Stephen Harper au Mexique en février, NDLR). Nous sommes passés de 89.400 touristes mexicains en 2008 à 32 700 en 2011. En 2009 c'était tombé à 18 000. Nous faisons pression sur le gouvernement fédéral pour qu'ils enlèvent cette mesure. L'une des raisons à l'instauration de ces visas est qu'il y a eu de nombreuses personnes qui ont demandé le statut de réfugié politique. Mais nous avons l'impression qu'ils ont pris un canon pour tuer une mouche. Le problème aurait pu être réglé autrement. C'est un peu curieux qu'un partenaire de l'ALENA impose des visas. Les Etats-Unis le font, mais pour le Canada, c'est nouveau depuis 2009. Alors qu'on veut favoriser les échanges, qu'il existe la libre circulation des biens, on met un frein à la circulation des personnes. C'est contradictoire. Cela nous pose problème au Québec.

Plus d'informations sur le Festival international de cinéma de Guadalajara ici.

Tristan Delamotte (Lepetitjournal.com/mexico) Vendredi 21 mars 2014

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