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LES JOURS HEUREUX - Episode 6 : Les Mardis

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 25/11/2015 à 19:14 | Mis à jour le 25/11/2015 à 06:13

Le Petit Journal de Mexico republie ce feuilleton en français et en espagnol : Les Jours heureux. Gwenn-Aëlle Folange Téry, écrivain et peintre, y raconte l'histoire d'une jeune fille bretonne qui part à la découverte du Mexique, et de son indépendance. Aujourd'hui épisode 6 : Les Mardis.

Episode 1 : Le départ / Episode 2 : Le voyage / Episode 3 : La traversée / Episode 4 : Les repas / Episode 5 : Acapulco

Les mardis 

Pour la première fois de sa vie, elle a une amie, une vraie, une amie qui partage confidences, fous rires et coups de colère avec une passion réciproque. 

Elle ne connaissait pas l'amitié, pas celle-là. Elle a eu bien sûr des relations, enfant et adolescente, mais pas d'amies. Comment s'attacher à quelqu'un, à quelqu'une, lorsque l'on change d'école si souvent ? Elle est passée de Tunis et Bizerte à Pléneuf, de Saint-Servan à Cancale puis de Saint-Brieuc à Tréguier enfin, sans jamais s'émerveiller de rien, sans jamais vraiment ouvrir les yeux, ne restant souvent que le temps d'un sourire timidement échangé dans le rang ou dans la cour.

A bord de la décapotable, "trois garçons, trois jeunes hommes, habillés avec soin, pantalon à plis et veste en lin" (Photo Catherine Téry)

Souvenirs d'école

La cour? L'école a été pour elle celle des films tragiques, avec punitions terribles, stations interminables sous la pluie dans cette fameuse cour, récurage des couloirs, corvées de cuisine, et elle en passe. Même si elle était coupable parfois, -Quelle idée aussi de soulever la robe d'une religieuse pour vérifier l'existence de sa culotte, n'est-ce pas ?-, mais les punitions répétitives n'étaient pas toujours dues à des bêtises répétitives?

Elle sent encore sous la plante des pieds les coups de règle, une règle en ivoire, que lui donnait la s?ur du dortoir quand elle avait fait pipi au lit. En ivoire, parce que le bois et le métal sont communs. Sous les pieds pour ne pas dévoiler le corps et ne pas tenter le Diable.  Elle n'était battue que tard dans la matinée, pour lui permettre d'accomplir la première partie de la punition : marcher dans la cour, -Dieu, cette cour-, avec son drap mouillé sur le dos, une pancarte accrochée au cou : "Pissouse". Elle avait cinq ans. Non, elle ne peut toujours pas sourire en pensant à ces années-là, elle a eu trop peur, trop mal? Il n'y a pas que la guerre et ses parents qui ont tué son enfance.

Par contre un jour, un matin, le jour de la remise des prix, fin de l'année scolaire, quand la religieuse en chef, la mère de toutes les autres, l'a insultée puis giflée, elle a répondu, du haut de ses douze ans, par une grande claque, une grand baffe en travers de la figure, pour toutes ces années de misère? 

La sortie du mardi avec Françoise dit Pancha

Bref, elle a donc une amie, Françoise, dont le prénom enchante les Mexicains, car il ressemble à "France", même si son surnom local est Pancha, même si "Pancha" appartient aux femmes appelées Francisca, et même si Francisca n'est pas la traduction exacte de Françoise, qui n'a pas vraiment de traduction à l'espagnol d'ailleurs. Pancha garde aussi un enfant, un bébé, fils d'une personne hautement placée à Televicentro, la télévision mexicaine, et vivant donc, bien sûr, dans les beaux quartiers aussi.

Les mardis, elles sortent. C'est leur jour de repos, à toutes les deux, à croire que les femmes de ménage se reposent les dimanches et les nounous les mardis. Quant aux valets-majordome, on ne sait pas, ils semblent être toujours au garde à vous.

