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LES JOURS HEUREUX - Episode 7 : L'indifférence

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 02/12/2015 à 19:49 | Mis à jour le 01/12/2015 à 21:55

Le Petit Journal de Mexico republie ce feuilleton en français et en espagnol : Les Jours heureux. Gwenn-Aëlle Folange Téry, écrivain et peintre, y raconte l'histoire d'une jeune fille bretonne qui part à la découverte du Mexique, et de son indépendance. Aujourd'hui épisode 7 : L'indifférence.

Episode 1 : Le départ / Episode 2 : Le voyage / Episode 3 : La traversée / Episode 4 : Les repas / Episode 5 : Acapulco / Episode 6 : Les mardis

"Elle se prend à dessiner des guitares dans son album et collectionne leurs visages sur ses photos." (Photo et dessin, Catherine Téry)

L'indifférence

La maison où elle habite est belle, magnifique même, digne d'un ambassadeur. Son patron l'a construite, non pas de ses mains, mais de ses deniers, sur l'une des plus grandes avenues de la ville, Reforma. Les chambres succèdent aux chambres, les escaliers droits, en colimaçon ou de réception mènent d'un étage à l'autre puis à l'autre encore, la cuisine étincelle de tous ses feux, le salon semble sortir tout droit d'une revue. Et pourtant…

Et pourtant, la vie n'est pas dorée dans cette cage. Les parents des petites filles ne sont pas méchants, loin de là, ils sont juste indifférents. Elle n'existe pas pour eux, leurs filles n'existent pas, le couple n'existe pas, le chien… Le chien aboie de temps en temps.

Jamais de menue monnaie pour le menu fretin 

Oui, elle peut faire ce qu'elle veut, se gorger de coca-cola et nourrir les filles de chocolat "Abuelita", personne ne le voit. Mais l'oubli du premier jour, sa déconvenue à l'aéroport, n'étaient qu'un triste prélude à la suite...

Personne ne voit non plus les trous à ses chaussures, parce que le grand seigneur du logis, celui dont on chuchote que son argent est faux, imprimé en Indochine, ne se soucie pas de payer son personnel. Il navigue dans de hautes sphères, brasse des millions, qu'il fait d'ailleurs souvent disparaître dans ses poches et n'a jamais de menue monnaie pour le menu fretin… La dame, princesse lointaine et charmante, a ouvert un magasin puis deux et se soucie peu de ce qui se passe sous son toit, occupée qu'elle est à dévaster les toits d'autres femmes, trompant son mari avec l'aise de celle qui s'amuse, et refuse tout net de parler salaire avec elle. Peut-être sent-elle que la nounou de ses filles sait trop de choses…

Il lui faudra prendre son courage à deux mains pour demander de l'argent, pour des chaussures justement, on lui doit six mois de salaire, 3000 pesos, pardon piastres, ces personnes n'utilisent jamais le mot "pesos", ils parlent en piastres, l'Indochine est omniprésente dans leurs affaires, les soupçons qui circulent en haut lieu ne leur font pas peur, ou alors ils ont décidé de les ignorer. Les piastres indochinoises ont beau avoir disparu depuis bientôt huit ans, il est de bon ton de les utiliser, du moins pour la conversation.

Vivement les mardis !

Seuls les mardis brillent un peu dans sa vie si terne et avec Françoise elle goûte à tout, s'extasie de tout et rencontre enfin des Mexicains, des jeunes : deux familles en particulier lui mettent le rose aux joues, la chanson à la bouche. Ils sont une dizaine, tous frères, sœurs ou cousins et mènent les güeritas de fête en fête, ou presque. Parce que la fête que l'on peut faire les mardis est quand même moins intéressante que celles des vendredis. L'un d'entre eux chante, accompagné de sa guitare. Son frère s'échine à gratter les rainures d'un instrument en bois qu'elle ne connaît pas et tout le monde bat des mains, s'esclaffe et boit. Elle se prend à dessiner des guitares dans son album et collectionne leurs visages sur ses photos, du mercredi au lundi soir et pense à eux, tous, à leur profonde entente, à la poésie de leurs mots et à leur culture intense, dont ils parlent à peine, pris d'une étrange pudeur.

