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CHEZ NOS VOISINS – Argentine: Bienvenue au pays du soja

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 15/06/2010 à 00:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 15:16

Le soja fait régulièrement la Une des journaux argentins. Plus de la moitié des terres cultivées, une récolte record de 52 Mt, un secteur pesant US$19 milliards? Comment le soja a-t-il conquis l'Argentine? Entre autre par l'envol du biodiesel, alternative "verte" au carburant pour moteur diesel, produit, en Argentine, à partir du soja (ailleurs, du colza). Rencontre avec Fernando Peláez, président de la Cámara Argentina de Biocombustibles (Carbio)

 

(Photo : Barbara Vignaux)

En 2007, l'Argentine ne produisait quasiment pas de biodiesel. En 2009, elle en a produit 1,2 million de tonnes (Mt) et est devenue le premier exportateur mondial de biodiesel. Comment expliquer un développement aussi rapide?
Il existait déjà un fort potentiel de développement, car l'Argentine bénéficie de nombreux avantages comparatifs. D'abord, elle est déjà le plus grand exportateur mondial d'huile de soja (avec une production de 5 à 7 Mt/an). Or une manière simple d'ajouter de la valeur à ce soja, c'est de le transformer pour en faire du biodiesel.
Ensuite, l'Argentine est ultra concurrentielle pour la production du soja, la matière première du biodiesel. La capacité moyenne d'une usine de crushing ? le premier traitement de la plante récoltée ? n'importe où dans le monde est de 3.000 à 5.000 tonnes par jour. En Argentine, elle est de 15 à 20.000 t/j. En outre, toute la chaîne du soja est concentrée dans un rayon de 200 km autour de Rosario: usines de transformation, accès aux installations portuaires? Dans ce secteur, le transport représente un coût opérationnel important ; or, en Argentine, grâce à la proximité géographique entre lieux de production et sites d'exportation, ce coût est quasi nul. Les ports d'exportation sont privés et très efficaces.

Qui a investi dans le biodiesel en Argentine?
Un premier groupe d'entreprises rassemble les grands producteurs d'huile de soja: Louis Dreyfus, Bunge, Molinos Rio de la Plata? Un second groupe réunit des entrepreneurs extérieurs au monde du soja, notamment des petites entreprises installées dans l'intérieur du pays, qui n'ont pas accès aux installations d'exportation et destinent leur production intégralement au marché intérieur. Le gouvernement argentin privilégie d'ailleurs les PME pour l'approvisionnement du marché domestique.

Le biodiesel est-il uniquement destiné à l'exportation?
La grande nouveauté aujourd'hui, c'est qu'en Argentine est entrée en vigueur, le 1er avril dernier, l'obligation ? créée par une loi de 2006 ? de couper le diesel avec 5 % de biodiesel. Cette mesure crée un marché intérieur de 500.000 tonnes environ. Sur une capacité installée qui devrait atteindre 2 Mt en 2010, environ 1,5 Mt devraient donc être exportées.

Sur le marché européen, toutefois, le biodiesel argentin se heurte à un double obstacle. D'abord, l'Union européenne (UE) exige que les biocarburants utilisés sur son territoire représentent une réduction des gaz à effet de serre (GES) d'au moins 35 % par rapport aux énergies fossiles. Or, selon elle, le biodiesel argentin issu du soja ne réduit les GES que de 31%.
Les études argentines montrent une réduction de plus de 70 %. Le problème, c'est que l'UE ne travaille pas à partir de chiffres argentins. Or en Argentine, la production de soja est beaucoup plus avancée qu'ailleurs, au Brésil ou en Europe par exemple : technique du semis direct, transport, transformation? Nous employons moins d'engrais et moins de carburants pour les machines. Pour l'instant, l'Europe ne le reconnaît pas. Mais dans la mesure où les critiques émanant de l'Union européenne sont sincères, si elles ne sont pas une simple alternative aux barrières douanières, nous trouverons une solution.

L'autre problème, c'est que les taxes à l'exportation du biodiesel ne sont que de 17,5%, contre 35% pour le soja destiné à l'alimentation humaine ou animale et 32% pour l'huile. Pour l'UE, cela équivaut à une subvention à l'exportation.
Il ne s'agit pas du tout d'une subvention à l'exportation mais seulement d'un impôt moins élevé. L'Argentine déploie de gros efforts diplomatiques pour mieux faire comprendre sa position auprès des instances européennes, mais il est possible que l'Europe décide de taxer l'importation du biodiesel argentin, qui est actuellement beaucoup moins cher que le biodiesel produit en Europe même, à base de colza. Cela étant, l'UE n'aura sans doute pas d'autre choix que d'importer du biodiesel de soja argentin, car elle n'en produit pas assez pour couvrir ses besoins intérieurs.  

Outre le biodiesel, l'autre grand bio-combustible est le bioéthanol, utilisé dans les moteurs à essence. Quelle est la situation de l'Argentine dans ce secteur?
Dans le nord-ouest du pays, où est produite la canne à sucre, sa matière première, du bioéthanol est déjà incorporé à l'essence, dans une proportion qui peut atteindre 5%, comme prévu par la loi de 2006. Dans cette région, toutes les usines peuvent fabriquer, soit du sucre, soit de l'alcool, en fonction de l'évolution de leurs prix respectifs. Mais si le potentiel de production de bioéthanol est important, il est plus limité que pour le biodiesel. En outre, à l'heure actuelle, l'accès aux financements nécessaires aux investissements industriels est difficile. L'Argentine ne produit donc pas encore les quantités suffisantes d'éthanol lui permettant de respecter à l'échelle nationale l'objectif de 5% de mélange.

Propos recueillis par Barbara VIGNAUX (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires pour Mexico) mardi 15 juin 2010

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