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EXPOSITION – A la découverte du peuple Iroquois au Museo del Templo Mayor

Par Lepetitjournal Mexico | Publié le 22/10/2015 à 10:43 | Mis à jour le 06/01/2018 à 17:33

« IROQUOIS, vision archéologique d'une ancienne culture du Québec » est une exposition créée à l'initiative du Musée Ponte-à-Caillière de Montréal. Dans le cadre d'un échange interculturel, d'octobre 2015 à février 2016, elle est présentée au Musée del Templo Mayor. Une occasion rêvée et inédite pour les visiteurs curieux d'en apprendre un peu plus sur ce peuple qui, il y a encore cinq cent ans, peuplait les rives du fleuve Saint Laurent.

 

 

 

A l'occasion de son inauguration, le Petit Journal de Mexico a suivi la visite guidée de Francine Levièvre, fondatrice et directrice du Musée Ponte-à-Caillère, et vous éclaire désormais sur le sujet et la raison d'être de cette exposition. Un éclairage préalable nécessaire pour profiter pleinement de l'exposition et en comprendre chaque pièce.

 : Visite guidée de l'exposition en compagnie de Francine Levièvre, fondatrice et directrice du Musée Ponte-à-Caillère et du Premier Ministre québécois

L'exposition confie aux visiteurs curieux les secrets du peuple Iroquois ; son identité, son mode de vie, ses origines et les raisons de sa soudaine disparition. L'occasion, pour les visiteurs novices ou avertis, d'en apprendre un peu plus sur ce peuple dont l'existence serait encore probablement inconnue sans les grandes découvertes archéologiques des années 1970. Plus généralement, elle est également l'occasion de célébrer une de ses nombreuses culture du passé qui, malgré son ancienneté, a pourtant contribué à forger notre présent.

Echanges culturels et rapprochement mexicano-québécois
On en convient, une exposition sur les Iroquois, peuple indigène de l'extrême nord du continent américain, au Mexique peut surprendre. Aussi, avant toute chose, il convient d'expliquer l'intérêt d'une telle exposition. Et qu'on ne s'y méprenne pas, il est de taille puisqu'il s'agit de rapprocher les cultures canadiennes et mexicaines. En effet, conscients que parmi tous les moyens possibles pour renforcer les relations entre deux pays, l'échange culturel produit les liens les plus riches et les plus durables du fait des parallélismes et racines communes insoupçonnés qu'il permet de révéler (ex : culture du maïs), les Musées Pointe-à-Callière de Montréal et Templo Mayor de México ont entrepris d'accueillir, à tour de rôle, une exposition de leur homologue étranger. Aussi, au printemps dernier, le Musée Pointe-à-Callière a eu la joie de présenter l'exposition mexicaine « Aztecas, pueblo del sol » et, réciproquement, aujourd'hui, le Musée del Templo Mayor reçoit l'exposition canadienne « Iroquois, vision archéologique d'une ancienne culture du Québec », une exposition présentant les pièces issues des fouilles du sol de la région du fleuve Saint Laurent (Québec) pour en dire un peu plus au public sur les habitants qui peuplaient cette région il y a maintenant des centaines d'années et dont les origines, comme celles de nombreuses autres peuples, sont encore relativement méconnues. Pour le Museo del Templo Mayor, accueillir cette exposition est en outre une belle opportunité de faire de faire des liens entre ce peuple Iroquois de l'extrême nord du continent américain et les groupes méso-américain du 16ème dont il fût le contemporain.

 : Le Premier Ministre québécois se félicitant de l'enrichissement et de la diversification de la relation mexicano-québécoise par la culture

Un peuple longtemps oublié mais pourtant important
Loin d'être anecdotique, le peuple Iroquois comptait approximativement dix mille personnes réparties sur près de deux-cent cinquante sites le long du fleuve Saint Laurent. Ils parlaient l'iroquois, comme les Mohawks, un autre groupe indigène de la région, mais se distinguaient par leur distribution le long du fleuve et certains aspects de leur culture qui en faisaient un peuple à part entière. Intriguée par cet important peuple dont parlait déjà le navigateur et explorateur Cartier au 16ème siècle, l'archéologie récente a cherché à percer le mystère de ce peuple pour savoir qui il était, quel était son mode de vie et pourquoi a-t-il subitement disparu. Reprenant les conclusions de ces chercheurs, le Petit Journal de Mexico vous livre quelques réponses à ces questions. Un éclairage préalable nécessaire pour profiter pleinement de l'exposition et en comprendre les enjeux.