L'amourette de Puebla

Et là, elles vont à Puebla, Puebla de los Ángeles, la ville où il y a plus d'églises et de chapelles que de gens. Pique-nique en main, -sandwichs, coca (eh oui), bananes, ?ufs durs et oranges pour la soif-, l'autobus les dépose sur une petite route, avec la promesse de trouver au bout un petit lac, une piscine même. Mais la route est longue, le soleil tape, et les deux "señoritas" fatiguent vite. Sur leur droite, car elles marchent face aux véhicules, apparaît soudain une voiture, une décapotable, dont elles seraient bien en peine de dire la marque. À bord, trois garçons, trois jeunes hommes, habillés avec soin, pantalon à plis et veste en lin. Elles ne sont pas longues à accepter leur invitation et tout ce beau monde arrive bientôt face au lac, qui est plutôt une lagune, à peine plus large qu'une grande mare. 

Elles ne parlent espagnol ni l'une ni l'autre, mais comprennent qu'ils sont étudiants, à la fac de droit à Puebla. Eux semblent impressionnés par les "güeritas",-prononcer "gouérrritas"-, si jeunes et si souriantes. Qu'il est facile de flirter au Mexique, pense-t-elle. Ici, elle existe, les hommes se retournent sur elle quand elle sort. Elle attribue ce succès à la couleur de sa peau, à ce fameux adjectif qui la suit partout, "güerita". Elle ne se sent pas jolie, elle ne s'est jamais sentie jolie. Quand elle se coiffe devant le miroir, elle ne voit pas ce que voit tout le monde : elle voit le Craquelin, elle entend sa mère la traiter de vilaine, "ouh la vilaine", et ne sait pas que si elle avait eu le temps, si elle avait pu sortir un peu, ou si elle était allée au lycée, tous les garçons du monde auraient voulu lui donner la main.

Et c'est bien pour ça que plus tard, son premier novio, son premier petit ami, qui aurait dû être un grand ami, sera un homme marié, père de cinq enfants. Mais s'il a pensé que la petite française se laisserait faire, il déchante vite quand elle découvre la vérité : il sera mis à la porte de sa vie en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Elle se sent laide, mais certainement pas méchante et n'irait jamais détruire le foyer d'une autre femme.

L'amourette de Puebla, qui n'est qu'un flirt, puisqu'elle ne dure que quelques heures prend fin. Les trois jeunes larrons ont beau promettre un rendez-vous pour plus tard, à la sortie du cours, elles ne les reverront pas.

Ce qui bien sûr, ne pourra que lui confirmer la vérité : elle n'est pas jolie, personne ne voudra jamais d'elle, ouh la vilaine?

DÍAS DE SOL : Los martes 

 

Por primera vez en su vida, tiene una amiga, una verdadera amiga, una amiga que comparte confidencias, risas locas y ataques súbitos de rabia con una pasión recíproca.

No conocía la amistad, no una igual a ésta. Tuvo antes, claro, relaciones, cuando niña y adolescente, pero nunca una amiga. ¿Cómo encariñarse con alguno, con alguna, cuando se cambia de escuela tan seguido? Pasó de Túnez a Bizerta, de Saint-Servan a Cancale y luego a Saint-Brieuc, para terminar por fin en Tréguier, sin mirar nunca realmente a su alrededor, sin entusiasmarse de nada,  quedándose apenas el tiempo suficiente para intercambiar una tímida sonrisa, en la fila o en el patio. 

El patio? La escuela fue para ella la de las películas trágicas, con castigos tremendos, horas de pie bajo la lluvia en ese famoso patio, corredores interminables restregados de rodillas, trabajos en la cocina, más todo lo que no recuerda. Claro que a veces era culpable, -¿A quién se le ocurre levantarle la falda a la religiosa para verificar la existencia de su pantaleta, verdad?-, pero esos castigos repetitivos no eran siempre debidos a travesuras repetitivas? Todavía siente bajo la planta de los pies los reglazos, con regla de marfil, que le propinaba la hermana a cargo del dormitorio cuando se había hecho pipí en la cama. De marfil, porque la madera y el metal son corrientes. En la planta de los pies para no descubrir el cuerpo y no tentar al Diablo. No le pegaban tempranito, para permitirle cumplir con la primera parte del castigo: caminar por el patio,-Dios, ese patio-, con su sábana mojada sobre la espalda, un cartel colgado al frente: ?Meona?. Tenía cinco años. No, no puede sonreír cuando piensa en esos años, tuvo demasiado miedo, demasiado dolor? No fueron nada más la guerra y sus padres los que mataron su infancia.

