

Alfred Rodriguez renouvelle pour une (dernière) période de deux ans son mandat de Président de la Chambre Franco-Mexicaine de Commerce et d'Industrie. Homme d'affaires pragmatique, il porte un regard sévère sur la politique commerciale de la France avec le Mexique ces dernières années. Mais il a aussi de bonnes raisons d'être optimiste
Photo: Alfred Rodriguez, Président de la CFMCI, courtoisie d'Alfred Rodriguez
Vers des relations bilatérales
Lorsqu'Alfred Rodriguez est devenu Président de la Chambre il y a trois ans, il a poursuivi la stratégie développée par son prédécesseur Max Brassart: créer une ambiance propice aux affaires pour que les membres puissent mieux se connaître. Il s'agissait d'attirer à la Chambre l'ensemble des entreprises françaises, les grandes sociétés et les PME.
Mais le chemin à parcourir est encore long puisqu'il convient désormais de développer de véritables relations bilatérales, ce qui passe par la création d'une chambre binationale dont le rôle est de promouvoir l'installation des entreprises mexicaines en France, qui a un grand besoin d'investisseurs. Or, le Mexique pourrait bien être un partenaire commercial de premier plan. Les relations historiques et culturelles privilégiées entre les deux pays devraient nourrir leurs relations commerciales. Pourtant, en chiffres cumulés sur ces dix dernières années, la France est le quatrième exportateur européen du Mexique, loin, très loin derrière l'Allemagne (qui exporte vers le Mexique 3.5 fois plus que la France), l'Espagne et l'Italie; et, le 6eme importateur du Mexique derrière l'Espagne, l'Allemagne (chacun de ces 2 pays ont acheté au Mexique 6 fois plus que la France), la Hollande, la Grande-Bretagne (3 fois plus) et la Belgique (20% de plus). Et pour cause, le Mexique est absent du radar du commerce extérieur de la France depuis de longues années? Méconnaissance ou erreur stratégique ?
France: réveille toi !
Pour le chef d'entreprise et self-made-man qu'est Alfred Rodriguez, il ne s'agit pas tant de s'apitoyer sur cette situation (déplorable), mais d'analyser objectivement la place économique du Mexique dans l'échiquier mondial, de définir des objectifs et de se donner les moyens de leur réalisation. Le Mexique est à l'aube d'un développement économique prometteur et on ne peut ignorer les 3500 km de frontières qu'il partage avec les Etats-Unis, ce qui en fait un partenaire économique privilégié (plus de 40 traités commerciaux lient la première puissance mondiale au Mexique). La France ne peut se donner le luxe d'ignorer un partenaire commercial qui est en plein essor. Largement en retard au regard des autres pays européens, la France risque fort de rester définitivement à quai si elle ne réagit pas vite. Et il ne faudra plus s'interroger sur les raisons du succès allemand.
Il est grand temps d'arrêter de voir le Mexique seulement à la lumière du folklore et de l'insécurité car, pendant ce temps, les entreprises allemandes et espagnoles réalisent des projets d'amplitude et font des affaires. Loin de nous l'idée de minimiser la violence qui a déferlé, tel un tsunami, sur le Mexique, mais plutôt que de trouver des excuses à l'inaction, ne vaudrait-il pas mieux chercher des solutions aux problématiques locales et s'interroger sur les stratégies de nos partenaires européens ?
Le Mexique: un pays d'opportunités
À la question, "que diriez vous aux entreprises françaises - notamment aux PME et aux ETI ? qui envisageraient le Mexique comme partenaire commercial?", Alfred Rodriguez répond sans équivoque: "je suis entrepreneur et ma réponse envers mes collègues entrepreneurs n'est pas très diplomatique: le marché mexicain est à votre portée et vous devez venir le prendre. Si vous vous posez encore des questions sur le marché mexicain, demandez ou renseignez-vous auprès de vos concurrents allemands et espagnols". Alfred sait de quoi il parle, d'autant plus que les opportunités sont plus nombreuses aujourd'hui qu'il y a 30 ans.
Le mot de la fin: s'ouvrir au Mexique
Le Président de la Chambre exprime sa colère et son amertume parce que la France est très loin d'occuper la position qui devrait être la sienne dans les échanges commerciaux avec le Mexique. C'est bien à la première place que la France devrait être, d'autant que les Mexicains apprécient énormément les Français et que la France est connue et reconnue. Un atout sous-exploité. Autrement dit, alors que le Mexique nous est généreusement ouvert, nous demeurons fermés. Ensuite, et il s'agit là de la cause principale à la situation actuelle, parce que les politiques tardent à manifester leur volonté de changement.
Une lueur d'optimisme éclaircie néanmoins le panorama. D'abord, parce que les PME françaises sont remarquables et ont, de facto, une place à occuper sur le marché mexicain. Ensuite, parce que les récentes déclarations de Laurent Fabius sur la diplomatie économique laissent augurer un changement de cap, que nous percevons déjà très clairement par les actions que mènent sur le plan économique notre ambassadeur de France au Mexique, Mme E. Béton Delègue. Le Ministre des Affaires Étrangères vient de nommer sept ambassadeurs économiques à la charge d'un pays. Parmi les sept pays élus, on trouve le Mexique représenté par Mr. Philippe Faure, fin connaisseur des problématiques mexicaines.
Marion DU BRON (www.lepetitjournal.com/mexico) mercredi 24 avril 2013
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