Plus de cinquante ans plus tard, ils font encore partie de sa vie, oui même ceux qui sont morts depuis, le journaliste, celui qui chantait, ou encore celui qui n'a jamais le temps, qui s'est lancé dans la politique et n'en sort plus. Elle ne les voit plus, mais elle voit leurs femmes, oui, au pluriel pour certains.

Vivre le Mexique

Connaître les Sorales l'a menée à examiner sa vie quotidienne. Vivre avec une famille française a eu du bon au début, quand elle avait peur de tout. Mais elle se rend compte qu'elle ne connaît encore rien du Mexique, elle continue à parler en français, à manger français, à penser français. Elle n'a encore vu que les plus grandes avenues de la ville et les hôtels de luxe de certains endroits. Elle a besoin de sortir de son antre et de commencer à vivre vraiment le Mexique.

C'est lors de l'une de ses sorties que sa vie change à nouveau. Non, il ne s'agit pas de l'homme marié, celui-là, on n'en parle plus, mais de la possibilité d'un nouveau travail, un autre enfant à garder, la jeune fille qui lui en parle doit quitter le Mexique, elle se cherche une remplaçante.

Elle n'hésite pas, demande à rencontrer cette famille, des Suédois, le petit garçon de sept ans est au Lycée Français, et tombe alors irrémédiablement amoureuse, de la maison, des parents et du petit bonhomme, Yani, prénom presque presque breton. Il sera d'ailleurs, même si personne ne le sait encore, le parrain de l'une de ses filles, ses parents seront les grands-parents mexicains-suédois à la mode de Bretagne de ses enfants et leur maison le meilleur terrain de jeux pour tout le monde. L'immense bibliothèque aux étagères qui montent jusqu'au plafond, la balançoire qui n'en pas une, c'est un divan en mouvement, la chambre où la collection de poupées en porcelaine dort dans une discrète pénombre feront la joie de ses enfants, ceux qui ne sont pas encore nés.

Debout dans l'entrée, sur le carrelage rouge, rouge sombre, rouge vie, elle respire à fond. Ceux qui ne sont pas encore Abuelito Allan et Abuelita Marianne, oui, avec majuscule, mais aussi avec diminutif, symbole de tendresse, l'attendent.

Ils viennent de connaître leur fille et elle vient de rencontrer sa famille.

 DÍAS DE SOL : La indiferencia  

La casa en donde vive es hermosa, hasta magnífica se podría decir, digna de un embajador. Su patrón la construyó, no con sus blancas manos, pero sí con su dinerito, sobre una de las más grandes avenidas de la ciudad, Reforma. Los cuartos llevan a otros cuartos, las escaleras rectas, de caracol o de recepción llevan de un piso a otro y a otro más, la cocina destella bajo las lámparas, la sala parece sacada de una revista. Y sin embargo…

Y sin embargo, la vida no es dorada en aquella jaula. Los padres de las nenas no son malos, en absoluto, sólo son indiferentes. Ella no existe para ellos, sus hijas no existen para ellos, la pareja no existe, el perro... El perro ladra de vez en cuando.

Sí, puede hacer lo que quiere, atiborrarse de coca-cola y alimentar a las niñas de chocolate “Abuelita”, nadie lo ve. Pero el olvido del primer día, su decepción en el aeropuerto, no fueron más que un triste preludio al vacío...

Nadie ve tampoco los hoyos de sus zapatos, porque el dueño y señor de la morada, aquél de quien se dice que su dinero es falso, fabricado en Indochina, no se preocupa por pagarle a su personal. Navega por altas esferas, mueve millones, que desaparecen a menudo en sus bolsillos y nunca tiene cambio para pagar bagatelas… La señora de la casa, princesa lejana y encantadora, abrió una tienda y luego otra y se preocupa poco por saber que pasa bajo su techo, ocupada en arrasar con los techos de otras mujeres, engañando a su esposo con la facilidad de la que se divierte, y se rehúsa tajantemente a hablar de sueldo con ella. Tal vez se esté dando cuenta de que la nana de sus hijas sabe demasiadas cosas…