En cambio un día, una mañana, el día de la entrega de premios, fin de año escolar, cuando la religiosa al mando, la madre de todas las demás, la insultó y la abofeteó, respondió, con la fuerza de sus doce años, con una cachetada magistral, un revés asestado a lo ancho de toda la cara, en pago de todos aquellos años de desgracia.

En fin, tiene una amiga, Françoise, cuyo nombre fascina a los mexicanos, porque se parece a "Francia", aunque su apodo local sea Pancha, aunque ?Pancha? le pertenezca a las mujeres de nombre Francisca y aunque Francisca no sea la traducción exacta de Françoise, nombre que no tiene traducción exacta al español. Pancha también cuida a un niño, un bebé, hijo de algún alto funcionario de Televicentro, quien vive, claro, en las colonias residenciales  también.

Los martes, salen a pasear. Es su día de descanso, de las dos, será que las criadas, como se dice en ese tiempo, descansan los domingos y las nanas los martes. Nadie sabe cómo es para los valet-mayordomo, ellos parecen estar siempre de guardia.

Y hoy se van a Puebla, Puebla de los Ángeles, la ciudad en donde hay más iglesias y capillas que personas. Canasta de comida en mano, -sándwiches, plátanos, coca (sí, coca?), huevos duros y naranjas para la sed-, el autobús las deja al borde de una carretera estrecha, con la promesa de encontrar al final un laguito y hasta una alberca. Pero el camino es largo, el sol quema, y las dos señoritas, hermosa palabra, se cansan rápido. Sobre su derecha, porque van caminando de frente a los vehículos, aparece de repente un coche, convertible, cuya marca no podrían identificar ni bajo tortura. A bordo, tres muchachos, casi hombres, vestidos con esmero, pantalón de pinzas y saco de lino. No tardan mucho en aceptar su invitación y los cinco paseantes llegan casi en seguida al lago, que de hecho parece laguna, vamos, si es apenas más grande que un charco.

No hablan español ni la una ni la otra, pero entienden que son estudiantes, de la facultad de derecho en Puebla. Ellos parecen muy impresionados por las güeritas, tan jóvenes y tan sonrientes. Qué fácil es coquetear en México, piensa. Aquí, ella sí existe, los hombres voltean a su paso cuando sale. Atribuye ese éxito al color de su piel, a ese famoso adjetivo que la sigue a todos lados, ?güerita?. No se siente bonita, nunca se ha sentido bonita. Cuando se peina frente al espejo, no ve lo que todo mundo ve: ve al Craquelin, pan duro y seco, oye a su madre llamarla fea, ?ahí va la fea?, y no sabe que si hubiera tenido tiempo, si hubiera podido salir un poco, o ido a la prepa, todos los muchachos del mundo se habrían batido en duelo por ella.

Y por eso es que, más tarde, su primer novio, aquél que debería ser su recuerdo dorado, será un hombre casado, padre de cinco hijos. Pero si el susodicho pensó que la francesita se dejaría contar cuentos, cambia rápido de opinión cuando ella descubre la verdad: lo saca de su vida en menos de lo que canta un gallo, francés o mexicano. Ella se siente fea, pero no es mala, nunca haría nada que pudiera destruir el hogar de otra mujer.

La aventurilla de Puebla, que no es más que simple coqueteo, porque no dura más que unas horas, llega a su fin. Los tres felices compadres prometen buscarlas por la tarde, al salir de clases, pero no los volverán a ver.

Lo cual, claro, no es para ella más que la obvia confirmación de la verdad: no es bonita, nadie nunca querrá estar con ella, ahí va la fea?

Capítulo 1 : La partida - Capítulo 2 : El viaje -Capitulo 3 - La travesía -Capitulo 4 - La comida -Capitulo 5 - Acapulco

Gwenn-Aëlle Folange Téry pour (Lepetitjournal.com/mexico) Mercredi 25 novembre 2015 (Republication)

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