Des fouilles fructueuses, révélatrices du mode de vie des Iroquois
Les recherches archéologiques récentes le long du fleuve Saint Florent et les objets qu'elles ont permis de découvrir permettent de partiellement connaître le mode de vie des Iroquois. Les poteries en céramiques ayant résisté à l'épreuve du temps ont notamment permis de prouver l'existence même du peuple iroquois et de définir approximativement son aire d'influence. Plus précisément, leurs décors, faits de formes géométriques, d'épis de maïs et d'autres symboles, loin de s'expliquer par les seuls goûts iroquois, ont permis d'en savoir un peu plus sur les codes culturels de ce peuple. La découverte centaines de pipes en céramique ou en pierre a elle permis de d'affirmer que les Iroquois cultivaient le tabac et en étaient probablement de gros consommateurs. Sur les anciens campements des Iroquois, les archéologues ont également retrouvé des bribes de bijoux en céramique, os et dents d'ours, de cerfs et de castor, dont on peut imaginer qu'ils servaient à indiquer le statut social du porteur, son courage, son âge ou encore son sexe. Enfin, les fouilles archéologiques le long du fleuve Saint Florent ont permis de retrouver des traces d'offrandes et de sacrifices. Les archéologues ont en effet retrouvé les dépouilles d'animaux comme des chiens, probablement sacrifiés pour apaiser les esprits ou garantir le succès de tel ou tel projet.

 : Une des nombreuses pipes retrouvée par les archéologues le long du fleuve Saint Laurent

Légende 4 : Dépouille d'un chien sacrifié retrouvée par les archéologues le long du fleuve Saint Laurent

Des nomades progressivement sédentarisés
Les fouilles archéologiques des rives du fleuve Saint Laurent ont également permis d'affirmer la progressive sédentarisation des Iroquois. Pendant de nombreuses années, les Iroquois étaient en effet un peuple nomade, constamment en mouvement du fait de la recherche de nourriture. Cependant vers 500 après J-C, ils sont devenus un peuple semi-sédentaire ; durant les mois d'été, ils campaient le long du fleuve Saint Laurent car celui-ci leur fournissait suffisamment de poisson pour subvenir à leurs besoins énergétiques. Cependant, dès la venue de l'hiver, ils étaient contraints se reprendre la route à la recherche de gibier à chasser. Des siècles plus tard, la culture du maïs, qu'il furent les premiers à cultiver au nord du continent américain, leur permis finalement de se sédentariser complètement. Les Iroquois sédentaires vivaient ainsi dans de longues maisons (6 à 7 mètres de large sur 25 à 30 mètres de long) dans lesquelles différentes familles, liées par filiation maternelle, se partageaient un foyer de feu unique, situé au centre de la maison. Cette sédentarisation a conduit le peuple Iroquois à se protéger d'éventuels assaillants ; aussi, la plupart des villes iroquoises étaient entourées par de hautes palissades en bois et comptaient seulement une petite entrée, permettant le passage d'une seule personne à la fois. A Hochelaga, les Iroquois avaient même conçus des projectiles pour se défendre d'éventuels agresseurs.

