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LES JOURS HEUREUX – Episode 1 : Le départ

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 21/10/2015 à 12:10 | Mis à jour le 16/09/2015 à 18:07

Le Petit Journal de Mexico vous propose un nouveau feuilleton en français et en espagnol : Les Jours heureux. Gwenn-Aëlle Folange Téry, écrivain et peintre, y raconte l'histoire d'une jeune fille bretonne qui part à la découverte du Mexique, et de son indépendance.

(Photo Gwenn-Aëlle Folange Téry)

Elle part.

C'est décidé, elle part, loin, très loin.

Non, elle n'essaye pas d'imiter les jeunes bretonnes de jadis, celles qui quittaient leur foyer pour gagner leur vie à Paris.

Elle a juste besoin de vivre ailleurs, de quitter la maison surtout.

Ils sont cinq enfants, dont trois filles : celle qui est jolie, le plus beau bébé de la région en 1936, celle qui est intelligente, elle sera l'une des infirmières les plus appréciées à l'hôpital de Dinard, et? elle. Il ne reste que les étiquettes vilaine, sotte et sale, elle en hérite. Même si ce n'est pas vrai, mais dans sa famille, il faut une étiquette, alors voilà. Pourtant elles sont toutes, belles, vives, courageuses et décidées. Elles tiennent de leur mère, Louise, Loulou pour les intimes, une rousse magnifique, première femme chirurgien-dentiste en Bretagne, figure de la résistance, qui cachait des lettres dans les couches de son fils et les passait au nez et à la barbe de l'ennemi, la même femme qui a tremblé quand une infirmière allemande a demandé à porter le petit, dans le train. La même femme encore qui terrorise sa famille, oncles et cousins inclus, elle a un sale caractère Loulou? 

Filles aussi de ce commandant de la Marine française, héros à Dunkerque, homme à grande gueule, cultivé, pianiste virtuose et dessinateur prodige, qui n'est pas drôle à la maison, ni ailleurs. Jusqu'aux derniers jours de sa vie, il fustigera de son mépris dans des lettres envoyées tous azimuts ceux qui ne seront pas de son bord, qu'il s'agisse du président de la République, de l'antiquaire à Dinard ou de l'un de ses enfants. 

Elles sont filles d'un couple élégant, mais dur, intelligent mais presque cruel aussi, parfois.

Dans ses rêves les plus fous, elle se voit entrant dans une agence, toutes ses économies à la main et demandant le voyage le plus long, la destination la plus lointaine. Elle ne fera plus la bonne, son père devra se rabattre sur une de ses s?urs, ou sur sa mère, elle ne sait pas, elle ne sait plus.

Elle n'est pas paresseuse, non. Elle est fière, forte, indépendante : bretonne.

Elle travaille d'ailleurs, elle a la garde de trois petites filles, trois s?urs qui n'ont, elles, aucune étiquette.

Et un jour le miracle arrive, l'aube se lève, le tonnerre s'éloigne : le père de ces gamines vit au Mexique, il demande, non pas sa main, ce n'est pas un conte de fées, mais son service, sa compagnie, sa garde pour ses petites.

A la maison, c'est la tempête : elle est mineure, elle ne vaut rien, elle ne partira pas. 

Il faudra l'intervention de l'oncle Wilfrid, le sauveur, ses regards insistants, ses menaces voilées - les histoires de cette famille sont source de multiples pressions possibles - et la permission est arrachée.

Debout, sa valise à la main, elle a déjà dans les yeux un paysage ensoleillé, une mer plus bleue que la sienne, des cactus, des sombreros et des guitares.

Elle part, loin, très loin : au Mexique.

Lire aussi : Episode 2 : Le voyage / Episode 1 :  La traversée 

DÍAS DE SOL : La partida

 Capitulo 2 : El viaje -  Capitulo 3 : La travesía

Se va.

Ya lo decidió, se va, lejos, muy lejos.

No, no intenta imitar a las muchachas bretonas de antaño, las que dejaban su hogar para ganarse la vida en París.

Sólo necesita vivir en otro lado y por encima de todo, dejar su casa.

Son cinco hijos, de los cuales tres mujeres : la bonita, premiada como la bebé más hermosa de la región en 1936, la inteligente, será una de las enfermeras más apreciadas en el hospital de Dinard, y? ella. No quedan más que las etiquetas : fea, tonta y sucia, se las pegan a ella. Aunque no sea cierto, pero en su familia, las etiquetas son indispensables, así que no hay escapatoria. Sin embargo son las tres, bellas, brillantes, valientes y decididas. Salieron a su madre, Louise, Lulú para los amigos, una pelirroja impactante, primer mujer cirujano dentista de Bretaña, figura de la resistencia, quien escondía cartas entre los pañales de su hijo y las pasaba bajo las narices arrugadas del enemigo, la misma mujer que tembló cuando una enfermera alemana le pidió permiso para cargar al bebé, en aquel tren. La misma mujer sí, que aterra a su familia, tíos y primos incluidos, Lulú tiene muy mal carácter?

Hijas también de aquel comandante de la Marina Francesa, héroe de Dunkerque, hombre de imponente presencia, culto, pianista excelso y dibujante prodigio, que no es amable en casa, ni en otros lados. Hasta los últimos días de su vida, fustigará con su desprecio por medio de cartas mandadas a diestra y siniestra a cualquiera que no esté de su lado, trátese del Presidente de la República, del anticuario en Dinard o de uno de sus hijos.

Son hijas de una pareja elegante, pero dura, inteligente pero casi cruel también, a veces.

En sus sueños más locos, se ve entrando a una agencia de viajes, todos sus ahorros en la mano y preguntando por el viaje más largo, el destino más lejano. No será más la sirvienta, su padre tendrá que conformarse con una de sus hermanas, o con su madre, no sabe, no quiere saber.

No es floja, no. Es orgullosa, fuerte, independiente : bretona.

De hecho trabaja, cuida a tres niñas, tres hermanas, que no cargan, ni cargaran nunca, con etiqueta alguna.

Y un día se produce un milagro, el alba brilla, los truenos se alejan : el padre de esas chiquillas vive en México, pide, no su mano, esto no es un cuento de hadas, pero su servicio, su compañía, su cuidado para sus nenas.

En casa, se desata la tormenta : ella es menor de edad, no vale nada, no se irá.

Se necesitará la intervención del tío Wilfrid, el salvador, sus miradas insistentes, sus amenazas veladas - los secretos de esa familia dan pie a múltiples presiones posibles - y el permiso es arrancado.

De pie, su maleta en mano, tiene ya reflejados en la mirada un paisaje soleado, un mar más azul que el suyo, cactus, sombreros y guitarras.

Se va lejos, muy lejos : a México.

Lire également notre article : Gwenn-Aëlle : "Un roman pour faire ouvrir les yeux aux femmes"

Gwenn-Aëlle Folange Téry pour (Lepetitjournal.com/mexico) Mercredi 21 octobre 2015 (Republication)

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