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LES JOURS HEUREUX - Episode 8 : Yucatán

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 09/12/2015 à 17:16 | Mis à jour le 01/12/2015 à 22:00

Le Petit Journal de Mexico republie ce feuilleton en français et en espagnol : Les Jours heureux. Gwenn-Aëlle Folange Téry, écrivain et peintre, y raconte l'histoire d'une jeune fille bretonne qui part à la découverte du Mexique, et de son indépendance. Aujourd'hui épisode 8 : Yucatán

Episode 1 : Le départ / Episode 2 : Le voyage / Episode 3 : La traversée / Episode 4 : Les repas / Episode 5 : Acapulco / Episode 6 : Les mardis / Episode 7 : L'indifférence

Allan, le nouveau patron, aime voyager et la famille suit. Pour les vacances de décembre, il décide de partir en voiture puis en train jusqu'au Yucatán.

Sur la route de Veracruz rien à signaler, écrit-elle dans son journal, si ce n'est un froid terrible à la pause-pipi de Perote dû la présence d'un vent insistant et ravageur appelé "Norte", parce qu'il vient du nord, justement. Marianne et elle se doivent de rester éveillées pour faire la conversation au chauffeur, et c'est épuisées qu'elles arrivent enfin, se ruant presque au restaurant car elles ont faim, très faim. Le huachinango al mojo de ajo a tout pour plaire à la jeune fille habituée au poisson et friande de saveurs épicées, qu'il s'agisse d'ail ou de piments locaux. Tortillas à l'appui, elle n'en fait qu'une bouchée.

La voiture, le train, le voyage entre Mexico et Mérida durera 54 heures... (Illustration Catherine Tery)

La suite est à peine plus mouvementée. Le train ne semble pas l'impressionner, pas plus que le déraillement dont ils sont victimes : aucune description de l'accident, pas même une petite remarque sur le transport choisi pour terminer le voyage. Ont-ils pris un autre train ? Attendu à ce que le premier fût sur rails à nouveau ? Continué à pied ? Elle ne le dit pas, ne s'en soucie pas à priori. Nous sommes loin de la description enthousiasmée du huachinango? Le train manquait d'ail! 

Ils mettent 54 heures à rejoindre la ville de Mérida, Mérida la blanche qui l'enchante avec ses constructions européennes, la blancheur de ses maisons et des pantalons des hommes. La chaleur les indispose vite et ils trouvent à se loger à l'hôtel Sevilla qui doit être un bon hôtel, étant donné qu'il existe encore cinquante ans après, même s'il est désormais en vente? Une grande maison, blanche bien sûr, à balcons en fer forgé et à hautes fenêtres étroites en bois, abrite les voyageurs. Les couloirs décorés d'azulejos, pièces de céramique à fleurs bleues et marron, un escalier en marbre flanqué de deux lions impassibles et arcades débouchant sur un petit jardin, tel est le cadre de leur séjour.

Elle, ne pense qu'à la douche : elle a faim oui, mais elle a surtout chaud et le jet d'eau lui semble tomber droit du ciel. Elle en viendrait presque à regretter le fameux Norte de la pause-pipi.

Le lendemain, départ aux aurores pour éviter la grosse chaleur, elle comprend pourquoi la ville s'éteint en milieu de journée, l'air devient presque irrespirable. "Et encore nous sommes en décembre," lui dit leur guide, "il faudrait que vous reveniez au mois de mai, señorita". À cette idée, elle  frissonnerait presque si elle n'avait pas déjà si chaud.

Uxmal, les pyramides et l'henequen

Sur la route de Uxmal, où ils vont voir les pyramides, des plantes qui lui font penser à l'agave, au pulque et au tequila sont déployées à l'infini, mais celles-ci servent à tout autre chose. L'henequen est utilisé en effet pour sa fibre et vit à jamais sur les tapis ou dans les cordes tressées lui explique Allan. Elle aurait bien pris un verre de tequila, se dit-elle, forte de ses connaissances festives, mais le chauffeur continue sa route. La jungle prend le pas sur les terrains cultivés, la chaleur devient plus lourde, les fronts se couvrent peu à peu de terre mêlée de sueur et elle a du mal à ne pas demander grâce, les ruines ne l'intéressent pas, elle préfèrerait aller à la mer, ou au moins à la piscine.