Un peuple cultivateur de maïs
La première apparition du maïs au nord du continent américain remonte à un siècle avant J-C mais, ce n'est qu'entre le VIII et le IXème siècle après J-C que les Iroquois en font la base de leur alimentation. Reprenant la tradition meso-américaine de culture conjointes « des trois s?urs », c'est-à-dire du maïs, des haricots et de la citrouille, les Iroquois parviennent à subvenir à leurs besoins et peuvent donc se sédentariser, y compris durant les durs mois d'hiver. Grâce à une espèce de maïs au murissement rapide, les Iroquois peuvent commencer les récoltes, le séchage et le stockage du maïs un mois avant le début de l'hiver. Une fois récoltés, les épis étaient en effet séchés dans les maisons puis broyés à l'aide de bois de cerfs avant d'être stockés dans de grandes jarres en céramique avec du poisson sec, base de leur alimentation quotidienne. Le maïs était ensuite transformé en farine pour la réalisation de pains ou mangé sous forme de soupes. Quoiqu'il en soit, l'adoption de ce trio maïs, haricot et citrouille a considérablement modifié le style de vie des Iroquois : outre la sédentarisation, on sait en effet qu'elle a permis au peuple de couvrir 80% de ses apports caloriques et donc de connaître une importante augmentation démographique.

Légende 5 : Exemple de poteries en céramique dans lesquelles le maïs était stocké par les Iroquois

Répartition des tâches et distribution des rôles
A l'instar de notre division du travail actuelle, en leur temps, les Iroquois avaient également un système de distribution bien précis des rôles. Les femmes, réunies en groupe générationnel qui formait un clan, étaient ainsi chargées du travail domestique ; elles devaient cultiver les terres et assurer le bon stockage des récoltes, préparer les deux repas quotidiens, s'occuper des enfants, tisser les vêtements et fabriquer les pots en céramique. Les hommes, eux, étaient responsables du bien-être de la communauté. Plus précisément, ils étaient donc chargés de l'entretien des palissades et des maisons, de la chasse en hiver et de la pêche au printemps et en automne. Ils devaient également assurer la représentation de leurs clans respectifs lors de rencontres diplomatiques avec d'autres groupes et étaient chargés du commerce et de la guerre. Enfin, c'était également à eux que revenait la culture du tabac. Parmi les hommes, certains avaient ensuite des tâches plus spécifiques ; les chefs civils ou « Agouhanna » résolvaient ainsi les conflits quotidiens et établissaient des relations avec les autres tribus tandis que les chefs de guerre, s'étant illustrés combat, intervenaient lors de l'échec de cette diplomatie.

Une disparition subite et mystérieuse
Après cette brève explication sur le mode de vie et les coutumes du peuple Iroquois, la question qui se pose est de savoir pourquoi ce peuple, installés depuis des siècles le long du fleuve Saint Laurent, a subitement disparu. La culture iroquoise a en effet était découverte par le navigateur et explorateur Cartier en 1534, lequel est revenu à deux reprises, en 1535 et en 1541. Cependant, soixante dix ans plus tard, en 1603, lorsque Champlain revient sur les terres décrites par son prédécesseur, s'il reconnaît la richesse des ressources décrites par Cartier, il ne trouve aucune trace des Iroquois ni des villes de Stadacona et Hochelaga. Une disparition subite qui interroge toujours les études récentes sur le peuple Iroquois. En l'état des recherches, trois causes possibles de cette disparition sont envisagées. La première hypothèse consiste à dire qu'entre 1450 et 1850, la forte baisse de température enregistrée a pu briser l'équilibre agricole et donc provoquer la progressive disparition de ce peuple. La seconde piste évoque une grande épidémie venu du vieux continent qui aurait décimé le peuple Iroquois. Enfin, la troisième hypothèse parle d'une guerre de territoire menée par d'autres peuples indigènes à l'encontre des Iroquois dont la localisation géographique était stratégique et suscitait la convoitise des peuples voisins. Quoiqu'il en soit, il reste que les Iroquois, contraints ou par volonté propre, ont subitement quitté une région qu'ils avaient occupé pendant des siècles, rendant leur histoire difficile à retracer. Cependant, c'était sans compter sur les archéologues du 20ème siècle qui, grâce à un travail minutieux, sont progressivement parvenus à prouver leur existence et retracer une partie de leur histoire.


Si cette brève description de l'avancée des recherches sur le peuple Iroquois vous a intrigué, foncez au Musée del Templo Mayor pour en savoir plus et découvrir tous les secrets de ce peuple ancien et mystérieux qu'étaient les Iroquois.

 Margot Cariou (Lepetitjournal.com/mexico) Jeudi 22 octobre 2015

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