En algún momento se decide, toma el toro por los cuernos y pide dinero, para sus zapatos justamente, se le deben seis meses de sueldo, 3000 pesos, perdón piastras, esta gente no usa nunca la palabra “pesos”, ellos hablan de piastras, Indochina está presente de manera indiscutible en sus negocios, las sospechas que circulan en las conversaciones de la gente influyente no los asustan, o tal vez han decidido ignorarlas. Las piastras de Indochina llevan casi ocho años fuera de circulación, pero siempre es bien visto usarlas, por lo menos para la conversación.

Únicamente los martes brillan un poco en su vida tan apagada y con Françoise prueba de todo, se maravilla de todo y conoce por fin a unos mexicanos, jóvenes. Dos familias en especial la emocionan y le ponen color en las mejillas, canciones en el corazón. Son unos diez, todos hermanos, hermanas o primos y llevan a las güeritas de fiesta en fiesta, o casi. Porque la fiesta que se puede armar los martes no es igual de buena que las de los viernes. Uno de ellos canta, acompañado por su guitarra. Su hermano se empeña en raspar las ranuras de un instrumento de madera que ella no conoce y todos siguen el ritmo con sus palmas, se carcajean y beben. Ella se sorprende dibujando guitarras en su álbum y colecciona sus rostros en foto, del miércoles al lunes por la noche y piensa en ellos, en todos, en su compañerismo profundo, en la poesía de sus palabras y en su cultura intensa, de la cual apenas se habla, por algún extraño pudor. 

Más de cincuenta años después, todavía forman parte de su vida, sí, aun los que ya han muerto, el periodista, el que cantaba, o el que nunca tiene tiempo, se metió a la política y no ha logrado salir de ella. Ya no los ve pero sí a sus esposas, en plural para algunos de ellos.

El conocer  a los Sorales la ha llevado a examinar su vida diaria. Vivir con una familia francesa fue bueno al principio, cuando le tenía miedo a todo. Pero se da cuenta de que todavía no conoce nada de México, sigue hablando en francés, comiendo francés, pensando francés. No ha visto más que las avenidas grandes de la ciudad y hoteles de lujo de algunos lugares. Necesita salir de su cueva y empezar realmente a vivir México.

 

Y es en una de esas salidas que su vida cambia otra vez. No, no se trata del hombre casado, de aquél no se habla más, pero de la posibilidad de cambiar de trabajo, otro niño que necesita nana, la joven que se lo comenta tiene que dejar México y busca quien la reemplace.

No lo piensa ni dos segundos, pide conocer a esa familia, unos suecos, el niño de siete años está en el Liceo Francés, y se enamora irremediablemente, de la casa, de los padres y del muchachito, Yani, nombre casi casi bretón. Más tarde, aunque nadie lo sepa aún, lo escogerá para padrino de una de sus hijas, sus padres serán los abuelos mexicano-suecos al estilo bretón de sus hijos y su casa el mejor terreno de juegos para todos. La inmensa biblioteca con estantes que llegan hasta el techo, el columpio que no es columpio sino sofá en movimiento, el cuarto en donde la colección de muñecas de porcelana duerme en la discreta penumbra formarán parte imprescindible de la alegría de vivir de sus hijos, sí, los que todavía no han nacido.

En la entrada, de pie sobre el enlozado rojo, rojo oscuro, rojo vida, respira a fondo. Los que todavía no son Abuelito Allan y Abuelita Marianne, sí, con mayúscula, pero también con diminutivo, símbolo de cariño, la esperan.  

Ellos acaban de conocer a su hija y ella acaba de encontrarse con su familia.

Capítulo 1 : La partida - Capítulo 2 : El viaje -
Capitulo 3 - 
La travesía -Capitulo 4 - La comida -Capitulo 5 - Acapulco -Capitulo 6 - Los martes 

Gwenn-Aëlle Folange Téry pour (Lepetitjournal.com/mexico) Mercredi 02 décembre 2015 (Republication)

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