Elle a bien fait de se taire. Les pyramides sont imposantes. Elle en avait déjà vu, oui, mais celles-ci sont magnifiques, entourées d'arbres, de cris d'oiseaux et de? singes ? Elle n'a jamais entendu un singe crier, mais elle est prête à parier son déjeuner qu'il s'agit bien du cri de ces animaux-là. Elle pense au crocodile de son arrivée, au chauffeur de taxi qui finalement ne lui parlait que de sa voiture, elle l'a appris plus tard, les taxis-crocodiles sont décorés de dents pointues sur les côtés, et se dit qu'il doit y avoir une explication semblable aux cris qu'elle entend? Elle ne va pas jusqu'à chercher des singes gravés dans les bas-reliefs mais presque. 

La sensation de toucher l'histoire du bout des doigts

L'ascension de la première pyramide se fait en douceur, mais en haut, la vue est trop surprenante, le ciel semble être descendu sur ses épaules, elle doit se faire violence pour prendre une photo, une seule, puis elle s'assied sur les pierres chaudes, brûlantes. Elle qui ne connaissait pas le vertige est servie. Il est temps de redescendre mais la güerita semble rivée au sol et ne peut plus ouvrir les yeux, encore moins affronter la volée de marches. Elle les descend finalement, assise, une fesse à la fois et regarde les autres pyramides de loin, d'en bas. 

Elle se sent légèrement oppressée, pas par le vertige, non, c'est fini, mais plutôt par cette sensation qu'elle a de toucher l'histoire du bout des doigts, un peu comme quand elle est allée au Mont Saint Michel pour la première fois. De loin, les pyramides semblaient de taille normale mais au pied de leurs murs, elle se sent disparaître, comme quand elle a levé le regard vers la flèche de l'abbaye, il y a longtemps. Ici aussi elle sent la dévotion extrême d'hommes et de femmes, elle perçoit la transpiration des constructeurs, elle respire l'immensité de leur création. Elle se retourne, lance un regard sur l'herbe, si simple, si éphémère, et s'éloigne.

Le retour en voiture n'est pas silencieux, les parents de Yani ne se moquent pas d'elle, au contraire, ils l'entourent et lui disent mille fois qu'elle a eu raison, que la descente était difficile, voire dangereuse et qu'ils auraient dû employer son système. Malgré leur gentillesse, elle garde au c?ur une petite morsure, vite effacée par l'arrivée au restaurant : la soupe de lime est vite écartée, il fait chaud, mais elle goûte au cerf, se régale, se ressert et louche presque sur l'assiette de sa voisine, qui, hélas, apprécie aussi son repas. 

Le soir, dans son lit, le sommeil ne vient pas : derrière ses yeux fermés, un singe court dans la jungle, l'épée de Saint Michel à la main, à la patte pardon, et les cris des oiseaux le suivent jusqu'au sommet de la plus haute pyramide du monde, celle qui touche le soleil.

Elle tombe.

Interminablement.

DÍAS DE SOL : Yucatán  

A Allan, el nuevo patrón,  le gusta viajar y la familia lo sigue. Para las vacaciones de diciembre, decide viajar en coche y luego en tren hasta Yucatán.

Camino a Veracruz nada interesante, escribe ella en su diario, a no ser que se hable de la parada técnica de Perote (el cuerpo llama)  y del frío terrible que se siente por un viento insistente y devastador llamado Norte, porque viene del norte, claro. Marianne y ella tienen por misión quedarse despiertas para hacerle la conversación al chofer, y cuando llegan por fin, exhaustas, se precipitan las dos al restaurante porque tienen hambre, mucha hambre. El huachinango al mojo de ajo lo tiene todo a los ojos de la joven, acostumbrada a comer pescado y aficionada a los sabores fuertes, trátese de ajo o de chiles locales. Tortillas en mano, no hace más que un bocado del platillo.

El resto del viaje no es mucho más animado. El tren no parece impresionarla, ni siquiera por el descarrilamiento del que son víctimas: ninguna descripción del accidente, ni siquiera algún comentario sobre el transporte escogido para terminar el viaje. ¿Tomaron otro tren? ¿Esperaron a que el primero regresara a sus rieles? ¿Se siguieron a pie? No lo dice, no le preocupa mucho por lo visto. Andamos muy lejos de la descripción entusiasta del huachinango? ¡Le faltó ajo al tren!

Tardan 54 horas en llegar a Mérida, la blanca Mérida que le encanta con sus construcciones europeas, la blancura de sus casas y de los pantalones de los hombres. El calor los agobia y encuentran alojamiento en el hotel Sevilla que ha de ser buen hotel ya que todavía existe cincuenta años después, aunque ahora esté en venta? Una casa grande, blanca claro, de balcones de hierro forjado y altas ventanas estrechas de madera, resguarda a los viajeros. Los corredores decorados de azulejos, en tonos azules y cafés, una escalera de mármol flanqueada por dos leones impasibles y arcos alrededor del pequeño jardín, son el marco de su estancia.

