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LES JOURS HEUREUX - Episode 9 : Noël

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 16/12/2015 à 07:35 | Mis à jour le 01/12/2015 à 22:12

Le Petit Journal de Mexico republie ce feuilleton en français et en espagnol : Les Jours heureux. Gwenn-Aëlle Folange Téry, écrivain et peintre, y raconte l'histoire d'une jeune fille bretonne qui part à la découverte du Mexique, et de son indépendance. Aujourd'hui épisode 9 : Noël

Episode 1 : Le départ / Episode 2 : Le voyage / Episode 3 : La traversée / Episode 4 : Les repas / Episode 5 : Acapulco / Episode 6 : Les mardis / Episode 7 : L'indifférence / Episode 8 : Yucatán

"Pour elle, Noël n'est pas une fête où l'on échange cadeaux et sourires, elle n'a jamais reçu un abrazo à cette occasion"... (Photo: Catherine Téry)

Après le séjour à Mérida, il y a eu Chichén Itzá à l'Est : encore des pyramides, encore la chaleur et encore la soif. Mais elle ne proteste plus, même en silence. En elle s'éveille une passion soudaine pour l'archéologie, les obsidiennes et les petites têtes comme elle dit, en parlant des figurines en terre cuite. Il suffit de fouiller un peu autour des constructions, sans même creuser, pour trouver des morceaux de poterie, parfois même une anse ou alors un visage aux yeux bridés. La joie est intense, dépasse celle des parties de pêche, elle sent qu'elle trouve aussi la vie dans cette terre mêlée d'herbes et de fleurs, ces coquillages nouveaux tiennent au creux de sa main comme s'ils avaient été modelés par elle. Elle se sent exploser de vie à toucher ainsi l'histoire des autres, de ces indiens si méprisés en Europe. De ce jour, son regard change, elle commence enfin à découvrir le Mexique, loin de l'avenue Reforma et de la bibliothèque américaine. Elle respire un autre air.

La plage de Progreso, son sable étincelant sous le soleil, la mer plus bleue que celle d'Acapulco, plus bleue que le bleu des yeux de Marianne, plus bleue que dans ses rêves les plus fous, la ravissent, malgré la présence de requins tout près d'elle. Elle ramasse aussi des coquillages, des vrais cette fois-ci, aux formes inconnues, roses et lisses, ou alors pointus et rugueux. 

Dans sa valise elle emporte ses trésors, petits bouts de terre cuite ou de nacre, sable et fleurs séchées, photos et cartes postales. Un seul regret : ne pas avoir goûté la chair de l'iguane, servie dans plusieurs restaurants. Elle n'a pu s'y résoudre, manger du lézard, même géant, ne la tente pas du tout.

Retour à Mexico pour fêter Noël

Ils arrivent à Mexico le 23 décembre au soir, juste à temps pour préparer Noël. 

La décoration est originale, à ses yeux en tous cas : sous l'arbre tout petit et rabougri, acheté à la hâte, la crèche accueille aussi de curieux petits bonhommes, des gnomes venus tout droit de Suède, des bougies et des rubans rouges sont disposés entre les branches du sapin et dans l'entrée, une piñata bien mexicaine attend que l'on veuille bien la remplir de fruits et de cacahuètes.

Pour le réveillon, hareng, saumon, jambon cuit, saucisses et pommes de terre, biscuits au gingembre bien sûr et gâteaux aux amandes se disputent la meilleure place sur la desserte. Pas de traditions françaises. Marianne a bien essayé de lui en parler, Yani a préparé une petite décoration à l'école, elle reste muette. Pour elle, Noël n'est pas une fête où l'on échange cadeaux et sourires, elle n'a jamais reçu un "abrazo" à cette occasion, et ne pense même pas à cette embrassade intense présente dans tous les moments importants au Mexique.

La poupée de Tunisie

Elle est repartie dans ses souvenirs et, comme l'autre jour, se sent tomber, interminablement.

Décembre 44, en Tunisie, les fameuses grottes, l'odeur de moisi, la peur, la peur au ventre. Son père est là et leur lit "Les trois messes basses", sa mère coud, un peu à l'écart. Il n'y a pas de luxe, même pas encore de beurre, c'est le temps de la faim, la faim terrible, mais Loulou a trouvé de petits bouts de tissu et confectionne des cadeaux pour les enfants.