Ella no piensa más que en la regadera: tiene hambre, sí, pero tiene más calor y el chorro de agua le parece caer derechito del cielo. Podría casi extrañar al famoso Norte de la parada técnica.

Al día siguiente, salida al alba para evitar lo más fuerte del calor, entiende por qué la ciudad parece apagarse a la mitad del día, el aire se vuelve casi irrespirable. ?Y eso que no estamos en diciembre,? le dice su guía, ?debería usted de venir en mayo, señorita?. El calor que siente en ese momento es lo único que le impide ponerse a temblar al pensar en una posible alza de temperatura.
En la carretera de Uxmal, -van a ver las pirámides-, plantas que le recuerdan al agave, al pulque y al tequila se pierden en el horizonte, pero éstas sirven para algo muy diferente. El henequén se usa en efecto por su fibra, y vive por siempre en tapetes y cuerdas trenzadas, explica Allan. Se le antoja un tequila, piensa quedito, como el de las fiestas a las que ha ido, pero el chofer sigue su camino. La jungla le va ganando la mano a los terrenos cultivados, las frentes se cubren poco a poco de tierra mezclada de sudor y le es difícil no pedir clemencia, las ruinas  no le interesan, quiere ir al mar, o por lo menos a la alberca.

 

Hizo bien en callarse. Las pirámides son imponentes. Ya había visto algunas, claro, pero éstas son magníficas, rodeadas de árboles, de voces de pájaros y de? ¿changos? Nunca ha oído chillar a un chango, pero está lista a apostar su comida de que sí se trata del chillido de esos animales. Piensa en el cocodrilo de su llegada, en el chofer de taxi que no le hablaba más que de su coche, lo supo después, los taxis-cocodrilo van decorados con dientes puntiagudos a los lados, y piensa que ha de haber una explicación parecida para los gritos que oye? No llega al punto de buscar changos grabados en los bajo-relieves pero casi.

La ascensión de la primera pirámide la hacen con calma, pero arriba, la vista es demasiado sorprendente, el cielo parece haberse posado sobre sus hombros, tiene que obligarse a tomar una foto, una sola, para luego sentarse sobre las piedras calientes, abrasadoras. La que no conocía el vértigo acaba de descubrirlo. Es momento de bajar pero la güerita parece estar clavada al piso y no puede abrir los ojos, mucho menos enfrentar la cascada de escalones. Los baja, por fin, sentada, una nalga a la vez y mira las otras pirámides de lejos, de abajo.

Su respiración se siente ligeramente apremiada,  aunque no es el vértigo, eso ya se acabó, es más bien por esta sensación que tiene de estar tocando la historia con la punta de los dedos, un poco como cuando fue por primera vez al Mont Saint Michel, enorme abadía erguida en medio del mar y dedicada a San Miguel Arcángel. De lejos, las pirámides parecían de tamaño normal pero al pie de sus muros, se siente desaparecer, como cuando alzó la vista hacía la flecha de la abadía, hace  tanto tiempo. Aquí también siente la devoción extrema de hombres y mujeres, percibe la transpiración de los constructores, respira la inmensidad de su creación. Vuelve sobre sus pasos, mira el pasto, tan simple, tan efímero, y se aleja.

El regreso en coche no es silencioso, los padres de Yani no se burlan de ella, al contrario, la consienten y le dicen mil veces que tuvo razón, que esas escaleras eran complicadas, casi peligrosas y que ellos deberían haber usado su sistema para bajar. A pesar de sus atenciones, siente el corazón como magullado, aunque la llegada al restaurante le sube los ánimos de inmediato: la sopa de lima no se le antoja, hace calor, pero prueba ciervo, lo disfruta, se vuelve servir y echa miradas discretas al plato de su vecina, la cual, oh desilusión, parece dispuesta también a terminarse todo lo servido.

 

Ya por la noche, en su cama, no logra dormir: tras sus ojos cerrados, un chango corre en la jungla, la espada de Saint Michel en la mano, en la pata perdón, y los gritos de los pájaros lo siguen hasta la cima de la pirámide más alta del mundo, la que llega hasta el sol.

Y ella cae.

Interminablemente.

Capítulo 1 : La partida - Capítulo 2 : El viaje -
Capitulo 3 - 
La travesía -Capitulo 4 - La comida -Capitulo 5 - Acapulco -Capitulo 6 - Los martes -Capitulo 7 - La indiferencia

Gwenn-Aëlle Folange Téry pour (Lepetitjournal.com/mexico) Mercredi 09 décembre 2015 (Republication)

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