La petite fille ne sait pas ce qu'ont reçu les autres, tout est motif de secret chez ses parents, mais elle tient dans ses bras une poupée, la plus belle poupée du monde puisque c'est la sienne, et même si elle ne connaît pas le Petit Prince, elle l'a apprivoisée du premier regard. Son tablier à petits carreaux, sa robe en coton, ses yeux brodés, tout est beau chez elle. C'est sa confidente, sa sœur, son amie, son tout. Elle l'aime comme les petites filles aiment leur poupée.

Novembre 45, moins d'un an plus tard, la guerre est finie, la famille attend son tour pour prendre le bateau et rentrer en France. Ce n'est pas facile, ne voyage pas qui veut, ne décide pas qui veut. Il faut, entre autres, passer l'inspection sanitaire, organisée par les Américains. La guerre aux poux est déclarée, on tond tout le monde, on brûle robes et matelas, la fumée monte, pique les yeux et le feu danse, orange et bleu. Un soldat, ni jeune ni vieux, ni gentil ni méchant, juste un soldat, passe devant elle et lui arrache la poupée des bras : elle est en tissu, elle doit brûler. La fillette hurle, hurle en silence sur le bruit des flammes qui montent.

Non, les films tragiques que nous regardons parfois n'inventent rien, tout est vrai, tout est arrivé un jour.

Alors pour elle, Noël c'est l'amour d'une poupée, mais elle ne peut pas en parler.

Botellitas

Trente ans après, pour sa fille la plus jeune, comme dans les contes de fées, elle refera les mêmes gestes que sa mère. Il n'y a pas d'argent à la maison mais il y a une petite fille qui attend Noël, sa fille. Ce n'est que quand elle habille la poupée, que quand elle lui passe son tablier, qu'elle s'aperçoit qu'elle a refait sa poupée à elle, elle a retrouvé les mêmes couleurs, les mêmes petits carreaux. 

Sa fille ne vivra aussi que pour cette poupée, c'est son doudou, son trésor, sa confidente, au nom étrange "Botellitas", alors qu'elle n'a rien d'une petite bouteille. Tard, très tard dans leur vie à toutes les quatre, deux petites filles et deux poupées, Botellitas sera perdue, ou volée, on sait pas.

Novembre 2008, le temps passe vite, n'est-ce pas ?, elle reçoit en cadeau, de la part d'une de ses amies qui connaît l'histoire, une poupée en chiffon, en mémoire de celle qui a disparu il y a si longtemps. Le tablier ? À carreaux, bien sûr.

 

DÍAS DE SOL : Navidad

 

 

Después de la estancia en Mérida, visitaron Chichén Itzá, al Este: más pirámides, más calor y más sed. Pero ya no protesta, ni en silencio. En ella despierta una pasión repentina por la arqueología, las obsidianas y las cabecitas como les dice ella, al hablar de las figurillas de barro cocido. Basta con curiosear un poco alrededor de las construcciones, sin siquiera excavar, para encontrar pedazos de vasijas, a veces hasta con asa, o algún rostro de ojos rasgados. La felicidad es intensa, rebasa la de las salidas a pescar, siente que encuentra vida también en esta tierra entremezclada de hierbas y flores, estas conchas novedosas caben en el hueco de su mano como si ella misma las hubiera modelado. Se siente explotar de tanta vida al entrever la historia de otros, de esos indios tan menospreciados en Europa. A partir de ese día, su mirada cambia, empieza por fin a descubrir México, lejos de la avenida Reforma y de la biblioteca americana. Respira otros aires.

 La playa de Progreso, su arena deslumbrante bajo el sol, el mar más azul que el de Acapulco, más azul que el azul de los ojos de Marianne, más azul que en sus sueños más locos, le arrebatan el alma, a pesar de la presencia de los tiburones tan cerca de ella. Recoge también conchitas, reales esta vez, de formas desconocidas, rosas y lisas, o a veces puntiagudas y rugosas.

Lleva mil tesoros dentro de su maleta, pedacitos de barro cocido o de nácar, arena y flores secas, fotos y tarjetas postales. Un solo pesar: no haber probado la carne de iguana, servida en varios restaurantes. No logró hacerlo, comer lagartija, aunque sea gigante, no se le antoja en absoluto.

Llegan a México el 23 de diciembre por la noche, justo a tiempo para preparar la Navidad.

Navidad en México

La decoración es original, por lo menos a sus ojos: debajo del árbol chiquito y pelón, comprado a las carreras, el nacimiento abriga también curiosos muñequitos, gnomos venidos directamente de Suecia, velas y listones rojos adornan las ramas del pino y en la entrada, una piñata muy mexicana espera que alguien se digne llenarla de frutas y de cacahuates.

Para la cena de Nochebuena arenque, salmón, jamón cocido, salchichas y papas, galletas de jengibre claro y un pastel de almendras pelean por el mejor lugar en la mesa.

Nada de tradiciones francesas. Marianne intentó varias veces hablar con ella, Yani preparó un adorno en la escuela, pero ella sigue muda.

Para ella, Navidad no es una fiesta en la que se intercambian regalos y sonrisas, no ha recibido nunca un abrazo en Nochebuena y no piensa siquiera en las famosas posadas de sus amigos.

Los recuerdos la invaden otra vez y, como el otro día, se siente caer, interminablemente.

La muñeca de Túnez

Diciembre del 44, en Túnez, las famosas cuevas, el olor a  moho, el miedo, el miedo siempre. Su padre está presente y les lee “Las tres misas de Navidad”, su madre cose, a un lado. No hay lujos, ni siquiera mantequilla todavía, es tiempo de hambre, de hambre terrible, pero la señora encontró pedazos de tela y confecciona regalos para los niños.

La nena no sabe qué recibieron los demás, todo es motivo de secreto en casa de sus padres, pero lleva en sus brazos una muñeca, la muñeca más hermosa del mundo porque es la suya, y aunque no conozca al Principito, creó un lazo con ella desde la primera mirada. Su delantal de cuadritos, su vestido de algodón, sus ojos bordados, todo es hermoso en ella. Es su confidente, su hermana,  su amiga, su todo. La ama como aman las niñas a su muñeca.

Noviembre del 45, menos de un año después, la guerra terminó, la familia espera su turno para tomar el barco y regresar a Francia. No es fácil, no viaja quien quiere, no decide quien quiere. Es necesario, entre otras cosas, pasar por la inspección sanitaria, organizada por los americanos. La guerra contra los piojos es prioritaria, se rapa a todo mundo, se queman vestidos y colchones, el humo sube, pica los ojos y el fuego baila, anaranjado y azul. Un soldado, ni joven ni viejo, ni malo ni bueno, sólo un soldado, pasa frente a ella y le arranca la muñeca de los brazos: es de tela, se tiene que quemar. La nena grita, grita en silencio por encima del ruido de las llamas que suben.

No, las películas trágicas que vemos a veces no inventan nada, todo es cierto, todo sucedió algún día.

Botellitas 

Entonces para ella, Navidad es el amor de una muñeca, pero no logra decirlo.

Treinta años después, para su hija la más joven, como en los cuentos de hadas, repetirá los gestos de su madre. No hay dinero en casa pero hay una niña que espera Navidad, su nena. No es hasta que viste a la muñeca, hasta ponerle su delantal, que se da cuenta de que reconstruyó su propia muñeca, le consiguió los mismos colores, los mismos cuadritos.

Igual que ella, su hija no vivirá más que para su muñeca, es su talismán, su tesoro, su confidente, de extraño nombre “Botellitas” aunque no tenga de ninguna manera forma de botella. Tarde, muy tarde en la vida de las cuatro, dos nenas y dos muñecas, Botellitas se perderá, o será robada, nadie sabe.

Noviembre del 2008, el tiempo vuela ¿verdad?, recibe como regalo de cumpleaños, de parte de una amiga que conoce la historia, una muñeca de trapo, en memoria de la que desapareció hace tanto tiempo.

¿El delantal? De cuadritos, claro.

Capítulo 1 : La partida - Capítulo 2 : El viaje -
Capitulo 3 - 
La travesía -Capitulo 4 - La comida -Capitulo 5 - Acapulco -Capitulo 6 - Los martes -Capitulo 7 - La indiferencia - Capitulo 8 - Yucatán

Gwenn-Aëlle Folange Téry pour (Lepetitjournal.com/mexico) Mercredi 16 décembre 2015 (Republication)

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